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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 08:29
Duke, le samedi 9 mars 2013 – Chercheur au Centre médical de l’université de Duke (Etats-Unis), Miguel Nicolelis se consacre depuis de nombreuses années à l’élaboration d’interfaces entre le cerveau humain et différentes machines (prothèse, ordinateur…) qui repose sur l’utilisation et la transcription des signaux électriques émis par le cerveau. Son équipe avait ainsi créé l’évènement il y a une dizaine d’années en mettant en évidence comment des singes pouvaient parvenir à actionner un bras robotique grâce aux seules impulsions de leur cerveau. Aujourd’hui, son objectif est qu’en 2014 le coup d’envoi de la Coupe du monde de football au Brésil (pays dont il est originaire) soit donné par un paraplégique tapant dans le ballon grâce à une jambe artificielle commandée par la pensée. Deux cerveaux valent mieux qu’un C’est dans le cadre de ces recherches que Miguel Nicolelis vient de montrer que les signaux émis par le cerveau d’un rat pouvaient être utilisés par le cerveau d’un autre rat ! L’expérience fascinante décrite dans la revue Nature Scientific Reports s’est déroulée en trois étapes. D’abord, des rats ont été entraînés à un jeu assez simple : pour obtenir de l’eau, il devait choisir entre deux leviers celui indiqué par une petite diode lumineuse. Deuxième phase des électrodes ultra fines ont été implantées dans la région contrôlant l’information liée au mouvement chez les deux rats, tandis que leurs cerveaux ont été connectés d’abord à l’aide d’un fil électrique. Le premier rat, dit « émetteur » réalisait l’exercice précédent dans des conditions optimales. Le second rat, dit « décodeur » était pour sa part exposé à de plus grandes difficultés : aucune lumière ne lui indiquait le levier à actionner pour obtenir de l’eau. Bientôt, il est pourtant apparu que l’animal parvenait sept fois sur dix à trouver le bon levier. « Le deuxième rat reçoit par impulsion électrique l’information issue du cerveau de l’émetteur, comme un schéma qu’il décode et lui permet de réaliser correctement la tâche demandée », décode, elle aussi, citée par France 24 la neuroscientifique française Chloé Bétis, qui travaille à Berlin. « Le deuxième rat apprend à reconnaître ces signaux qui décrivent une décision prise par le premier rat. Il créée une association entre cette structure et cette décision » explicite pour sa part Miguel Nicolelis. « Transmission de pensées » au-delà des frontières Mais les constatations de l’équipe de Miguel Nicolelis ne s’en sont pas tenues là. Elle a également pu montrer qu’après plusieurs échecs successifs, le rat « décodeur » émettait probablement à son partenaire des signaux qui incitaient le rat « émetteur » à modifier ses informations afin qu’elles soient plus facilement « décodables ». D’ailleurs, les erreurs se faisaient ensuite moins nombreuses. Enfin, lors d’une troisième étape, les chercheurs ont pu observer que cette « transmission » des influx électriques du cerveau s’observait également alors que les rats n’étaient non plus reliés par un fil électrique mais par une connexion internet alors qu’ils se trouvaient l’un aux Etats-Unis et l’autre au Brésil ! Vers la création d’un « super cerveau » ? Ces travaux laissent en suspens de nombreuses questions. On ignore en effet comment le rat parvient à « décoder » les signaux ainsi transmis par son partenaire. Surtout, certains s’interrogent sur les applications d’une telle expérience chez l’homme, ce qui ne serait pas sans soulever de nombreuses questions éthiques. En tout état de cause, il semble nécessaire de poursuivre les essais chez l’animal (notamment chez le singe) afin notamment d’observer si de telles « transmissions » sont également possibles pour la réalisation de tâches plus complexes. Mais pour Miguel Nicolelis, ses résultats laissent suggérer que l’on « pourrait créer un réseau cérébral formé par plusieurs cerveaux, interagissant tous ensemble ». Il fallait y penser. Aurélie Haroche

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Published by Chronimed
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