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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 17:28

Si vous ne connaissez pas tout des mucormycoses (mucor-m), on vous accordera certainement quelques circonstances atténuantes. 


Comme le disent en effet les auteurs de l’article, les données épidémiologiques sur les mucor-m sont rares et proviennent le plus souvent de petites séries et d’études très ciblées. 

Peut-être, malgré tout, aurez vous conservé la notion que ce sont des infections mycosiques graves, touchant des populations particulièrement exposées : 


diabétiques, 

malades atteints d’hématopathies malignes ou 

transplantés et, sans doute oubliées, les 

victimes de traumatismes sur sol contaminé, pourtant notoires. 

 

Ces notions « universitaires » reflètent-elles la réalité des infections diagnostiquées en France ? 

Une vaste étude rétrospective, qui vient d’être publiée dans un journal de référence, permet de s’en faire une idée…

 

Etude, donc, de 101 cas de mucor-m provenant des données 2005- 2007 du PMSI et du CNR des mycoses et agents anti fungiques, ce dernier s’appuyant sur la participation volontaire des microbiologistes nationaux. 

 

Ces cas sont survenus plutôt chez des hommes (58 %) de plus de 50 ans (moyenne d’âge de 50,7± 19,9 ans, 8 enfants de moins de 18 ans), souffrant une fois sur 2 d’une néoplasie hématologique –leucémies aiguës, lymphomes et autres-, dans 23 % des cas de diabète et dans 18 % de traumatisme ou brûlure grave récents. 

 

Les sites infectieux étaient pulmonaires (28 % des cas, 78 % en cas d’hémopathie), rhino cérébraux (1/4 des cas, dont  presque les 2/3 pour les diabétiques), cutanés (20 %, certainement le chiffre le plus inattendu de l’étude), et disséminés (18 %). 

 

Les principales espèces isolées étaient Rhizopus oryzae et Lichtheimia sp, la première prédominant très largement dans les localisations rhino cérébrales. 

 

Malgré les traitements, chirurgicaux et antifungiques à base d’amphotéricine liposomée dans plus de 60 % des cas, la survie à 3 mois a été de 56 %, encore réduite en cas de forme disséminée ou s’il existait plus d’une co morbidité, et le pronostic paraît globalement plus grave en cas de désordre hématologique que de diabète.

 

Que retenir, finalement, de cette mise au point ? 

 

D’abord bien sûr que, comme on s’en doutait, les mucor-m sont des affections graves survenant avant tout sur des terrains fragilisés. 

 

Mais aussi, et c’est plus original, que les traumatismes d’entrée sont bien plus fréquents qu’attendu (ce qui a été publié ailleurs), et qu’il pourrait exister quelques associations significatives, déjà plus ou moins évoquées dans d’autres études ; 

en particulier localisation pulmonaire/ néoplasie hématologique et 

diabète/ infection rhino-cérébrale. 

 

Remarquons également la relative fréquence de Lichtheima, qui étonnera sans doute les spécialistes non européens et pour laquelle les auteurs n’ont pas d’explication définitivement convaincante. 

 

Et enfin qu’il reste certainement à faire des progrès en matière thérapeutique, tant on manque de consensus et de preuves irréfutables d’indications et d’efficacité dans la majorité des cas. 

 

Les mucor m restent, en 2012, des affections rares, graves et difficiles à traiter.

 

Dr Jack Breuil Publié le 02/05/2012

 

Lanternier F et coll. : A global analysis of mucormycosis in France: the RetroZygo Study (2005-2007). Clin Infect Dis., 2012; 54(S1): S35-43.

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Published by Chronimed - dans Infections froides
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