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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 08:20
Usure, rancœur, désespoir, les médecins déboulonnent leur plaque, symbole de leur perte de repère dans un monde de plus en plus voué aux normes et aux règlements, à la paperasserie dévorante et aux contrôles tatillons. Les bonnes pratiques médicales, recommandées en fonction de normes statistiques calculées sur des masses d’individus et non pour une personne donnée dans sa singularité, ne sont pas toujours adaptées au vécu d’un malade particulier. De l’art médical nous évoluons jour après jour vers l’industrie des soins qui bouleverse le rôle et la place du médecin dans la société. S’inscrire dans une chaine de production sanitaire devient un impératif qui génère la crainte de voir le rapport personnel au malade être gommé sur l’autel des normes et de la sécurité. Le productivisme contrôlé s’opposerait il à l’humanisme libéral et à la compassion individuelle ? L’émergence de la revendication d’autonomie des infirmières et l’irruption des nouveaux métiers de la santé comme les assistants médicaux ou les coordinateurs de soins vient rendre encore plus flou le rôle exact du médecin en ce début du XXI ème siècle. Qui sommes nous ? Qu’attend t on de nous ? Tant que la profession persistera dans le schéma traditionnel du médecin à tout faire, payé sur la base d’actes simples qui pour la plupart peuvent être réalisés par d’autres professionnels, aucune remise en perspective d’une médecine portant les fondamentaux de la pratique de demain ne germera. Nulle projection démographique, nulle organisation sanitaire territoriale ne peut éclore valablement sans définir d’abord et avant tout le vrai rôle du médecin dans le monde sanitaire nouveau qui se dessine. La question jamais posée mais qui détermine tout le reste est simple: Quelle est la valeur ajoutée d’un médecin par rapport aux autres personnels de santé ? Compte tenu des progrès de la science et des nouvelles techniques de l’information qui facilitent le diagnostic et les traitements, compte tenu de la participation des malades à leur propre destin, de l’émergence des nouveaux métiers de soignants et de la répartition des taches entre professionnels de santé, que reste il de spécifique au médecin ? Pour quelles raisons prête t il le serment d’Hippocrate? Pour la connaissance, l’empathie, la disponibilité, l’honnêteté ? Toutes ces valeurs sont partagées par les autres professionnels de santé. Alors, quelle originalité pour le médecin ? La vraie valeur ajoutée de l’homme de l’art, celle pour laquelle un malade vient se confier à lui dans le secret de la consultation particulière, tient à sa capacité à transgresser les règles établies. Déroger aux normes et aux guides de bonne pratiques afin offrir dans certaines conditions à celui ou celle qui souffre les soins plus approprié pour le guérir ou le soulager. Une telle transgression est légitime car aucun protocole thérapeutique n’intègre dans sa sécheresse statistique, les données familiales, sociales, professionnelles, culturelles et religieuses qui font d’un individu une personne. C’est bien l’expérience et l’écoute personnelle du médecin qui fait sa valeur que recherche le malade, perdu par les avis divers et incapable de mettre en ordre les informations glanées sur Internet quel que soit sont niveau socioculturel. Le malade désire être pris en charge, littéralement porté sur les épaules de celui qui peut le guider dans son malheur. Il ne s’agit en rien de revenir au temps de l’obscurantisme médical des Diafoirus, mais bien de dépasser la simple équation scientifique pour rejoindre l’inexplicable de la décision personnelle. Dans quelques pourcentages de cas, le choix pour un malade donné ne correspond pas à la norme édictée. C’est donc au médecin qui le connait et à lui seul de prendre la responsabilité de déroger à la règle commune, pour répondre à un cas unique. Ainsi, débarrassé des oripeaux de la technicité, facilement transmissible, libéré d’une multitude de taches quotidiennes aisément réalisable par d’autres professionnels, le médecin retrouvera le sens de sa vraie vocation, délivré des méandres de la dispersion, de l’administratif étouffant, de l’acte à tout va et du court terme. Cette liberté de transgression implique une réorganisation complète de la prise en charge des malades dans laquelle les autres professionnels de santé prendront une part de plus en grande. Loin de réduire le rôle du médecin ni de rabaisser sa place dans la société, cette capacité reconnue de transgression lui fera retrouver sa véritable vocation de conseiller intime et de décideur. C’est pourquoi le médecin dot être rare en concentrant son action sur l’essentiel et son expertise chère car hautement responsable..

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Published by Chronimed
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