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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 07:28
Le temps où les discours minimisant la dangerosité du cannabis étaient légions semble aujourd’hui révolu. Cependant, les débats récents autour de la dépénalisation de ce produit ont en filigrane tenté d’imposer une idée finalement similaire qui voudrait que la toxicité du cannabis soit principalement liée à ses adjuvants : en proposant un produit « pur », on limiterait les risques associés à sa consommation, paraissent-ils affirmer. Une conception contre laquelle s’inscrivent avec force l’Académie de médecine et de pharmacie qui, dans un communiqué diffusé hier, font la liste des méfaits que l’on peut attribuer au THC seul. Le cannabis est « directement à l’origine d’artérites, d’infarctus, d’accidents vasculaires cérébraux, de pancréatites », commencent-elles avant de citer l’altération de l’immunité, de la mémoire, des capacités éducatives et le risque accru d’anxiété, de dépression et de symptômes psychotiques, sans parler des dangers majeurs que constitue le fait d’en consommer pendant la grossesse. Pour étayer leur argumentation clairement hostile à toute dépénalisation, les deux Académies rappellent par ailleurs que « la diminution des connexions neuronales dans l’hippocampe » entraînée par le THC « réduit la capacité de l’usager à effectuer les tâches au quotidien » ce qui est à l’origine d’un risque significativement augmenté d’accidents de la route. Peu de chances de réussir avec le cannabis ce qui a échoué avec l’alcool et le tabac Ce profil fortement toxique rappelé, les Académiciens remarquent parallèlement, à l’instar de beaucoup d’autres, que les politiques de libéralisation semblent aujourd’hui avoir fait long feu. L’exemple des Pays Bas qui adopte depuis quelques mois des mesures plus restrictives que par le passé est ainsi cité. Ils soulignent en outre qu’il est difficile de se convaincre que les pouvoirs publics parviendront à réaliser avec le cannabis ce qu’ils ont échoué à faire avec l’alcool et le tabac : bien que les ventes de ces deux produits soient très contrôlées, le nombre de leurs consommateurs ne diminue pas, voire augmente en ce qui concerne le tabac et les pathologies qu’ils provoquent demeurent des enjeux de santé public majeurs. Transgression : le mot a-t-il encore un sens ? Si la libéralisation dans le but d’un meilleur contrôle semble donc un leure, l’interdit, la répression doivent-ils être tenus comme gages d’efficacité ? Sur ce point, les deux Académies se montrent moins disertes. L’argument principalement avancé est un tant soit peu paradoxal. Elles notent en effet que la dépénalisation du cannabis fera disparaître le sentiment de transgression auquel il est intimement lié chez les jeunes, poussant ces derniers vers des drogues dures (telle l’héroïne). Si l’argument ne manque pas nécessairement de poids, il pourrait leur être rétorqué que déparé de son image sulfureuse en étant « légalisé », le cannabis pourrait alors être quelque peu boudé, ce qui se révélerait alors plutôt une nouvelle encourageante (si la notion de transgression a encore une influence déterminante, ce qui n’est pas acquis). Bien sûr, les Académiciens ne font pas ce pari. Ils assurent : « Aligner la législation du cannabis sur celle du tabac multipliera le nombre d’usager ». Que vaut l’interdit ? D’autres avant eux avaient également (mieux ?) défendu l’efficacité de l’interdit. Nora Berra, lorsqu’elle était secrétaire d’Etat à la Santé, faisait en effet valoir l’année dernière lorsque la question de la dépénalisation avait été posée par l’ancien ministre socialiste de l’Intérieur Daniel Vaillant le rempart qu’il représentait. « On relève (…) que la moitié des jeunes de 17 ans qui ne consomment pas de cannabis disent ne pas le faire parce que c’est interdit (Enquête ESCAPAD, 2009) » soulignait-elle. Pour autant, d’autres données suggèrent que l’interdit ou tout au moins la répression n’ont qu’un faible impact sur les niveaux de consommation. Bien que ces dernières années aient été marquées par un certain regain d’autoritarisme, les niveaux de consommation chez les jeunes français n’ont en effet jamais été aussi importants. Ainsi, selon les dernières données de l’étude paneuropéenne sur l’alcool et autres drogues en milieu scolaire (ESPAD) rendues publiques au début du mois de juin, 39 % des lycéens français de 15/16 ans affirmaient en 2011 avoir déjà consommé du cannabis contre 31 % en 2007. Par ailleurs l’usage récent a également progressé passant de 15 à 24 %. Dès lors, quelle politique pourrait-elle être la plus adaptée pour faire reculer durablement ces comportements à risque ? Comme toujours le modèle à suivre pourrait venir du Nord ainsi que le suggèrent rapidement les deux Académies qui notent : « Sait-on qu’en Suède, le respect des lois associé à une pédagogie efficace produit dix fois moins de toxicomanes que la moyenne européenne ? ». Pédagogie efficace, c’est sans doute là que le bât blesse. Léa Crébat

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Published by Chronimed - dans Concept
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