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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 07:58
Santé du nourrisson et de l'enfant Acides gras et développement du nourrisson Le Professeur Jean-Marie Bourre, directeur de recherche INSERM et membre de l'Académie Nationale de Médecine nous livre le résultat de ses années de recherche sur l'importance des acides gras, et en particulier des oméga 3, sur le développement, notamment cognitif du nourrisson et de l'enfant. L'affirmation des effets positifs des acides gras polyinsaturés (AGPI), en particulier les acides gras oméga 3 (AG oméga 3), sur le développement du cerveau du nourrisson, résulte de multiples observations et essais, tant en expérimentation animale que lors d'essais sur le nourrisson. Bénéfices des oméga 3 : différencier l'acide alpha-linolénique et les dérivés à longues chaînes En savoir plus sur les Oméga 3 Certes, il y a peu matière à débat pour l'acide alpha-linolénique (ALA). En revanche, pour les très longues chaînes carbonées, principalement l'acide docosahexaénoïque (DHA), quand ne sont pris en compte que les essais réalisés chez l'homme, les résultats peuvent paraître nuancés pour quelques auteurs. Or, contribution importante, une analyse récente des études cliniques conclue de manière positive (1). Développement du cerveau et oméga 3 : des bénéfices indiscutables chez le prématuré Ce travail considère que le bon témoin des effets de l'alimentation réside dans le profil en acides gras polyinsaturés du sang. Il concerne les nourrissons à terme, et ceux qui sont prématurés. Chez ces derniers, les résultats sont indubitables, du fait de la faiblesse quantitative de leur tissu adipeux à la naissance, donc de réserves éventuelles en AG oméga 3. De nombreuses études ont montré l'intérêt de l'allaitement maternel : il améliore l'état neuro-développemental des nourrissons, notamment du fait de son contenu en oméga 3. Bien évidemment, les AG oméga 3 font partie des nutriments qui occupent une place importante dans le cadre du développement et des fonctions du cerveau (2). Toutefois, il convient de restituer spécifiquement ce travail (1) dans l'ensemble des thématiques abordées. Dès 1992 (3) était souligné l'importance de l'ALA alimentaire dans le développement et de la fonctionnalité de la rétine, et du cerveau, notamment chez le prématuré. Par exemple, une formule pour nourrisson riche en ALA évite chez le prématuré des altérations de l'électrorétinogramme. Elle assure aussi un meilleur statut neuro-dévelopemental des enfants de 1 an nés à terme et de poids normal. Toutefois, l'ALA seul est insuffisant (4). L'analyse de cortex frontal d'enfants décédés montre une plus faible teneur en DHA s'ils ont été nourris avec des formules pour nourrissons dépourvues de DHA. Intérêt de l'association de l'ALA et des dérivés à longues chaînes (ARA, DHA) Si les résultats dans les domaines de la physico-chimie et de la biochimie sont concluants, en revanche ceux portant sur le comportement restent sujets à discussion. Sur 14 essais cliniques publiés, comparant les formules pour nourrisson avec ou sans AGPI très longues chaines, 7 montrent spécifiquement les effets positifs sur le développement cognitif. Globalement, on observe une corrélation forte entre la composition des hématies AGPI-TLC et les performances neuro-développementales (5). En conclusion De toute évidence, les acides gras alimentaires participent directement à la bonne construction du cerveau (6). Leurs mécanismes d'actions sont multiples (7). Pour le prématuré, la présence simultanée d'ALA et de DHA (avec le LA et l'ARA) ne demande plus de nouvelles justifications. Pour le nourrisson né à terme, que son alimentation soit au sein (dans ce cas la qualité de l'alimentation de la mère est à prendre en compte) ou avec une formule lactée, l'intérêt de l'ALA alimentaire est évident, bien que devant encore bénéficier de preuves plus fines dans certains domaines, notamment cognitifs. En revanche, l'addition spécifique de DHA, quoique parfaitement logique et répondant à un grand nombre d'appréciations positives et d'expérimentations concluantes, mérite encore une démonstration définitive, au-delà de l'amélioration des paramètres biochimiques et visuels. En tout état de cause, le choix de l'huile de colza doit être privilégié dans les formulations des aliments destinés aux nourrissons. Pour ce qui concerne les femmes enceintes et qui allaitent, outre l'huile de colza, celle de noix est intéressante; sachant qu'elles doivent sélectionner les aliments réellement riches en AG oméga 3 de toutes longueurs de chaînes carbonées (8) Le tableau des sources en oméga 3 Références: (1) Fleith M., Clandinin M.T. Dietary PUFA for preterm and term infants: review of clinical studies. Crit. Rev. Food Sci. Nutr. 2005 ; 45 : 205-229 (2) Bourre J.M. Effets des nutriments sur les structures et les fonctions du cerveau : le point sur la diététique du cerveau. Rev. Neurol., 2004 ; 160 : 767-792. (3) Uauy R, Birch E, Birch D, Peirano P. Visual and brain function measurements in studies of n-3 fatty acid requirements of infants. J Pediatr 1992 ; 120 : S168-S180. (4) Cunnane SC, Francescutti V, Brenna JT, Crawford MA. Breast-fed infants achieve a higher rate of brain and whole body docosahexaenoate accumulation than formula-fed infants not consuming dietary docosahexaenoate. Lipids 2000 ; 35 : 105-11. (5) Agostoni C, Trojan S, Bellu R, Riva E, Bruzzese MG, Giovannini M. Developmental quotient at 24 months and fatty acid composition of diet in early infancy: a follow up study. Arch Dis Child 1997 ; 76 : 421-4. (6) Koletzko B. Fats for brains. Eur J Clin Nutr 1992 ; 46 Suppl 1: S51-62. (7) Heird, Lapillonne A. The role of essential fatty acids in development. Annu. Rev. Nutr. 2005 ; 25 : 549-571. (8) Bourre J.M. Enrichissement de l'alimentation des animaux avec les acides gras omega-3. Impact sur la valeur nutritionnelle de leurs produits pour l'homme. Médecine Sciences, 2005 ; 21 : 773-779

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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