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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 17:59

C’est un fantasme médical des plus répandus et partagé par de nombreux adeptes de médecine naturelle : les requins bénéficient d’un système immunitaire rudimentaire et pourtant ils semblent capables d’éradiquer efficacement de nombreux virus et ne connaîtraient pas les cancers.

Pourquoi ? Depuis 1993 une molécule, la squalamine, est soupçonnée de supporter en grande partie ces propriétés remarquables.

Déjà commercialisée sous forme de complément alimentaire, la squalamine vient de faire l’objet d’une vaste étude, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) américaine, gage évident de sérieux scientifique. Au menu : les propriétés anti virales de la molécule, dans un double versant in vitro et in vivo chez l’animal. Voilà quelques uns des résultats publiés, effectivement remarquables.

-Etudes in vitro. Ont été testés les virus de la dengue, puis des hépatites B et δ. Dans le premier cas, une lignée cellulaire endothéliale microvasculaire (HEMC1) prétraitée par de la squalamine à différentes concentrations non cytotoxiques a été inoculée avec DenV2 : une inhibition complète de l’infection des cellules a été obtenue à 100 μg/mL. Dans le second, des hépatocytes humains infectés au HBV ne répliquaient pas le virus quand de la squalamine était ajoutée à l’exposition ou 24 heures plus tard, sans évidence morphologique de cytotoxicité cellulaire ou culturale.

-Etude in vivo. Elles ont concerné la fièvre jaune, un virus d’encéphalite équine (EEEV) et un virus du groupe herpes, le MCMV (mouse cytomegalovirus). Le premier exemple est particulièrement intéressant car, malgré l’existence d’un vaccin, des épidémies humaines périodiques se produisent sans qu’un anti viral n’ait encore fait la preuve de son efficacité. Deux versants ont été envisagés, le préventif et le thérapeutique. Dans le premier cas, la squalamine était administrée 24 heures avant le virus à des hamsters, qui survivaient à 70 % (100 % à J8) versus 15 % pour les témoins. Dans le second, la squalamine était donnée de J1 à J8 post exposition. A J11, 100 % des hamsters non protégés avaient trépassé, alors que 60 % de ceux qui avaient reçu 15-30 mg/kg/j de squalamine survivaient.

L’ensemble des résultats exposés dans l’article montre, sans ambiguïté pour leurs auteurs, que la squalamine est active sur un large éventail de virus humains, tant à ADN qu’à ARN. Le mécanisme d’action reposerait sur la capacité de ce stérol cationique amphipatique composé de 21 acides aminés de neutraliser les charges électrostatiques négatives de surface des membranes cellulaires, rendant in fine la cellule inapte à participer à la réplication virale. La squalamine –à ne pas confondre avec les squalènes- a d’abord été extraite du foie d’un petit requin, Squalatus acanthias ou dogfisch shark. On en trouve dans d’autres requins ou chez les lamproies mais, heureusement pour les susdits, il y a plus de 15 ans qu’on sait la synthétiser au laboratoire. Nul doute qu’on s’y intéressera encore longtemps.

 

 

Dr Jack Breuil Publié le 09/11/2011


 

Zasloff M et coll. : Squalamine as a broad-spectrum systemic antiviral agent with therapeutic potential. PNAS 2011; 38: 15978-15983

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Published by Chronimed - dans Nutrition
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