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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 07:06
Une récente méta-analyse a contredit l'idée généralement admise que les acides gras saturés (AGS) favorisent les maladies cardiovasculaires (MCV). En outre, la protection conférée par les AG polyinsaturés, notamment de la famille des oméga 6, a été remise en question par certains chercheurs. Une nouvelle étude cas témoin (étude nichée au sein d'une cohorte) soutient la "réputation classique" des AG. Les auteurs ont sélectionné, au sein de la cohorte européenne EPIC-Norfolk (25 639 sujets examinés entre 1993 et 1997 et suivis jusqu'en 2009), 2 424 hommes et femmes ayant souffert d'une coronaropathie. Il les ont appariés à 4 930 témoins indemnes de MCV pour analyser la relation entre la concentration plasmatique des AG associés aux phospholipides et le risque coronaire. La concentration des AG totaux n'était pas associée au risque de coronaropathie. En revanche, après ajustement sur les taux des autres AG et sur les facteurs confondants (IMC, tabagisme, CRP, niveau social, diabète, pression artérielle systolique), les sujets ayant un taux plasmatique élevé d'AGS avaient un risque augmenté d'environ 75 % d'avoir une maladie coronaire (OR [odds ratio] = 1,75 dans le quartile supérieur vs le quartile inférieur des concentrations d’AGS). Un ajustement supplémentaire sur la cholestérolémie réduisait l'intensité de cette association, ce qui est en faveur d'un effet délétère des AGS essentiellement médié par leur action hypercholestérolémique. A l'inverse des AGS, un taux plasmatique élevé d'oméga 6 reflétait un risque diminué de coronaropathie (réduction d'environ 25 % dans le quartile supérieur par rapport au quartile inférieur de la concentration des oméga 6). Une analyse plus détaillée montre que parmi les AGS, ce sont les taux des molécules à nombre impair de carbone et particulièrement les acides stéarique et palmitique qui sont associés positivement au risque de coronaropathie. A l'inverse, une concentration plasmatique élevée des AGS à nombre pair de carbone (qui sont fournis par les matières grasses laitières) était le reflet d'un moindre risque coronaire. Dans cette étude, ni la concentration des oméga 3, ni celle des AG monoinsaturés, n'étaient associée au risque coronaire. Les auteurs insistent sur l'intérêt méthodologique de considérer les concentrations plasmatiques détaillées des AG, plutôt que les réponses à des auto-questionnaires, pour avoir un reflet des apports alimentaires en graisses. On doit toutefois rappeler que les AG subissent d'importants remaniements métaboliques et qu'il est donc incorrect de considérer les taux plasmatiques d'AG comme un reflet parfait de leurs apports alimentaires. Comme le soulignent les auteurs, cette étude conforte l'idée qu'un remplacement des AGS par des oméga 6 réduit le risque de MCV. Bien sûr, comme cela apparaît dans ce travail, et comme le précise le texte des nouveaux ANC (apports nutritionnels conseillés) pour la population française, les AGS sont une classe hétérogène de molécules dont certaines sont délétères, et d'autres, peut-être protectrices. Les preuves de l'intérêt clinique de cette distinction des AGS restent toutefois minces. En pratique, on peut donc se demander s'il faut distinguer les bons des mauvais AGS lors de la prescription diététique. Chacun se fera son idée sur le sujet en tenant compte des niveaux de preuves actuels et du risque que représente la complexification des messages nutritionnels délivrés aux patients. Dr Boris Hansel Khaw KT et coll. : Plasma phospholipid fatty acid concentration and incident coronary heart disease in men and women: The EPIC-Norfolk Prospective Study. PLoS Med 2012 Jul ; 9 (7) : e1001255.

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Published by Chronimed - dans Nutrition
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