Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 12:02

Les piscines publiques sont-elles des réservoirs à virus ?

 

 

AVIS D'EXPERT - Les virus n'entrent dans les piscines que si nous leur ouvrons la porte, explique François Denis, professeur émérite de bactériologie-virologie-hygiène et membre de l'Académie nationale de médecine.

 

Les piscines publiques seraient des nids à microbes, avec leurs risques bien connus de diarrhées, d'otites, de troubles intestinaux, de mycoses, de verrues plantaires… 

 

Pourtant, alors que 25 millions de Français fréquentent chaque année nos quelque 16.000 piscines municipales, d'hôtels ou de camping, il n'y a pas de réel danger sanitaire à signaler, et les contaminations collectives y sont non seulement rares mais bénignes, au point de n'être parfois même pas déclarées, ce qui, pour fausser les statistiques, reste un encouragement à pratiquer la natation pour le meilleur de la santé.

 

Les piscines ne sont pas des lieux de prédilection naturelle pour les virus. 

Les virus qui possèdent une enveloppe - virus grippaux ou virus du sida - sont trop fragiles et survivent trop peu dans le milieu extérieur pour se transmettre dans les piscines. 

 

Les virus dits nus sont généralement beaucoup plus résistants et peuvent survivre plusieurs jours dans l'eau, même si cette eau est traitée. 

 

Ils se répartissent en adénovirus (41 %), norovirus (26 %), entérovirus 26 % et virus de l'hépatite A (7 %). 

 

Mais, ils n'entrent dans les piscines que si nous leur ouvrons la porte, qu'il s'agisse de défaillances techniques - non-respect des équipements de désinfection et de chloration, méconnaissance du mode opératoire, défaut de maintenance des installations, personnel non qualifié et absence de système d'alerte…- et surtout de négligences humaines, par les matières fécales ou les miasmes qu'y transportent des nageurs infectés, notamment au niveau du nez et de la gorge.

 

La transmission par ingestion (en buvant la tasse) est la plus fréquente, car les norovirus, responsables des épidémies de gastro-entérites d'origine alimentaire, sont très contagieux et peuvent provoquer des troubles digestifs dans les 24-48 heures, mais le plus souvent sans gravité pendant un à trois jours au plus. 

 

Moins souvent, avec des contaminations moins larges, de 6 à 20 cas, parfois même inapparentes, les echovirus peuvent provoquer des méningites virales bénignes et le virus de l'hépatite A incuber de 2 à 6 semaines, ce qui rend les enquêtes plus difficiles.

 

Les bénéfices du chlore

Les adénovirus passent par les yeux, porte d'entrée privilégiée du fait de l'irritation par les substances chimiques qui, par frottement, provoque des lésions superficielles. Mais ces conjonctivites des piscines ne concernent jamais plus d'une centaine de personnes et évoluent lentement sans laisser de séquelles.

 

De la même façon, la peau peut favoriser la contamination, à la faveur d'effractions cutanées, ou du fait du ramollissement provoqué par un séjour prolongé dans l'eau, au contact avec des surfaces souillées. 

Quant aux verrues plantaires, elles ne sont pas aussi liées aux piscines qu'on se l'imagine couramment… 

 

Elles sont dues à des papillomavirus, extrêmement résistants, pouvant survivre plusieurs heures dans le milieu extérieur et donc se transmettre indirectement par le linge ou les sols contaminés, par manque d'hygiène ou de précaution. 

 

Elles disparaissent spontanément dans environ 20 % des cas. 

 

Mais, fort heureusement, les papillomavirus génitaux cancérigènes ne se trouvent pas sur les bords des piscines.

 

Des normes strictes sont imposées pour traiter les eaux de piscine de façon à inactiver les virus. En dehors des bassins des eaux thermales, qui ne subissent aucun traitement, ce qui impose un renouvellement constant de l'eau, l'eau des piscines publiques doit être filtrée, désinfectée et désinfectante, et répondre aux normes physiques, chimiques et microbiologiques du Code de la santé publique

 

Les traitements doivent être capables d'éliminer les microbes sans irriter la peau, les yeux ni les muqueuses. 

 

Le chlore, utilisé sous forme gazeuse dans les piscines publiques, est le produit le plus employé car il cumule efficacité, facilité d'utilisation et innocuité. 

 

Mais son odeur est souvent incriminée, voire un risque chimique avancé, pour proposer d'autres solutions désinfectantes moins agressives - comme l'ozone, effectivement inodore - mais en réalité plus toxique au point qu'il est impératif de l'éliminer totalement en phase finale d'épuration de l'eau. 

 

De plus, dès la sortie du traitement, l'eau de la piscine peut être de nouveau contaminée, d'où l'obligation de procéder à une désinfection complémentaire.

 

Bien dosé et allié à une bonne ventilation, le chlore ne devrait pas provoquer de nuisance olfactive. 

Le plus souvent, ce n'est pas le chlore lui-même qui dégage une odeur désagréable, mais les «chloramines», des molécules qui naissent du contact de l'eau chlorée avec des matières azotées générées par le corps des baigneurs, la transpiration par exemple. 

 

Alors, avant de sauter à l'eau, surtout après avoir transpiré, une bonne douche, avec savon de préférence, s'impose! 

 

Cela réduira sensiblement un désagrément qui est sans commune mesure avec les bénéfices qu'apporte le chlore pour la désinfection de l'eau des piscines, dont l'avantage sur les autres désinfectants est démontré.

 

Mais les traitements ne suffisent pas à eux seuls à garantir contre toute contamination. 

 

La priorité, c'est d'apporter de l'extérieur le moins possible de microbes et de matière organique. 

 

C'est pourquoi la capacité d'accueil des établissements est limitée, la fréquentation maximale instantanée ne devant pas dépasser trois personnes pour 2m2 de plan d'eau en plein air et une personne par m2 de plan d'eau couvert ; surtout, on doit pouvoir compter sur une bonne hygiène corporelle des baigneurs, à commencer par un strict respect des mesures habituelles, comme le port du bonnet de bain et l'absence de maquillage, sans oublier que, en dehors de l'eau du bain, les surfaces avoisinantes peuvent aussi être source de contamination, d'où l'importance de passer par le sas de désinfection du pédiluve, à ne pas confondre avec une simple pataugeoire…

 

Renforcement de la surveillance

 

Les épidémies d'origine virale sont donc rares et le plus souvent bénignes. En 2009, dans le monde entier, 27 cas seulement ont été recensés, et, aux États-Unis, 5 % seulement des épidémies liées à la fréquentation des piscines publiques sont d'origine virale… 

 

Ces chiffres devraient encore baisser avec le renforcement de la surveillance et de la qualité et de la sécurité des piscines grâce aux progrès de la virologie. 

 

La biologie moléculaire permet, en effet, de détecter tous les virus, qu'ils soient cultivables, difficilement cultivables tels certains adénovirus ou entérovirus, et même non cultivables (norovirus, papillomavirus), ce qui n'était pas possible avec les recherches par culture traditionnelle. 

 

Dans la mesure où les concentrations virales sont souvent faibles, il faut partir de volumes d'eau importants (1 000 voire 2 000 litres selon les études) et concentrer les virus sous un faible volume. 

 

Selon le volume d'eau, la technique utilisée, les conditions d'hygiène et les normes des différents pays, le taux de positivité des eaux de piscine pour les virus va de 0 % à 28 %. 

 

En effet, l'eau d'alimentation des piscines est rarement en cause et le virus suspecté est souvent identifié, non à partir de l'eau, mais sur des prélèvements effectués sur des baigneurs malades, ce qui nécessite des enquêtes quasiment policières, d'autant plus complexes que l'incubation de certaines affections virales peut être longue.

 

 

François Denis - le 26/04/2013

Partager cet article

Repost 0
Published by Chronimed
commenter cet article

commentaires