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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 17:08

Le vieillissement affecte aussi la fonction thyroïdienne et nombre de personnes âgées se trouvent tôt ou tard en hypothyroïdie. Selon le Canadian Institut for Health Information, 20 % des personnes âgées recevraient un traitement de substitution au long cours par de la lévothyroxine. Mais ce traitement n’est peut-être pas sans risque, et une équipe canadienne a voulu en savoir plus sur le risque de fractures associées à la prise de lévothyroxine.

L’étude, rétrospective, est de type cas-contrôle et concerne plus de 200 000 personnes de plus de 70 ans auxquelles a été prescrit un traitement par lévothyroxine entre le 1er avril 2002 et le 31 mars 2007.

Les patients ont été suivis jusqu’au 31 mars 2008 et ont été prises en compte les fractures du poignet ou de l’avant-bras, de l’épaule ou du bras, du rachis dorsal, lombaire, du pelvis, de la hanche ou du fémur, de la jambe ou de la cheville.

Pendant le suivi, de 3,8 ans en moyenne, 10,4 % des sujets ont présenté au moins une fracture, dont 88 % de femmes. Le risque est supérieur chez les patients dont le traitement est en cours (OR 1,88 ; IC 95 % 1,71 à 2,05, P < 0,001), et ceci persiste jusqu’à 6 mois après l’arrêt (OR 1,33 ; 1,19 à 1,48, P < 0,001). Parmi les patients sous traitement au moment de la fracture, une relation étroite est constatée entre le risque de fracture et la dose de lévothyroxine administrée, même après ajustement pour les autres facteurs de risque. Les patients recevant une dose journalière de lévothyroxine supérieure à 93 μg ont un risque multiplié par plus de 3 de présenter une fracture (3,45 ; 3,27 à 3,65), et une dose comprise entre 44 et 93 μg fait plus que doubler ce risque (2,62 ; 2,50 à 2,76).

Bien que le design de l’étude ne permette pas de l’affirmer (les auteurs ne disposent pas des données biologiques des fonctions thyroïdiennes), l’explication avancée est celle d’une hyperthyroïdie iatrogène à l’origine d’une diminution de la densité minérale osseuse et qui pourrait aussi augmenter le risque d’arythmie ou de faiblesse musculaire, à l’origine de chutes.

Les besoins en hormones thyroïdiennes diminuent physiologiquement avec l’âge, obligeant à un ajustement plus rigoureux des dosages. Alors qu’une posologie de 1,6 à 1,8 μg/kg/j est préconisée chez l’adulte de moins de 65 ans, il est recommandé de ne pas dépasser 0,5 μg/kg/jour au-delà de cet âge. Une récente étude montrait une augmentation du risque de fracture vertébrale chez les femmes ménopausée en euthyroïdie mais dont la TSH (Thyroïd Stimulating Hormone) était dans les valeurs basses des limites normales.

Il s’agit donc bien d’inciter à la vigilance et de garder à l’esprit que, s’il est important de prendre en charge l’hypothyroïdie de la personne âgée, il est sans doute nécessaire de préciser les « normes » à respecter dans ce groupe de patients.



Dr Roseline Péluchon


Turner M.R. et coll.: Levothyroxine dose and risk of fractures in older adults: nested case-control study.
BMJ 2011;342:d2238

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Published by Chronimed - dans Concept
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