Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 00:45
L'onde de choc qui secoue le milieu du sport professionnel L'encéphalopathie traumatique chronique (ETC). Le mot fait désormais frémir dans le milieu du sport professionnel. Alors que l'on tentait jadis de la cacher, de l'ignorer ou de la surmonter le plus rapidement possible, la commotion cérébrale est maintenant synonyme de longue convalescence, voire de séquelles durables. Les scientifiques ont en effet découvert ces dernières années à quel point elle peut avoir des conséquences dévastatrices à long terme, surtout si elle est récurrente dans la vie d'un joueur. Les coups assénés à la tête, mais aussi les chutes violentes provoquées à l'insu du joueur par une brutale poussée dans le dos et les plaquages brusques alors que le hockeyeur patine à grande vitesse peuvent provoquer une commotion cérébrale. Ces différents incidents secouent violemment le cerveau contre les parois de la boîte crânienne. Ces fortes secousses provoquent un «déséquilibre biochimico-électrique au niveau des neurones du cerveau», précise le neuropsychologue Alain Ptito de l'Institut neurologique de Montréal. Immédiatement après le traumatisme surviennent une libération abrupte et incontrôlée de neurotransmetteurs (des composés chimiques permettant aux neurones de communiquer entre eux) et un flux ininterrompu d'ions sodium, potassium et calcium de part et d'autre de la membrane des neurones. Afin que les membranes des neurones retrouvent leur potentiel électrique normal, des pompes à sodium et potassium enfouies dans les membranes s'activent doublement. Pour maintenir la cadence, elles requièrent toujours plus de glucose, et par le fait même accélèrent le métabolisme du glucose au sein des cellules. Or, cet «hypermétabolisme» survient à un bien mauvais moment car à la suite d'un traumatisme crânien, la circulation sanguine au niveau du cerveau peut perdre jusqu'à 50 % de sa force normale. Il en résulte une «crise énergétique qui rend le cerveau moins apte à réagir adéquatement à un second traumatisme, lequel peut alors entraîner des déficits qui dureront plus longtemps», expliquent dans le Journal of Athletic Training deux chercheurs du Laboratoire de traumatologie de la Los Angeles School of Medicine. «Cette cascade d'événements ioniques, métaboliques et physiologiques entraîne un dysfonctionnement des neurones qui se traduit par un manque de coordination, de légers étourdissements, des difficultés de concentration et des problèmes de mémoire.» Diagnostic «Diagnostiquer une commotion cérébrale n'est pas chose facile. Pour le moment, nous ne disposons pas de techniques d'imagerie médicale nous permettant de nous aider à confirmer le diagnostic», déclare le Dr Charles Tator du Toronto Western Hospital de l'University Health Network. Le diagnostic est d'autant plus difficile que les symptômes sont très variés et parfois très subtils. De plus, «tous les symptômes ne sont pas présents immédiatement. Certains prennent un certain temps avant d'apparaître. De nombreux joueurs éprouvent au début un petit mal de tête et quelques légers vertiges, mais le jour suivant, les vertiges s'accentuent, ils ont des bourdonnements dans les oreilles, ils éprouvent une hypersensibilité à la lumière, une grande fatigue, ils sont irritables, etc.», explique le Dr Tator avant de spécifier que même si la commotion cérébrale est peu symptomatique, cela ne veut pas dire pour autant qu'elle sera moins dommageable. Une personne peut souffrir d'une commotion cérébrale sans avoir perdu connaissance. Dans plus de 95 % des cas de commotion cérébrale, la victime n'a subi aucune perte de conscience, révèle une publication parue en décembre dernier dans l'American Journal of Sports Medicine. De récentes études ont aussi montré que les brefs évanouissements, durant moins d'une minute, ne témoignent pas de la sévérité de la blessure et ne permettent pas de prédire le temps que mettra la victime à se rétablir. Seuls les évanouissements d'une durée supérieure à une minute sont associés à un retour au jeu plus tardif. Le professeur de neurologie et neurochirurgie à l'Université McGill, Alain Ptito, a démontré par la résonance magnétique fonctionnelle, une technique d'imagerie cérébrale qui permet de voir l'activité du cerveau pendant qu'une personne accomplit une tâche cognitive, que les sportifs qui avaient souffert d'une commotion cérébrale sans toutefois avoir perdu connaissance au moment du traumatisme présentaient une activation cérébrale moins grande que la normale dans les régions préfrontales du cerveau, qui sont associées à la planification et à «la mémoire de travail qui nous permet de garder en tête ce que l'on vient de faire». «Ces anomalies de l'activation cérébrale nous laissent croire qu'elles sont associées aux symptômes, car plus les symptômes ressentis par le sportif étaient sévères, moins grandes étaient les activations», précise M. Ptito, avant d'ajouter que le cerveau de ces mêmes sportifs ne présentait aucun changement structural, comme l'ont dévoilé des examens par la résonance magnétique traditionnelle, qui ne révèle que la morphologie du cerveau. Vulnérabilité Dans plus de 80 % des cas de commotion cérébrale, les symptômes se dissipent dans les trois mois suivant le traumatisme. Chez certaines victimes, par contre, ils persistent beaucoup plus longtemps et les scientifiques cherchent à élucider cette question. «Il y a beaucoup de différences individuelles dans la vulnérabilité aux chocs. Un choc qui n'est pas dommageable pour un individu peut être dévastateur pour un autre. On soupçonne une composante génétique de participer à ces différences», indique M. Ptito. Selon les experts, plus un athlète est jeune lorsqu'il est frappé d'une commotion cérébrale, plus ses symptômes mettront du temps à se dissiper. La raison étant que le cerveau des jeunes est toujours en développement, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux blessures. Les spécialistes croient aussi à un effet cumulatif des commotions cérébrales répétées. «La probabilité que vous souffriez d'une seconde commotion cérébrale est cinq fois plus grande si vous en avez déjà subi une auparavant. Une personne qui a été victime d'une commotion cérébrale développe vraisemblablement une hypersensibilité au niveau du cerveau qui fait en sorte qu'un léger choc peut avoir des conséquences dévastatrices», explique M. Ptito. De plus, à chaque nouvelle commotion cérébrale que subit un joueur, les symptômes qu'il ressentira seront plus marqués et subsisteront plus longtemps. «Sidney Crosby, qui poursuit une convalescence plus prolongée que prévu, écope probablement des conséquences de multiples commotions cérébrales. Il souffre vraisemblablement du syndrome postcommotionnel, qui se caractérise par la persistance des symptômes», avance le Dr Charles Tator. Neurodégénérescence En examinant le cerveau de joueurs de football décédés, des chercheurs de l'Université de Boston ont découvert que les commotions cérébrales répétées pouvaient induire l'encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie neurodégénérative dont les symptômes ressemblent beaucoup à ceux de la maladie d'Alzheimer. Au Krembil Neuroscience Center, situé au Toronto Western Hospital, le Dr Charles Tator et ses collègues cherchent à savoir pourquoi certains joueurs de football et de hockey développent cette maladie, alors que d'autres demeurent indemnes. «Je crois que l'individu doit présenter une certaine vulnérabilité. Celle-ci dépend peut-être de l'âge auquel la personne subit sa première commotion cérébrale. Nous n'en savons rien. On soupçonne aussi l'existence d'un facteur génétique, car les membres de certaines familles sont plus susceptibles de souffrir d'une commotion cérébrale à la suite d'un traumatisme que d'autres. Et certains individus seraient plus à risque d'en garder des séquelles à long terme que d'autres», raconte le Dr Tator, tout en soulignant que «ce ne sont pas tous les joueurs victimes de commotions cérébrales qui souffriront de cette maladie neurodégénérative». En examinant le cerveau de joueurs de football décédés, des chercheurs de l'Université de Boston ont découvert que les commotions cérébrales répétées pouvaient induire l'encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie neurodégénérative dont les symptômes ressemblent beaucoup à ceux de la maladie d'Alzheimer. Au Krembil Neuroscience Center, situé au Toronto Western Hospital, le Dr Charles Tator et ses collègues cherchent à savoir pourquoi certains joueurs de football et de hockey développent cette maladie, alors que d'autres demeurent indemnes. «Je crois que l'individu doit présenter une certaine vulnérabilité. Celle-ci dépend peut-être de l'âge auquel la personne subit sa première commotion cérébrale. Nous n'en savons rien. On soupçonne aussi l'existence d'un facteur génétique, car les membres de certaines familles sont plus susceptibles de souffrir d'une commotion cérébrale à la suite d'un traumatisme que d'autres. Et certains individus seraient plus à risque d'en garder des séquelles à long terme que d'autres», raconte le Dr Tator, tout en soulignant que «ce ne sont pas tous les joueurs victimes de commotions cérébrales qui souffriront de cette maladie neurodégénérative». On sait aujourd'hui qu'un athlète qui a subi une commotion cérébrale ne peut retourner au jeu que lorsqu'il est complètement asymptomatique et le demeure durant les séances d'entraînement et les exercices. «Une fois que les symptômes d'un joueur de hockey se sont dissipés, il peut recommencer à faire des exercices au gymnase. Si durant ces séances d'entraînement, les symptômes ne reviennent pas, il peut alors patiner sans équipement. Si tout se passe normalement, il pourra porter son équipement [et ainsi de suite]. Le retour au jeu se fait ainsi très graduellement. Si les symptômes réapparaissent lors d'une de ces étapes, on revient au stade d'entraînement précédent», explique Alain Ptito. «Nous croyons que le fait de n'autoriser le retour au jeu qu'à partir du moment où les symptômes ne réapparaissent pas en situation de pratique réduit l'incidence de complications durables. Mais encore là, ce n'est pas prouvé», précise le Dr Tator.

Partager cet article

Repost 0
Published by Chronimed
commenter cet article

commentaires