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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 18:53
Les recherches expérimentales sont très encourageantes. 

Transplanter un foie autoconstruit. Inimaginable il y a encore une dizaine d'années ! C'est pourtant l'exploit réalisé l'an dernier par une équipe américaine dirigée par le Pr Uygun Korkut (Harvard Medical School).

L'opération s'est déroulée chez le rat, mais le passage à l'homme pourrait être réalisé avant cinq ans selon les chercheurs.

Mercredi, les Académies de médecine et de chirurgie ont organisé une journée consacrée aux organes autoconstruits pour être transplantés, un défi qui n'est plus du registre de la science-fiction et déjà bien enclenché pour ce qui est notamment du foie.

Détergents 
«Dans un premier temps, le principe est d'utiliser un foie décellularisé de donneur, c'est-à-dire un foie dont on a enlevé toutes les cellules hépatiques. On le fait en perfusant des détergents pas trop agressifs qui laissent intacte la trame vasculaire et la trame biliaire, mais aussi la matrice extra-cellulaire qui entoure normalement les cellules» , explique l'un des spécialistes français de la bio-ingénierie du foie, le Pr  Dominique Franco, chef du service de chirurgie digestive et viscérale à l'hôpital Antoine-Béclère (Clamart). Un peu comme une maison que l'on viderait complètement tout en gardant les murs, les conduites d'eau et l'installation électrique.

Mais avant de pouvoir transplanter ce foie vidé de ses occupants, il faut encore le remplir de cellules capables d'exercer les fonctions normales du foie, les hépatocytes. «La deuxième étape de préparation du foie à transplanter est de le recoloniser avec des cellules du receveur, poursuit le Pr Franco. Or, on est déjà parvenu à une recellularisation, à peu près équivalente à un foie normal, en quelques semaines chez le rat.»

L'objectif est évidemment que l'organisme du receveur ne rejette pas cet organe nouveau. C'est là tout l'enjeu de l'autoconstruction du foie. Pour le Pr Franco, l'idéal pour réensemencer l'organe serait de fabriquer des hépatocytes sains à partir des propres cellules du malade, et de s'en servir ensuite pour recellulariser le foie en préparation : «On aurait alors un foie autoconstruit entièrement compatible.» On est là dans les prouesses de la biologie cellulaire.

Les choses se sont accélérées de façon vertigineuse en matière de création d'organes autoconstruits lorsque l'on s'est aperçu que l'on obtenait une meilleure survie cellulaire en mettant les cellules en culture sur leur lit naturel, autrement dit une matrice spécifique d'organe : «De là est né le concept qu'au fond la meilleure matrice spécifique en trois dimensions pour un organe donné, c'est le squelette de l'organe lui-même», explique le Pr Franco.

Un «mini-foie» greffable 
Certes, le passage du petit au gros animal (dont l'homme) nécessitera de résoudre de nombreux problèmes techniques, mais la preuve de la faisabilité est là. Même avec un «mini-foie» greffable, on peut envisager des applications thérapeutiques décisives.

«Cette technologie pourrait avoir un impact important car l'organe autoconstruit pourra être utilisé pour traiter les patients avec des maladies enzymatiques hépatiques congénitales, et peut-être permettre une recolonisation du foie du malade par des hépatocytes normaux», expliquait récemment le Pr Alejandro Soto-Gutierrez, chercheur au Centre des thérapies régénératives innovantes de l'université de Pittsburgh (États-Unis).

Autre perspective intéressante, la possibilité de suppléer temporairement à une fonction hépatique déficiente, par exemple lors d'une insuffisance hépatique fulminante, en greffant un foie autoconstruit en plus de foie convalescent. «Cela pourrait supplanter les systèmes d'épuration extracorporelle hépatique actuellement utilisés», imagine le chercheur, et aussi redonner espoir aux patients en attente de greffe.

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Published by Chronimed - dans Concept
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