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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 21:12
Le président des industries agroalimentaires estime qu'il faut "raisonnablement" compter trois ans pour trouver une alternative au bisphénol A pour les conditionnements alimentaires (1). Mais il est possible d'agir individuellement immédiatement. En effet, ce perturbateur endocrinien modifie le métabolisme sournoisement. Pour éviter d'en ingérer, il suffit de ne pas consommer ou de limiter sa consommation d'aliments issus de conserves en métal et de cannettes, qui, selon l'Agence sanitaire française (2), sont "susceptibles de contenir du bisphénol A" au niveau "des revêtements intérieurs". De nombreux médecins préconisent depuis déjà quelque temps à leurs patients de :

- Ne pas chauffer au micro-ondes les aliments dans leur récipient en plastique (certains plastiques diffusent divers composés), les déposer dans une assiette ou un récipient en verre (type Pyrex) et les recouvrir d'un couvercle en verre ou d'une assiette

- N'utiliser de préférence que des récipients en plastique sans BPA. Les plastiques considérés comme les plus sûrs sont ceux sur lesquels les chiffres 2, 4 ou 5 figurent dans le petit triangle de recyclage imprimé. Les plastiques avec le chiffre 1, les bouteilles d'eau notamment, ne doivent être utilisés qu'une fois. Pour certains des plastiques où figurent les chiffres 3, 6 et surtout 7, les informations sont parfois incomplètes, certains, mais pas tous, pouvant contenir du bisphénol A. Enfin, il n'est pas rare que le suremballage masque ces codes.

- Éviter les canettes de boisson, préférer les bouteilles en verre

- Limiter la consommation d'aliments en boîtes de conserve en métal, contenant pour certaines d'entre elles du BPA. La meilleure conservation des aliments est le froid, de la réfrigération à la congélation. Les bocaux en verre peuvent servir partiellement d'alternative, car il existe encore des doutes sur certains couvercles. Comme le préconise le Réseau environnement santé (RES) depuis des mois, il faudrait interdire le bisphénol A dans tous les plastiques alimentaires, même si le degré de relargage dans les aliments n'est pas le même selon les plastiques qui en contiennent.

Modification du système nerveux central

Au printemps 2010, l'argumentation scientifique, portée et développée au nom du RES, à l'Assemblée nationale et au Sénat, par André Cicolella, conseiller à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques, par Gilles Nalbone de l'Inserm et
par moi-même, s'appuyait sur l'ensemble de la littérature scientifique fiable. Comme je l'indiquais récemment (3) en octobre 2010, l'Agence sanitaire européenne pour l'alimentation (EFSA) a considéré qu'il n'y avait pas lieu de revoir la dose admissible de bisphénol A autorisée dans l'alimentation. Le rapport indiquait malgré tout : "Certaines études récentes font état d'effets indésirables chez les animaux exposés au BPA [...]. Ces études font apparaître des modifications biochimiques au niveau du système nerveux central, des effets sur le système immunitaire et une sensibilité accrue au cancer du sein... Actuellement, la pertinence de ces résultats par rapport à la santé humaine ne peut être évaluée." Ainsi, l'EFSA semblait considérer qu'il n'y avait pas encore suffisamment d'anomalies pour conclure !

Rappelons que certaines expériences faites chez l'animal ne pourront jamais, pour de simples questions éthiques, être réalisées chez l'homme à moins de vouloir transformer notamment les femmes enceintes et les embryons humains en cobayes. Fallait-il en déduire que plus les gens absorberont du BPA, mieux on pourra évaluer les effets sur la "santé humaine" et que cela faciliterait la tâche des experts ? Toujours est-il que, contrairement à l'avis de l'EFSA, les pays de l'Union européenne ont décidé d'interdire la production à partir du 1er mars 2011, puis, au 1er juin, l'importation et la commercialisation des biberons en plastique contenant du bisphénol A.

La loi examinée cette semaine

Depuis, grâce à la détermination du Réseau environnement santé et à la lucidité des parlementaires comme Gérard Bapt ( PS) ou Jacques Domergue (UMP)... (4), il est apparu comme évident d'interdire le bisphénol A dans les biberons et d'étendre cette mesure. Le député Gérard Bapt est d'ailleurs l'auteur d'une proposition de loi sur l'interdiction du bisphénol A dans les conditionnements alimentaires qui sera soumise le 6 octobre au Parlement. Gageons qu'elle sera votée par les députés en attendant une grande loi que le Réseau environnement santé et sans nul doute l'Agence sanitaire française (Anses) auront à coeur d'aider à élaborer afin de limiter le risque d'exposition aux perturbateurs endocriniens chimiques.



(1) Le Monde du 30 septembre 2011, propos recueillis par Pascale Santi.

(2) Anses, 27 septembre 2011.

(3) Je maigris sain, je mange bien, Fayard 2011.

(4) Voir notamment le Journal officiel du 18 juin 2010.


Par LAURENT CHEVALLIER

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Published by Chronimed
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