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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 18:24

Il ne faut jamais se priver de pousser un petit cocorico. Satisfaisant à ce précepte, le gouvernement indiquait en novembre dernier que la « France sera (…) le premier pays à rendre obligatoire, en milieu professionnel » l’utilisation de la méthode de mesure des fibres d’amiante par microscopie électronique à transmission analytique (META), qui permet d’obtenir des résultats plus précis pour évaluer le niveau d’empoussièrement. De fait, un décret à paraître en juillet, doit imposer que, d’ici trois ans, la méthode META remplace systématiquement le microscope optique à contraste de phase (MOCP) avec lequel il est impossible de détecter les fibres fines d’amiante (FFA) et les fibres courtes d’amiante (FCA).

Ce n’est pas parce que c’est plus petit, que ce n’est pas dangereux

Ce caractère de pionnier de la France doit-il cependant inciter réellement à conclure que l’hexagone offre une protection optimale à ses travailleurs face à l’amiante (et notamment aux ouvriers chargés du désamiantage). Rien n’est moins sûr si l’on en croit certains inspecteurs du travail et observateurs politiques.

On rappellera tout d’abord que la nécessité d’affiner les mesures sur les chantiers de désamiantage s’est imposée après le rapport publié en 2009 par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET) consacré à la toxicité des FCA et des FFA. Concernant les premières, les experts de l’AFSSET avaient conclu que : « L’analyse de différents travaux n’a pas permis d’écarter avec certitude l’existence de propriétés cancérogènes des FCA ». Plus catégorique encore à l’égard des FFA, l’AFSSET relevait : « Les données toxicologiques et épidémiologiques confirment l’existence d’un effet cancérogène associé à l’inhalation de cette classe granulométrique ». Dès lors, l’AFSSET reconnaissait : « la nécessité de recommander la prise en compte de cette classe granulométrique (les FFA, ndrl) dans la réglementation en milieu professionnel ».

Niveaux d’empoussièrement inattendus

Aussi, une campagne de mesure, grâce à la méthode META fut confiée à l’Institut national de recherche et de sécurité au travail (INRS). Les conclusions définitives de cet institut ont été publiées à l’automne dernier. Selon le communiqué du gouvernement, les analyses réalisées ont mis en évidence « des niveaux d’empoussièrement inattendus pour certains matériaux ». Les pouvoirs publics décidèrent donc de reprendre certaines des préconisations de l’INRS, telles que la division par dix de « la valeur limite d’exposition professionnelle », qui devra dans les trois ans après la publication du décret atteindre les 10 fibres par litre, contre 100 fibres par litre aujourd’hui.

Il est urgent d’attendre

Les travaux de l’INRS auxquels le gouvernement s’est très précisément référé proposaient cependant des mesures de précaution plus strictes encore. « Parmi les recommandations faites par l’INRS, on trouve des mesures de prévention, consistant notamment à ne pas procéder au retrait de certains matériaux, rendus trop émissifs du fait des techniques de retrait employées ; il est également préconisé de développer des équipements de protection individuelle plus performants, mais aussi d’aménager les zones de travail à l’aide de fenêtres permettant de visualiser le chantier depuis l’extérieur de la zone polluée, afin que l’opérateur puisse surveiller le prélèvement sans être lui-même directement exposé » énumérait le 28 février dernier à l’Assemblée nationale le député PS Alain Vidalies dans une question orale adressée au ministre du travail et de la santé Xavier Bertrand (relayée par le site Doctissimo). Fort de l’expertise de l’INRS, le député PS estime que les mesures du gouvernement devraient aller plus loin que le décret prévu dont l’application doit en outre être différée. « Ces recommandations extrêmement précises témoignent de la gravité des risques auxquels sont actuellement exposés les salariés travaillant au contact de l’amiante, y compris sur les chantiers de désamiantage » constate en effet le député. Aussi, ce dernier a-t-il appelé à un moratoire sur l’ensemble des chantiers de désamiantage, qui ne pourrait être levé avant que toutes les recommandations de l’INRS puissent s’appliquer, notamment celle de disposer d’appareils de protection plus efficaces.

Des inspecteurs du travail moins protecteurs…

Cet appel, relayé également par le très médiatique inspecteur du travail Gérard Filoche (qui estime comme il le fait souvent que l’affaire relève d’un véritable scandale) et soutenu par le parti socialiste a été repoussé par le ministre du travail estimant que les mesures prises suffisent pour assurer la protection des ouvriers. Concernant la « période transitoire », le secrétaire d’Etat à la Santé, Nora Berra répondant à la place de Xavier Bertrand à l’Assemblée le 28 février dernier a indiqué : « Les agents de l’inspection du travail disposent déjà des prérogatives nécessaires, dont le pouvoir d’arrêter les chantiers, voire d’intervenir auprès des entreprises et des maîtres d’ouvrage lors d’opérations engagées dans des conditions insuffisamment protectrices pour faire respecter les principes de prévention. C’est pourquoi, s’agissant des chantiers à risque que vous évoquez, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de recourir à un moratoire ».

… que protégés !

L’argument aurait cependant ses limites selon Gérard Filoche qui dans une note publiée sur son blog (citée par nos confrères de Doctissimo) assure que la Direction générale du travail (DGT) a recommandé le 2 janvier de « proscrire l’entrée en zone des agents de l’inspection du travail sur les seuls chantiers pour lesquels les masques à adduction d’air en l’état des connaissances actuelles, ne sont pas en capacité de réduire l’exposition des travailleurs en dessous de 100F/L ».

Si l'on était malicieux on pourrait dire que la DGT assure une protection parfaite de ses inspecteurs à défaut d’assurer celle des ouvriers.

Désamiantez tranquille.

 

 

Publié le 20/03/2012

 

Aurélie Haroche

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Published by Chronimed - dans Concept
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