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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 10:30
La conférence internationale de lutte contre le SIDA : clôture le vendredi 27 juillet à Washington. Quels enseignements tirer de AIDS 2012? Sciences et Avenir a interrogé Eric Fleutelot, directeur général adjoint international de Sidaction.

Sciences et Avenir: la conférence AIDS 2012 s’est déroulée sur fond de déclarations et d’articles de presse évoquant la possibilité, dans quelques années, de guérir du SIDA. Est-ce fondé ?

Eric Fleutelot, directeur général adjoint international de Sidaction: La recherche scientifique estime aujourd’hui qu’une approche combinant d'une part des traitements empêchant le virus de se reproduire et d'autre part des traitements renforçant le système immunitaire pourrait permettre, à terme, au moins un contrôle par l’organisme de l’infection. Ajoutez à cela les innovations en matière de recherche génétique (d’où l’intérêt pour le « patient de Berlin ») et les avancées vaccinales, et l’on entrevoit une possible éradication du virus. Ou bien une guérison fonctionnelle, un peu à l’image de ce que l’on parvient à faire pour les malades de l’hépatite C : 50% d’entre eux environ peuvent être guéris après quelques mois d’un traitement très lourd. Voilà pourquoi l’optimisme est si présent durant cette 19ème conférence. Mais attention : aucun scientifique raisonnable n’osera prédire quand et à quel prix nous parviendrons à connaitre une génération totalement épargnée par l’infection à VIH.

L'autorisation par l'Agence américaine du médicament du Truvada semble ouvrir des perspectives, mais ce médicament existe depuis 2004. Quelle est la nouveauté ?

Le Truvada est une combinaison de deux molécules, le Tenofovir et l’Emtricitabine, utilisées depuis plusieurs années dans le cadre d’une combinaison thérapeutique avec un autre traitement. La FDA a autorisé ce mois-ci son utilisation non pas pour soigner, mais pour prévenir la transmission du VIH. Cela s’adresse à des personnes séronégatives, mais dont on sait que leur exposition au virus (dans le cadre d’une relation sexuelle non protégée par un préservatif) leur fait courir un risque.

Il ne s’agit pas de remplacer l’utilisation correcte du préservatif par des médicaments, d’autant qu’on ignore pour l’instant comment se fera la prescription, mais plutôt d’enrichir l’arsenal de la prévention. Pour un couple sérodifférent, où l’un est positif et l’autre négatif, hétérosexuel ou homosexuel, et si la personne infectée n’est pas traitée (par exemple parce qu’elle n’est pas éligible pour un traitement), l’utilisation du Truvada peut prévenir l’acquisition du VIH par le partenaire séronégatif.

Par ailleurs, dans des pays où l’assistance à la procréation pour les personnes séropositives n’est pas disponible, c’est aussi un bon moyen de programmer, au sein du couple lorsque la femme est négative et l’homme positif, une grossesse en diminuant le risque de transmettre le VIH. Mais dans ce cas, traiter l’homme avec une trithérapie pourrait aussi lui permettre de contrôler la reproduction du virus dans son organisme. Pour des jeunes femmes d’Afrique du Sud, qui sont dix fois plus susceptibles d’être infectées avant 25 ans que les hommes, ce peut être une solution également. De même pour des personnes qui se prostituent, etc. Bref, ce n’est pas un outil pour tout le monde, mais c’est un progrès indéniable.

L’histoire du "patient de Berlin" est-elle une exception sans lendemain ?

C’est définitivement un cas isolé, absolument pas reproductible mais son caractère exceptionnel est une source de réflexion pour des approches de « guérison ». On ne fera jamais systématiquement de greffes de moelle osseuse aux personnes séropositives (rappelons que la mortalité des personnes bénéficiaires d’une telle greffe est bien plus élevée que la mortalité des personnes vivant avec le VIH sous traitement antirétrovitral). Toutefois, le mécanisme d’éradication du virus observée sur ce patient pourrait être reproduite d’une autre manière. On ignore aujourd’hui comment. Il est impossible de dire si cela débouchera sur quelque chose d’effectif ou pas, ni bien sûr quand.

Propos recueillis par Arnaud Devillard

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Published by Chronimed - dans Infections froides
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