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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 19:46
La lutte contre la stigmatisation des malades mentaux n’est pas récente. Déjà en 1951, explique l’éditorialiste du British Journal of Psychiatry, la sociologue Elaine Cumming et son époux, le psychiatre John Cumming ont initié au Canada une campagne « d’éducation sur la santé mentale » pour lutter contre les préjugés frappant les personnes souffrant d’une maladie mentale. Elaine et John Cumming [1] partaient d’un triple postulat : tout comportement a des causes, lesquelles peuvent donc être comprises puis modifiées ; il existe tout un continuum entre normalité et anormalité ; et il y a une plus grande variété de comportements normaux qu’on ne le pense généralement. Cette campagne contre la stigmatisation fut toutefois un semi-échec, car les gens étaient convaincus qu’il y avait une « ligne de démarcation nette entre la maladie mentale et la normalité et repoussèrent les efforts pour changer ce point de vue. » Mais ces résultats mitigés n’ont pas estompé l’enthousiasme ultérieur des professionnels pour tenter d’éduquer le public : en 1996, par exemple, l’Association mondiale de psychiatrie a lancé sa campagne « Ouvrez les portes » [2] pour contribuer à modifier le regard suspicieux porté sur les schizophrènes. Et la Grande-Bretagne orchestre depuis 2007 une campagne analogue, « Time to Change » [3] (Il est temps de changer) au slogan explicite : « Let’s end mental health discrimination » (Terminons-en avec la discrimination sur la santé mentale). En plus de son impact espéré sur le grand public, elle s’efforce notamment d’influencer les attitudes « frileuses » de certains leaders d’opinion en ce domaine : journalistes, employeurs, étudiants en médecine… Le bilan de cette campagne montre certains progrès, comme « une petite réduction des discriminations rapportées par les intéressés et une meilleure reconnaissance des difficultés mentales par les employeurs. » Mais, simultanément, un certain immobilisme : « il n’y a hélas aucune amélioration dans la compréhension ou l’attitude du grand public » ni, de manière plus préoccupante, dans la perception par les usagers d’une « discrimination émanant des professionnels de santé mentale » eux-mêmes. Pour couronner de succès ce type de campagnes généreuses, certains paramètres paraissent donc encore nous échapper. L’auteur évoque ainsi une métaphore illustrant notre ignorance : imaginons que nous voulons connaître la hauteur de la marée à la plage ; nous pouvons bâtir des modèles complexes reposant sur le comportement des poissons et leurs interactions ; mais ces modèles ne seront d’aucune utilité pour la question qui nous préoccupe, car l’élément pertinent n’est pas le mouvement des poissons, mais celui de la lune… [1] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22514867 [2] http://www.openthedoors.com/ [3] http://www.time-to-change.org.uk/ Dr Alain Cohen 16/05/2013 Smith M : Anti-stigma campaigns: time to change. Br J Psychiatry, 2013; 202: 49

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Published by Chronimed - dans Concept
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commentaires

Lorene Amet 17/05/2013 17:10

Lie à cette stigmatisation et absence de démarcation claire entre normalité et troubles, se trouve fondamentalement le problème de diagnostique. Ces troubles n'ont pas de marqueurs biochimique ou
génétique définis, et sont sujet à des classifications subjectives... d'ailleurs très prochainement changées.
http://www.bloomberg.com/news/2013-05-15/doctors-protest-psychiatric-manual-revision-in-global-petition.html