Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 11:24
Schizophrénie : quid du primum movens ? Pour désigner l’affection connue désormais sous le nom de « schizophrénie », l’ancienne appellation de Kraepelin (« démence précoce ») semble exprimer l’idée que les patients schizophrènes subissent un déclin progressif de leurs facultés intellectuelles, en rapport avec des dégradations elles-mêmes progressives de l’anatomie et des fonctions cérébrales, la psychose en question relevant ainsi d’une sorte de processus neuro-dégénératif dans l’évolution inéluctable de la maladie. Mais cette conception est toutefois contestée, en raison de l’absence de confirmation histopathologique de telles anomalies du cerveau dans les études post-mortem, et de l’existence de modèles physiopathologiques attribuant l’origine des troubles psychotiques à des altérations du neurodéveloppement, préalables à l’émergence clinique de la maladie. Prouver la validité et les mécanismes précis de ces modèles de nature « progressive et neurodéveloppementale » demeure « l’un des défis majeurs » de la recherche sur la schizophrénie. Pour contribuer à ces travaux, des études longitudinales (incluant des données régulières de l’imagerie par résonance magnétique) ont été instaurées depuis plus d’une vingtaine d’années. En résumé, ces recherches visent à identifier l’éventuelle pathologie cérébrale, susceptible d’expliquer le déclin progressif des fonctions cognitives dans la schizophrénie. Mais elles rencontrent des difficultés d’ordre pratique (notamment la possibilité de maintenir concrètement l’engagement des patients et des équipes de chercheurs au fil des ans) et conceptuel (en particulier le fait d’attribuer spécifiquement les anomalies constatées, comme l’atrophie de certaines régions cérébrales, soit aux causes de la maladie, soit à ses effets propres, soit à des conséquences indésirables des traitements neuroleptiques). Le spectre de l’aporie classique sur « la poule et l’œuf » plane ainsi sur ces études. Est-ce la marche (inéluctable ?) de la psychose qui crée (ou du moins aggrave) les troubles neuro-anatomiques confirmés par les apports de la neuro-imagerie ? Ou est-ce plutôt un déficit initial du neurodéveloppement qui provoque les troubles observés cliniquement ? En d’autres termes, peut-on évoquer une sorte de « neurotoxicité de la psychose » (dans la première hypothèse), ou de « psycho-toxicité » des anomalies neurologiques préalables (dans la seconde hypothèse) ? Ou, plus vraisemblablement, d’une interaction probable de ces deux mécanismes complémentaires ? Dr Alain Cohen 12/07/2013 Sweeney JA : The long-term effect of schizophrenia on the brain: dementia praecox? Am J Psychiatry, 2013; 170:6, 571–573.

Partager cet article

Repost 0
Published by Chronimed - dans Concept
commenter cet article

commentaires