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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 12:54
Différents travaux ont associé, en population générale et chez les sujets atteints de cardiopathie, fréquence cardiaque de repos (FCR) et mortalité toutes causes et de cause cardiovasculaire, mais peu se sont intéressés au lien entre FCR et devenir cardiovasculaire des diabétiques. Des auteurs britanniques, japonais et italiens viennent de pallier ce manque en évaluant, chez les patients atteints de diabète de type 2 (DT2), la relation entre FCR et risques de décès et de complications cardiovasculaires.
C’est auprès de 11 138 diabétiques de type 2, de 215 centres de 20 pays, participant à l’étude ADVANCE* que GS Hillis et coll ont mené cette évaluation. Les patients inclus étaient âgés de plus de 55 ans, leur DT2 avait été diagnostiqué après l’âge de 30 ans, et ils avaient au moins une complication macro- ou microangiopathique majeure du diabète, ou au moins un facteur de risque cardiovasculaire se surajoutant au diabète. La FCR à l’inclusion a été examinée en relation à la mortalité toutes causes, à la mortalité cardiovasculaire, et aux événements cardiovasculaires majeurs (définis par un critère composite regroupant les décès de cause cardiovasculaire, les infarctus du myocarde et les AVC non fatals).
Dans cette population d’étude (58 % d’hommes), âgée de 65,8 ± 6,4 ans en moyenne, comptant 14 % de fumeurs, la FCR moyenne était de 74 ± 12 battements par minute (33-140 bpm). Sur un suivi médian de 4,4 ans, 879 patients sont décédés (8 %), 468 décès de causes cardiovasculaires (4 %) ont été recensés, et 1 000 patients (9 %) ont eu un événement cardiovasculaire majeur.
De nombreuses variables potentiellement confondantes ont été prises en compte, notamment l’âge, le sexe, les données de pression artérielle et de contrôle glycémique, le tabagisme, l’IMC, la durée du diabète, le taux d’HbA1c, le rapport albumine/créatinine urinaire, le débit de filtration glomérulaire, les antécédents d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque, l’activité physique, la cholestérolémie totale et le taux de triglycérides, l’existence d’une fibrillation auriculaire, la prise de ß-bloquants et celle d’antagonistes calciques.
Après ajustements, l’analyse associe à l’élévation de la FCR une augmentation du risque de décès toutes causes (ratio de risque pour l’accroissement de 10 bpm : 1,15 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,08-1,21 ; p < 0,001), du risque de décès de cause cardiovasculaire (1,16 ; 1,07-1,25, pour ce même pas d’accroissement de la FCR ; p < 0,001) et du risque d’événements cardiovasculaires majeurs (1,08 ; 1,02-1,14 ; p = 0,009). Ces augmentations de risque étaient le fait des hommes et des femmes.
C’est chez les diabétiques de type 2 ayant une macroangiopathie préexistante (antécédents d’infarctus du myocarde, d’AVC, d’hospitalisation pour accident ischémique transitoire, angor instable, revascularisation coronarienne ou artérielle périphérique, ou amputation pour cause d’artériopathie des membres inférieurs) que l’augmentation du risque associé à l’élévation de la FCR était la plus manifeste. Chez ces patients, le ratio de risque de décès toutes causes était de 1,79 (1,28-2,50 ; p = 0,001) pour la comparaison du quintile le plus haut de FCR (91 bpm en moyenne) au plus bas (57 bpm en moyenne) ; le ratio de risque de décès de cause cardiovasculaire était de 1,81 (1,21-2,88 ; p = 0,005) et celui d’événements cardiovasculaires majeurs de 1,35 (1,00-1,83 ; p = 0,05).
Les ajustements poussés sur la prise d’autres traitements médicamenteux (par statines, inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine, antagonistes des récepteurs de l’angiotensine, en particulier) et sur les fractions lipidiques (taux de LDL- et de HDL-cholestérol) n’ont pas modifié significativement les résultats.
Dans un contexte où la prévalence du diabète (facteur majeur de maladie cardiovasculaire et de neuropathie autonome cardiaque) va croissant, cette étude relie fréquence cardiaque de repos (facile à mesurer), mortalité et risque de complications cardiovasculaires. S’appuyant sur des données multicentriques internationales, elle associe, chez les patients atteints de diabète de type 2, à l’élévation de la FCR un accroissement du risque de décès toutes causes, de causes cardiovasculaires et d’événements cardiovasculaires majeurs, indépendamment de nombre de variables susceptibles d’influer sur la fréquence cardiaque. Le rôle de l’augmentation de la FCR (médiateur direct ? ou marqueur d’autres situations ou facteurs d’évolution péjorative ?) reste à préciser.
* Action in diabetes and vascular disease: Preterax and Diamicron modified release controlled evaluation.


Dr Julie Perrot

Hillis GS et coll. : Resting heart rate and the risk of death and cardiovascular complications in patients with type 2 ,diabetes mellitus. Diabetologia, 2012

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Published by Chronimed - dans Nutrition
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