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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 06:59
Paris, le mercredi 3 avril 2013 – Depuis quelques années, un nouveau type de chasse s’est développé avec succès : la traque aux perturbateurs endocriniens. Ces substances très nombreuses utilisées dans nos produits industrialisés majoritairement pour leur rôle de conservateurs et d’antibactériens sont suspectées d’être dangereuses pour la santé humaine, notamment pour la fertilité. Ces inquiétudes s’appuient notamment sur des études conduites chez l’animal. Néanmoins, même les instances les plus pessimistes en la matière, telle l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui qualifiait récemment les perturbateurs endocriniens de « menace mondiale » reconnaissent que les preuves manquent encore pour confirmer leur toxicité sur les populations humaines. Effet cocktail Ces doutes n’ont pas empêché la peur de s’installer durablement, d’autant plus que beaucoup ont signalé qu’il était difficile de définir un seuil en deçà duquel l’innocuité pouvait être assurée. Aussi, les perturbateurs ont été recherchés partout. L’Union française des consommateurs (UFC Que Choisir) est passée maître dans ce type d’enquête : elle a ainsi tour à tour voulu déceler les propylparabens et autres molécules dans les jouets, les emballages alimentaires, les produits d’entretien ou encore les peintures. Aujourd’hui, sa croisade se poursuit avec l’analyse de 66 produits cosmétiques et d’hygiène : shampoings, crèmes pour le corps, dentifrices et savons. Sans surprise, la « contamination » est fréquente : le propylparaben a ainsi été retrouvé dans « pas moins de neuf familles de produits cosmétiques et d’hygiène (un déodorant, un shampoing, un dentifrice, un bain de bouche, deux gels douche, six laits corporels, trois crèmes solaires, trois rouges à lèvres, quatre fonds de teint, quatre crèmes visage) », énumère l’UFC Que Choisir dans son communiqué. L’organisation épingle également la présence de triclosan (qui aurait notamment été détecté à un niveau "susceptible d’effet sur la thyroïde dans un dentifrice"). Dans la majorité des cas les doses des substances recherchées ont cependant été considérées comme « acceptables » par l’UFC Que Choisir. Cependant, l’association s’inquiète des effets cumulatifs entraînés par l’utilisation concomitante de plusieurs produits. Aussi, en appelle-t-elle aux autorités afin que soient menées « des recherches indépendantes sur l’impact de ces molécules sur le long terme ». L’organisation attend également que soit renforcé « sans plus attendre le cadre réglementaire en prenant en compte l’effet cocktail de ces molécules dans l’évaluation de la toxicité des produits ». Boîte rose Ce n’est évidemment pas la première fois que les pouvoirs publics sont l'objet d’une telle injonction. Les autorités sanitaires ont d’ailleurs déjà démontré qu’elles étudiaient avec soin ce type de demandes : la « boîte rose » distribuée dans les maternités, accusée d’être un cocktail chimique explosif pour les nourrissons, avait ainsi été rigoureusement analysée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Il en était ressorti que seule la présence de phénoxyéthanol dans les lingettes pour nettoyer le siège nécessitait une remise en cause en raison de l'application du principe de précaution. Les perturbateurs endocriniens, au moins, ne donnent pas de boutons ! Pour les autorités sanitaires, la tâche est de fait délicate. Pressées par les uns de soustraire la population à la menace chimique, elles se doivent également de rappeler l’utilité de ces substances ! Les parabens et autres « perturbateurs » ne sont en effet pas présents dans les produits cosmétiques sans raison : ils permettent une conservation quasiment optimale. D’ailleurs, la disparition ces derniers mois dans de nombreux produits des parabens qui ont été remplacés par du méthylisothiazolinone a entraîné une augmentation des consultations pour eczéma de contact : ici le risque n’est pas hypothétique ! Certains industriels vont même jusqu’à prétendre utiliser des parabens… alors que pas ! La difficulté des autorités sanitaires réside également dans le fait qu’outre les doutes encore existant sur l’action des « perturbateurs endocriniens », des réserves bien plus sérieuses encore pourraient être émises sur ces analyses que l’on présente comme des révélations. A cet égard, l’enquête de l’UFC Que Choisir comme toujours très commentée n’échappe pas à certains doutes. L’organisation réprouve ainsi le fait que certaines étiquettes soient trompeuses : non seulement plusieurs passent sous silence la présence de substances révélées par les analyses, mais d’autres affirment également contenir des molécules « non détectées par notre laboratoire ». Un fait étrange qui, pour certains, pourraient conduire à remettre en cause la fiabilité des résultats de l’UFC... Aurélie Haroche

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Published by Chronimed
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