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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 23:44
Miroslav Radman.
Directeur de recherches à l’Inserm, ce biologiste cellulaire franco-croate entend élaborer la pilule antivieillissement.


Au risque de l’indélicatesse, commençons par son âge. 67 ans. C’est jeune ? C’est vieux ? Il s’en fiche pas mal, il compte bien vivre soixante-sept ans de plus, et en pleine forme, tant qu’à faire. Reste à régler un léger détail, mettre au point la pilule antivieillissement. Car Miroslav Radman assure avoir trouvé la piste qui mènerait à l’élixir de jouvence. On aurait de fait pu remiser l’affaire au rayon élucubrations d’un savant fou égaré dans un délire d’immortalité, si ses références n’étaient des plus sérieuses. CV très raccourci : biologiste cellulaire franco-croate, chercheur à l’Inserm, prof à la fac de Necker, membre de l’Académie des sciences, dans le peloton des nobélisables. Et néanmoins «vieux déconneur» revendiqué. Aujourd’hui tout à sa quête du Graal : «Vivre plus longtemps, et surtout vivre mieux.» Cent cinquante, cent quatre-vingts ans d’espérance de vie.

Comment s’y prend-on pour atteindre un âge à côté duquel Jeanne Calment aurait fait figure de jeunette ? En mécanicien de l’organisme, pragmatique dépourvu de toute motivation religieuse ou philosophique, Radman compare le vieillissement à une voiture dont les pièces se détraquent l’une après l’autre. Pareil chez l’homme, organe après organe. L’idée serait de prévenir l’usure du corps grâce une potion antirouille qui protégerait les cellules de la corrosion du temps. En ingrédient miracle, une bactérie répondant au doux nom de Deinococcus radiodurans. Un microbe increvable capable de ressusciter en reconstituant son génome. En poussant les recherches, ce pourrait être «le petit grain de sable empêchant le processus de dégénérescence lié à l’oxydation de nos cellules». La clé de la prolongation de la vie, mais aussi d’une médecine préventive capable de ralentir l’apparition des maladies liées à l’âge, à commencer par le cancer.

Imaginons un instant ce «vivons vieux, vivons heureux». Une société de sémillants centenaires, des Dorian Gray à tous les coins de rue, le vieillisme terrassant le jeunisme. Une pub pour les assurances grandeur nature. Barjavel en vrai, Nicolas Flamel exaucé. Alors, eurêka ou au secours ? Les résistances à son projet, Radman les connaît aussi bien que sa première formule de biochimie. A quoi ça sert de vivre plus longtemps ? Est-ce bien naturel, d’abord ? On va s’ennuyer, non ? Plus on est vieux, plus on est con ? Il a ses réponses, qu’il expose dans un livre grand public publié au printemps, autant hymne à la longue vie qu’appel à financer son grand œuvre. «En cent cinquante ans, on a bien doublé l’espérance de vie, alors pourquoi ne pas aller plus loin ?» oppose l’audacieux aux rétifs. Ou «pourquoi quelqu’un de nouveau serait-il mieux que quelqu’un qui a vécu» ? Ou encore, sur le risque de crétinisation avec l’âge : «L’important, c’est de continuer à apprendre jusqu’au bout.»

Retour sur Terre et bienvenue dans la grisaille de la fac de médecine de Necker à Paris, aux trois quarts dépeuplée pour cause de désamiantage imminent. Au deuxième étage, des labos, un bureau. Y déboule un roc en polo blanc et veste noire, la tignasse plus sel que poivre. En retard (le RER) et en colère. Exaspéré de devoir passer ses journées à jouer les commerciaux auprès des instances d’évaluation pour décrocher des crédits plutôt qu’à sonder ses éprouvettes. Les présentations sont à peine faites qu’il tonne contre ces «parasites de capitalistes», ces «bureaucrates stérilisants» - espèce semblant concentrer sur elle tout son ressentiment, l’homme se révélant par ailleurs d’une amabilité irréprochable. «On nous demande de vendre ce qu’on trouve avant même d’avoir trouvé quoi que ce soit. C’est soit idiot, soit obscène. On ne peut quand même pas décréter la découverte de la radioactivité avant de l’avoir trouvée !» «Miro» (son surnom pour tous), joueur dans l’âme, ne conçoit la science que comme une grande «recherche de surprises». Il s’afflige du manque de «ruptures», de «percées», de «vision», se désole du conservatisme ambiant. «En France, plus on s’attaque à une question d’envergure, donc risquée, moins on a de chances d’être financé», confirme son confrère et allié Philippe Even, ex-doyen de la fac de Necker. «Mais Miro, c’est un esprit libre, un aventurier, il s’en fout de gravir une colline avec une canne ! Son truc, c’est de partir à l’assaut de l’Annapurna.»

L’expédition longévité lui coûterait un demi-million par an. Il compte surtout sur le financement privé. Axa est dans la boucle, «un mécène suisse» s'est montré intéressé. De quoi nourrir son rêve d’un labo indépendant, quelque part en Méditerranée. Le choix n’a rien du hasard. Epinglée dans son bureau, une photo comme une fenêtre ouverte sur son enfance croate. La petite île de Hvar, au large de Split, qui l’a vu grandir les pieds dans l’eau. Au deuxième plan, la mer qu’il a écumée avec son père, pêcheur, fervent communiste mort à 94 ans. Un monde à des années-lumière de sa vie française.«Je suis né devant l’horizon. Ici, il n’y a que des murs. Tous les jours, je me demande : "Qu’est-ce que je fais là, est-ce que ce que je fais est important?"» L’exigence érigée en autodiscipline. Toujours se maintenir au-dessus - des contingences du quotidien, du carriérisme, de la «prostitution professionnelle»… Il tient ça de ses parents. «Pauvres, mais fiers. Ils avaient une classe, une intelligence naturelles. Toujours capables d’expliquer le pourquoi des choses.» Jeune, il se rêve biologiste marin. Ce sera biologiste tout court, pour les mystères de l’ADN. Etudes à Zagreb, Bruxelles où il apprend le français «à l’oreille» puis Harvard, grâce à une bourse d’élite. Prof d’université à 28 ans, reconnu à 30 pour ses découvertes sur les systèmes de réparation de l’ADN et les mutations génétiques qu’ils induisent.

De la Croatie, où il a fondé un centre de recherches (l’Institut méditerranéen pour les sciences de la vie, logé dans une ancienne résidence de Tito) il a gardé l’accent et le goût de la musique. «On chantait tout le temps. Ce devait être une manière de dire : "C’est fantastique de vivre."» Il chante encore, grattouille la guitare. Son côté tsigane. Sa femme, serbe, est musicologue. Ils habitent un pavillon à Gentilly, ont trois grands enfants, artistes - côté théâtre, design, peinture.

La France reste son port d’attache. On lui a fait des ponts d’or ailleurs, ses collègues exilés en Suisse ou en Angleterre gagnent deux, trois fois plus que lui, mais non. Bon vivant attaché au «savoir-vivre français» comme une bernique à son rocher. Il préfère «participer au changement plutôt que déserter» et ne lâcherait pour rien au monde son équipe, recrutée à sa manière : «Nourrir la créativité.» On aura compris qu’il cultive la sienne. Etre regardé de travers par les comités d’éthique ou passer pour un illuminé auprès de certains de ses confrères, n’est pas pour lui déplaire. «J’aime chatouiller, je me provoque moi-même. Si je m’ennuie, je meurs.» Mourir, Miro ? Allons donc. Un jour peut-être, mais dans longtemps.

Miroslav Radman en dates

30 avril 1944: Naissance à Split, en Croatie.

1973: Enseigne à l'Université libre de Bruxelles

1983: Chercheur au CNRS.

1996: Prend la nationalité française.

1997: Prof de biologie cellulaire à la Faculté de Médecine René-Descartes.

2002 : Elu membre de l’Académie des sciences.

2003: Grand Prix Inserm de la recherche médicale.

2011: Au-delà de nos limites biologiques : les secrets de la longévité (Plon).


Par CORDÉLIA BONAN

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Published by Chronimed - dans Concept
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commentaires

Lesauvage 16/09/2012 11:20

Deinococcus radiodurans :
pourquoi parlez-vous de microbe alors qu'il s'agit d'une bactérie ?
GL