Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 18:42

Ces dernières années, une carence en vitamine D a été impliquée dans la pathogénie de nombre de maladies extra-osseuses comme les cancers, les affections auto- immunes, les maladies cardiovasculaires, les infections, y compris respiratoires et tuberculeuses.


Dans les broncho-pneumopathies obstructives (BPCO) sévères, le taux de vitamine D est, dans 60 à 75 % des cas, abaissé, pouvant majorer l’inflammation des voies aériennes, diminuer l’épuration bactérienne et favoriser la survenue de poussées infectieuses.


Une étude monocentrique, randomisée, en double aveugle contre placebo, menée entre 2008 et 2010 a évalué l’effet de l’apport de fortes doses orales de vitamine D sur le délai de survenue et le nombre annuel des poussées infectieuses dans les BPCO sévères.


100 000 unités de vitamine D par mois ou un placebo

Les patients étaient inclus dans l’étude au sortir d’une hospitalisation ; ils étaient âgés de 50 ans ou plus, tabagiques actifs ou anciens, porteurs d’une BPCO sévère avec un VEMS de moins de 80 %. Des antécédents d’hypercalcémie, de sarcoïdose ou de cancer évolutif constituaient des critères d’exclusion comme une supplémentation vitaminique récente pour ostéoporose symptomatique ou un traitement au long cours par azithromycine. Par contre, un traitement ancien, pris régulièrement depuis plusieurs mois comportant de faibles doses de vitamine D  (400 à 800 UI/j ) ne constituait pas, en soi, une contre indication à l’inclusion. Tous les malades avaient préalablement donné leur consentement par écrit.

Dans les 5 à 6 semaines après l’hospitalisation pour exacerbation de BPCO, 2 groupes ont été constitués par randomisation après ajustement sur les influences saisonnières ; l’un a reçu oralement 100 000 unités par mois de vitamine D, soit, approximativement 4 fois la dose habituelle dans l’ostéoporose ; l’autre un placebo sous forme d’huile d’arachide. L’ensemble des patients a été suivi tous les 4 mois pendant un an au plan clinique, fonctionnel respiratoire et biologique.

Le critère de jugement majeur de l’étude a été le délai de survenue de la première poussée, défini comme le délai entre la randomisation et la première aggravation brutale de la condition respiratoire (incluant au moins un des critères d’Anthonisen), persistant plus de 48 heures et nécessitant un nouveau traitement par antibiotiques et/ou corticoïdes. Ont également été notés la fréquence annuelle des poussées, le délai de survenue de la seconde poussée, le délai avant ré hospitalisation, la qualité de vie, l’évolution du VEMS, le nombre de décès en cous d’étude ainsi que le taux de vitamine D et l’évolution de divers paramètres biologiques.

Pas de différence entre les deux groupes

Globalement, sur 340 patients éligibles, 182 ont été randomisés, 91 avec supplémentation, 91 avec placebo. Au sein de la cohorte, 14 % étaient sous corticothérapie, sans modification posologique durant le suivi ; 18 % bénéficiaient d’un traitement  par inhalation majeur ; 22 %recevaient une supplémentation vitaminique D de base, à faibles doses (800 UI/j en moyenne). Le taux de vitamine D de départ était le même dans les deux groupes, de l’ordre de 20 mg/ml.

Au cours de l’année de suivi 468 poussées de BPCO sont survenues, 229 dans le groupe supplémenté, 239 dans le groupe placebo. Le délai moyen avant la première poussée a été de 84 jours (21-200) dans le groupe traité et de 56 jours (21-200) dans le groupe placebo, soit un p non significatif à 0,41. Il en a été de même pour le délai de survenue de la deuxième poussée. Leur fréquence annuelle moyenne est restée inchangée : 2,8 dans le groupe 25 OH D et 2,9 sous placebo. La qualité de vie et le nombre de décès en cours d’étude (10 % versus 7 %) ne diffèrent pas non plus ; la qualité microbiologique de l’expectoration également. Par contre, comme attendu, il y a eu, dans le groupe supplémenté une élévation notable du taux de 25 OH D, passant en moyenne de 20 à 52 ng/ml, ce qui, a priori constitue un taux suffisant pour s’attendre à d’éventuels effets extra osseux. Quatre hypercalcémies modérées, comprises entre 2,63 et 2,75 nmol/ml ont été relevées dans le groupe traité. Aucune hypercalciurie n’a été observée en fin d’étude. Seul résultat positif, dans le sous groupe ou avait été initialement décelée  une carence vitaminique profonde, inférieure à 10 mg/ml, malgré l’absence de différence significative dans le délai de survenue de la première poussée, une diminution de 43 %de la fréquence des poussées par malade et par an a été constatée (p = 0,042) ainsi qu’une amélioration de la phagocytose des monocytes circulants (p=0,002).

Seulement utile chez les sujets carencés

En conclusion, cette étude monocentrique démontre qu’un apport notable de 100 000 unités de vitamine D mensuelles pendant un an n’améliore pas le délai de survenue de la première poussée de BPCO, ni la fréquence annuelle de poussées, ni le VEMS, la qualité de vie ou le nombre de décès. Cependant, elle diminue la fréquence des poussées dans le sous groupe avec une carence profonde au départ. Malgré le caractère limité de l’échantillon, l’absence d’effet thérapeutique patent ne parait  pas être imputable à une erreur de type II. Cette étude pourrait toutefois servir de modèle pour analyser les effets potentiels de la vitamine D à fortes doses dans d’autres maladies chroniques extra-osseuses.

 

 

Dr Pierre Margent

 

Publié le 05/02/2012

 

Lehouck A et coll. : High Doses of Vitamin D to Reduce Exacerbations in Chronic Obstructive Pulmonary Disease. A Randomized Trial. Ann Int Med., 2012 ; 156 : 105-114.

Partager cet article

Repost 0
Published by Chronimed - dans Infections froides
commenter cet article

commentaires

Swiss life mutuelle 20/02/2012 07:21

Tout ce qui est dans l'excès détruit toujours.