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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 15:07

Un petit espoir de guérison du sida

Le virus du sida n'est plus détecté chez un patient américain qui a reçu une greffe de moelle osseuse en Allemagne.

 Le patient a reçu la moelle d'un donneur porteur d'une mutation génétique qui rend ses cellules résistantes au VIH. Photo archives PQR

Le patient a reçu la moelle d'un donneur porteur d'une mutation génétique qui rend ses cellules résistantes au VIH. 


Il ne s'agit pas d'une découverte majeure. Mais elle est, selon les mots du professeur Hervé Fleury, chef du service de virologie au CHU de Bordeaux, « intéressante ». Ce cas est en fait déjà connu de spécialistes comme ce médecin bordelais comme celui de « l'homme de Berlin ». Tout simplement parce qu'il a été soigné dans un hôpital de la capitale allemande.

 

Célèbre depuis hier, il date en réalité de l'année 2007. Il a été présenté depuis lors de colloques scientifiques et dans la revue « Blood » assez récemment. Cet homme de Berlin est un patient américain de 40 ans résidant en Allemagne et atteint du sida. Il y a été traité par le docteur Gero Hütter, de l'hôpital universitaire de la Charité à Berlin, pour une leucémie, un cancer du système immunitaire. Le patient a été soumis à un traitement de choc : une chimiothérapie et une radiothérapie pour supprimer entièrement ses cellules immunitaires défaillantes. Puis il a subi une greffe de moelle osseuse, destinée à produire de nouvelles cellules immunitaires saines.

De nouvelles cellules


Dans le protocole du traitement de son cancer, il était prévu qu'il cesse de prendre ses antirétroviraux pour ne pas nuire au succès de l'opération. Ces derniers permettent pourtant de maintenir à un niveau très bas la présence du virus du sida. Ce patient américain se retrouvait ainsi sans protection contre le VIH, mais avec de toutes nouvelles cellules de défense grâce à la greffe. Et tout l'intérêt de ce cas de « l'homme de Berlin » est que le virus du sida semble avoir totalement disparu. Il est en tous les cas indétectable - depuis 2007, année de la greffe de moelle osseuse - par les moyens connus.

 

Une situation assez exceptionnelle, au moins pour sa persistance dans le temps et le suivi très précis de ce cas. Il faut toutefois relativiser cette guérison. Surtout parce que ce patient a reçu la moelle d'un donneur très particulier. Ce dernier est porteur d'une mutation génétique rare qui rend ses cellules immunitaires résistantes aux principales formes de VIH. On estime que 1 % de la population est porteuse de ce gène muté appelé CCR5. Grâce à cela, le virus du sida ne peut plus s'accrocher aux cellules, pour simplifier.

 

Cette greffe très particulière relativise évidemment la portée de cette guérison. « Dans les faits, très peu de malades du sida pourraient en profiter. D'autant que cette technique de greffe est très lourde, et très rarement utilisée », indique le professeur Fleury. Par ailleurs, le fait que le virus ne soit pas réapparu maintenant ne signifie pas qu'il ne reviendra pas dans le corps du patient. « On pense que le virus a disparu. Mais ce n'est pas une certitude, tempère le scientifique. Il a tout de même des réservoirs profonds dans certaines zones. Plus le temps passe, plus on peut être optimiste, c'est certain. Mais rien ne dit que le sida ne va pas se redéclencher dans trois ou quatre ans. Il faut encore attendre pour être certain. »

 

Médecins prudents


Le médecin bordelais reste cependant « séduit » par l'évolution de ce cas. « Cela donne tout de même une forme d'espoir, notamment en imaginant des progrès dans la thérapie génique ou la biotechnologie. Il sera peut-être possible de reproduire à plus grande échelle ce gène muté qui empêche le virus du sida de prospérer. » La communauté scientifique fait d'ailleurs preuve pour l'instant d'une certaine prudence. Même si ce résultat a été salué, tout le monde est conscient que le virus peut être encore présent en très petites quantités. Le VIH peut enfin muter et trouver une autre voie d'entrée dans le système immunitaire, par exemple en utilisant d'autres récepteurs appelés CXCR4.

Pour que l'espoir de guérison à grande échelle se concrétise, il faudra donc encore faire preuve de patience et de réalisme.

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Published by Chronimed - dans Infections froides
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