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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 21:17
Les causes du syndrome de fatigue chronique sont encore inconnues. De nombreuses hypothèses ont été avancées, parmi lesquelles l’étiologie virale. Bien qu’une origine multifactorielle soit désormais admise, cette hypothèse d’une participation virale se trouve renforcée par une étude parue récemment dans le Journal of Medical Virology.
Le virus en cause serait un Herpès virus de type 6 (HHV-6). Il s’agit d’un virus lymphotrope très répandu, puisque à l’âge de 3 ans, plus de 95 % de la population serait déjà infectée. Dans la majorité des cas, la primo-infection passe inaperçue mais elle peut aussi se manifester par une hyperthermie suivie d’un exanthème subit rubéoliforme siégeant sur le tronc et le cou (« roséole »). Chez la plupart des individus, le virus reste ensuite latent, retrouvé dans les glandes salivaires, lymphocytes et monocytes de nombreux sujets sains. Il peut se réactiver en cas d’immuno-déficience, comme les autres types d’Herpès virus.
Mais le HHV-6 possède une particularité par rapport aux autres virus de la même famille. Pendant la période de latence, le génome de tous les autres Herpès virus constitue une formation arrondie dans le noyau des cellules, non intégrée au matériel génétique de ces cellules. L’ADN du HHV-6 peut quant à lui intégrer le matériel génétique du sujet porteur, plus précisément au niveau des télomères. Le virus devient alors transmissible de parent à enfant. Plusieurs travaux ont suggéré qu’environ 0,8 % de la population des Etats-Unis et du Royaume-Uni étaient porteurs de cette forme héréditaire de HHV-C (CIHHV-6), porteurs donc d’une copie du HHV-6 dans chacune de leurs cellules.

Or, une équipe du collège de médecine de l’Université de Floride du sud a remarqué que, sur une cohorte de patients souffrant de symptômes neurologiques variés, dont le syndrome de fatigue chronique, la prévalence des CIHHV-6 atteignait le taux de 2 %, soit plus du double de ce qui est constaté dans la population générale. Les auteurs notent alors que les patients CIHHV-6 souffrant d’un syndrome de fatigue chronique montrent des signes indiquant une réplication virale active, avec la présence du HHV-6 ARN messager (HHV-6 mRNA). Ils remarquent aussi, sans pouvoir l’interpréter, que ces patients sont infectés par une autre souche de HHV-6 « exogène ».
Les auteurs de l’étude ne se sont pas arrêtés là. Ils ont ensuite administré à ces patients un traitement antiviral utilisé pour les infections à cytomégalovirus (HHV-5), le valganciclovir ou le foscarnet. Six semaines de cette thérapie antivirale font disparaître les signes de réplication du HHV-6.
Il est bien entendu trop tôt pour conclure. Mais ce travail ouvre des perspectives intéressantes dans la recherche de l’étiologie, et peut-être du traitement, du syndrome de fatigue chronique. Environ 150 000 personnes seraient concernées en France par ce syndrome.


Dr Roseline Péluchon Publié le 05/08/2013

Pantry SN et Coll. : Persistent human herpesvirus-6 infection in patients with an inherited form of the virus. Journal of Medical Virology. Publication avancée en ligne le 25 juillet 2013.

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Published by Chronimed - dans Infections froides
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