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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 00:33
On estime que cinq millions de personnes se font mordre chaque année par un serpent dans le monde ; et que les 3 millions d'envenimations qui en découlent entraînent environ 125 000 décès, dont 100 000 en Asie et 5 000 en Amérique (de un tiers à la moitié des morsures ne sont pas suivies de la pénétration du venin dans l'organisme, on parle alors de « morsures sèches»). En Afrique, le nombre des morsures dépasse le million et celui des envenimations atteint 600 000 pour 20 000 décès. L'envenimation est responsable de modifications physiologiques qui, selon la famille de l'ophidien en cause et la constitution du venin, atteignent les systèmes nerveux, digestif, urinaire, cardiaque, pulmonaire et circulatoire. Lors d'envenimations par les vipéridés (les plus fréquentes) les signes cliniques dominants sont les phlyctènes, les oedèmes, les nécroses, les hémorragies, les troubles du système circulatoire digestif et cardiovasculaire avec le syndrome hémorragique comme principale urgence.
H. Lallie et coll. viennent, dans la dernière parution du journal Médecine Tropicale, de réaliser une analyse rétrospective descriptive de tous les cas de morsures enregistrés au Centre antipoison du Maroc de 1980 à 2008. Dans ce pays, 8 espèces d'ophidiens sont venimeuses, et donc dangereuses pour l'homme ; 7 appartiennent à la famille des vipéridés et une aux élapidés. Sur la période, 1 761 cas ont été enregistrés. Les hommes comptent pour plus de la moitié des cas (54,5 %) ; l'âge moyen est de 26,7 ± 17,5 ans, avec des extrêmes de 0 et 98 ans, et l'habitat rural 2 fois sur 3. Les régions de Souss-Massa-Drâa et Marrakech, les provinces d'Essaouira et Agadir sont très concernées. On observe un pic saisonnier très net des morsures, les mois les plus chauds étant les plus à risque et janvier le moins. Les affections du système gastro-intestinal ont été les plus fréquentes (42 %), le taux de létalité moyen de 7,2 % et celui des séquelles de 1 %. Pour les auteurs, le phénomène morbide de l'envenimation apparaît largement sous évalué au Maroc, et difficile à prendre en charge du fait de l'indisponibilité du sérum antivenimeux dans les zones rurales, et de son prix trop élevé pour les populations rurales concernées...
Des sérums anti-venimeux, justement, on en a beaucoup parlé il y a quelques mois lors de la 4ème Conférence internationale sur les envenimations par morsures de serpents et piqûres de scorpions en Afrique (Dakar, avril 2011). Et il est apparu que la situation est quasi catastrophique sur le continent noir. La direction de la Pharmacie et du Laboratoire du Sénégal, par exemple, soulignait l'insuffisance notable du nombre d'antivenins vendus, 250 par an en moyenne pour environ 8 000 cas. Au Burkina Faso, en Guinée et ailleurs, quelques antivenins sont théoriquement disponibles mais leur consommation bien trop faible. Au Bénin, des faux grossiers dont l'emploi s'est avéré dangereux sont trouvés sur le marché parallèle. Au Congo, la centrale d'achat publique ne dispose pas d'antivenins et seules des centrales privées distribuent le FAV Afrique ; La RDC ne dispose d'aucun produit. Des recommandations ont bien sûr été émises, et les fabricants et distributeurs invités à réduire leurs marges. On peut toujours rêver...
Lallie H et coll. : Epidémiologie des envenimations ophidiennes au Maroc. Médecine Tropicale 2011 ; 71 : 267-271
28/11/11
(JIM)
Dr Jack Breuil

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Published by Chronimed - dans Concept
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