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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 19:55

 Edulcorants, la pilule amère !

 

Les édulcorants artificiels non caloriques (E) sont parmi les additifs alimentaires les plus utilisés dans le monde.

 

Leur consommation est généralement considérée sans risque notable et parfois même bénéfique à cause de l’absence d’apport calorique.

 

Toutefois les études faites dans ce domaine sont souvent contradictoires : certaines associent les E à une perte de poids et à un bénéfice tandis que d’autres les associent à l’obésité et au diabète.

 

Ceci est dû à la difficulté que pose dans l’interprétation des résultats le fait que les utilisateurs privilégiés de ces produits sont souvent déjà obèses et/ou diabétiques.

 

L’objectif de cette étude de Suez et coll. publiée dans « Nature », était d’évaluer, par une série d’expériences, l’impact et le mécanisme d’action des différents E sur le métabolisme du glucose chez la souris et chez l’homme.
 
Pour cela ils ont procédé par étapes en essayant de répondre à plusieurs questions successives :

1. Quel est l’effet des différents E sur le métabolisme du glucose chez la souris ?

Les auteurs ont fait boire pendant 1 semaine (avec leur régime habituel riche en graisse) à 6 lots de souris âgées de 10 semaines les solutions suivantes :
- Eau + saccharine ou + sucralose ou + aspartam (les 3 lots avec intervention).
- Eau seule ou de l’eau + glucose ou + sucre ordinaire (les 3 lots contrôles).
Les résultats montrent qu’au bout de cette semaine, la tolérance au glucose (TG) des 3 lots qui n’ont pas consommé des E n’a pas changé tandis que les 3 lots qui ont reçu des E ont tous développé une intolérance au glucose (IG) (p < 0,001), la saccharine ayant eu l’effet le plus marqué.

2. Les effets sur le métabolisme du glucose sont-ils dus à des perturbations induites par les E dans le microbiote intestinal ?

Cette hypothèse de travail a été retenue pour 2 raisons :


- Les E traversent le système intestinal sans être digérés et entrent en contact avec le microbiote intestinal ; ils peuvent ainsi l’influencer.


- Des études chez l’homme ont montré que le microbiote intestinal pouvait jouer un rôle dans la régulation du métabolisme du glucose.


Pour explorer cette hypothèse les auteurs ont soumis les différents lots de souris de l’expérience précédente à des antibiotiques à large spectre Gram- tout en maintenant leur régime d’origine.

 

Au bout de 4 semaines d’antibiotiques la différence de la TG entre les groupes recevant les E et les contrôles a été abolie. Ceci suggère une relation entre les changements du microbiote et TG.

3. Y-a-t-il un lien de causalité entre les changements du microbiote intestinal et la TG ?

La réponse semble positive. Chez des souris recevant de la saccharine, l’examen de l’ADN microbienne montre une perturbation profonde du microbiote. En greffant le microbiote ainsi modifié chez des souris naïves ces dernières développent, six jours plus tard, une IG (p < 0,03).

4. Quels sont les effets des E sur la TG chez l’homme ?

Sept volontaires (qui n’utilisent pas habituellement des E) ont reçu pendant 6 jours de la saccharine à la dose journalière maximale admise aux USA (correspondant à 40 canettes !).

Quatre d’entre eux ont présenté des perturbations du métabolisme du glucose comme celles constatées chez la souris. De plus en greffant le microbiote de ces 4 personnes chez des souris naïves on déclenche chez ces dernières une IG.

Les auteurs concluent que cette série d’études apporte une preuve que les E peuvent induire une IG chez la souris et chez l’homme (l’auteur principal a d’ailleurs arrêté de consommer des E).

 Ces perturbations seraient médiées par une rupture de l’équilibre de la flore intestinale induite par les E.

 

En pratique, les résultats obtenus dans la partie « homme » ont peu de validité méthodologique ou statistique (pouvant être dus au pur hasard), d’autant plus qu’ils ne concernent que la saccharine à fortes doses, produit peu utilisé actuellement.

 

Toutefois cette étude devrait  relancer, vu l’ampleur du phénomène, un débat sérieux à ce sujet et nous pousser, en attendant, à utiliser les E avec modération.

 

Dr Rodi Courie

Références

Suez J. et coll. : Artificial sweeteners induce glucose intolerance by altering the gut microbiota. Nature, 2014; 514: 181–186. doi:10.1038/nature13793.

 

Nature. 2014 Oct 9;514(7521):181-6. doi: 10.1038/nature13793. Epub 2014 Sep 17.

Artificial sweeteners induce glucose intolerance by altering the gut microbiota.

Suez J1, Korem T2, Zeevi D2, Zilberman-Schapira G3, Thaiss CA1, Maza O1, Israeli D4, Zmora N5, Gilad S6, Weinberger A7, Kuperman Y8, Harmelin A8, Kolodkin-Gal I9, Shapiro H1, Halpern Z10, Segal E7, Elinav E1.

Abstract

Non-caloric artificial sweeteners (NAS) are among the most widely used food additives worldwide, regularly consumed by lean and obese individuals alike.

 

NAS consumption is considered safe and beneficial owing to their low caloric content, yet supporting scientific data remain sparse and controversial.

 

Here we demonstrate that consumption of commonly used NAS formulations drives the development of glucose intolerance through induction of compositional and functional alterations to the intestinal microbiota.

These NAS-mediated deleterious metabolic effects are abrogated by antibiotic treatment, and are fully transferrable to germ-free mice upon faecal transplantation of microbiota configurations from NAS-consuming mice, or of microbiota anaerobically incubated in the presence of NAS.

 

We identify NAS-altered microbial metabolic pathways that are linked to host susceptibility to metabolic disease, and demonstrate similar NAS-induced dysbiosis and glucose intolerance in healthy human subjects.

 

Collectively, our results link NAS consumption, dysbiosis and metabolic abnormalities, thereby calling for a reassessment of massive NAS usage.

 

 

Copyright © http://www.jim.fr

 

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Published by Jean-Pierre LABLANCHY - CHRONIMED - dans Nutrition
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