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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 10:24
L’insomnie des sujets âgés, dont les étiologies sont variées et souvent associées, a un impact négatif sur la qualité de vie et s’accompagne d’un déclin des fonctions cognitives. Chez les sujets âgés, le sommeil est souvent fragmenté, entrecoupé de longs éveils, avec plus de difficultés à initier et à maintenir le sommeil et une réduction du temps total de sommeil. Ces modifications du sommeil avec le vieillissement s’accompagnent d’un déclin des fonctions cognitives. Sachant les conséquences négatives de l’insomnie sur les fonctions cognitives, en particulier chez les personnes âgées, un entraînement cérébral ne pourrait-il pas améliorer la qualité du sommeil de ces sujets ? C’est le pari original d’une étude israélo-américaine randomisée, contrôlée, réalisée chez des sujets âgés souffrant d’insomnie chronique (selon les critères 2005 de la classification internationale de l’Académie Américaine de Médecine du Sommeil). Cinquante et un sujets âgés (65-85 ans) ont été randomisés en 2 groupes qui ont suivi à domicile pendant 8 semaines un programme informatisé qui consistait soit en un entraînement intensif des fonctions cognitives (n = 34), soit en un programme ne comportant pas d’entraînement cérébral (n = 17). A l’inclusion, tous les participants ont rempli des questionnaires de sommeil et de santé et ont fait une actimétrie avec un agenda du sommeil pendant une semaine. Le programme d’entraînement cérébral Cognifit° (Cognitive Training Program) était personnalisé et comportait 21 différents entraînements, avec chacun 3 niveaux de difficultés (facile, modéré et difficile). A partir des résultats de l’évaluation de base des fonctions cognitives du sujet, le logiciel adaptait pour chaque profil un programme d’entraînement personnalisé. Lors de chaque session, une nouvelle évaluation permettait de moduler la difficulté du programme en fonction des performances réalisées. Dans le groupe contrôle, il s’agissait d’un programme de mots et d’images, n’impliquant pas un haut niveau de fonctions cognitives, et sans entraînement cérébral particulier, mais à la fin de leur programme, les sujets du groupe contrôle ont été évalués par le programme Cognifit. Les deux programmes comportaient trois sessions par semaine d’une durée identique de 20 à 30 minutes par session (avec un jour sans entraînement entre les sessions). A la fin de l’étude, tous les sujets ont de nouveau répondu à un questionnaire de sommeil et ont eu une actimétrie avec agenda du sommeil pendant une semaine. L’analyse statistique des données au début de l’étude a montré que les paramètres du sommeil étaient comparables dans les 2 groupes, sans différence significative. A la fin de l’étude, les résultats ont montré, dans le groupe ayant suivi le programme d’entraînement cérébral, une amélioration significative de certaines fonctions et particulièrement de la mémoire, de la perception visuelle et de l’attention partagée. Dans le groupe contrôle, seules les facultés d’attention partagée ont été améliorées. La question est de savoir si ces améliorations des fonctions cognitives sont corrélées à celles des paramètres de qualité du sommeil. Pour y répondre, les auteurs de l’étude ont comparé les différents paramètres du sommeil et des fonctions cognitives dans les 2 groupes, avant et après intervention du programme d’entraînement. Les résultats montrent qu’il existe effectivement une amélioration du sommeil dans le groupe soumis à un entraînement cérébral. Ainsi, un meilleur balayage visuel est associée à une diminution de la latence d’endormissement. L’augmentation de la capacité de nomination est associée à une réduction des réveils nocturnes et l’amélioration de l’attention est liée à un allongement du temps total de sommeil. Dans le groupe contrôle, on constate une diminution des scores moyens de mémoire du travail, associée à une augmentation de la latence d’endormissement. Quels sont les mécanismes impliqués dans l’amélioration du sommeil lors de l’entraînement cérébral ? Plusieurs hypothèses sont proposées par les auteurs. * L’entraînement cérébral pourrait améliorer le sommeil en diminuant l’impact du vieillissement par le biais de la plasticité cérébrale. * L’entraînement cérébral pourrait aussi agir sur l’architecture du sommeil (en augmentant le nombre et la densité des fuseaux de sommeil, la durée du stade 2, du sommeil paradoxal et du sommeil profond). En effet, on sait qu’un changement dans l’architecture du sommeil peut être occasionné par des processus de consolidation de la mémoire. Or, le sommeil facilite les activités neuronales et peut promouvoir la consolidation des informations nouvellement acquises et des souvenirs initialement instables. Ainsi, un nouvel apprentissage, grâce à un entraînement cognitif répété, pourrait agir comme un catalyseur pour augmenter des processus sommeil-dépendants, tels que la programmation de la mémoire et sa consolidation, pour finalement changer l’architecture du sommeil. *Enfin, l’entraînement cognitif pourrait avoir un effet indirect sur la latence du sommeil en réduisant le réveil cognitif pré-sommeil, soit parce que les sujets étaient engagés cognitivement et avaient utilisé de façon homéostatique leur éveil, ou bien parce que l’entraînement cognitif a augmenté leur fatigue cognitive. Les résultats de cette étude suggèrent qu’un entraînement cérébral serait une option très intéressante pour améliorer les difficultés d’endormissement et de maintien du sommeil chez les sujets âgés. Toutefois, de plus amples investigations sont nécessaires pour en évaluer les bénéfices à long terme et pour étudier les relations entre performances cognitives, apprentissage et modifications de la structure du sommeil. Il serait également intéressant d’étudier les effets d’un entraînement cérébral combiné à une thérapie comportementale et cognitive dans l’insomnie du sujet âgé. Dr Pascale Ogrizek 29/05/2013 Haimov I et Shat E : Cognitive Training Improves Sleep Quality and CognitiveFunction among Older Adults with Insomnia. Plos On April 2013 ; 8 : Issue 4 /e61390.

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Published by Chronimed
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