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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 00:14
Le pou de tête ne pose pas, à proprement parler, un problème de santé publique majeur : l’infestation de la chevelure des enfants n’entraine dans l’immense majorité des cas que des démangeaisons plus ou moins sévères avec leurs cortèges de lésions de grattage et parfois de surinfections. Cependant, malgré la bénignité de l’infestation et la quasi absence de risque de transmission d’agents infectieux (si l’on excepte la possibilité théorique de transmission de Bartonella quintana, agent de la fièvre des tranchées), la pédiculose perturbe chaque année la vie de plus de 100 millions de personnes car l’éradication des poux n’est pas toujours, loin s’en faut, un long fleuve tranquille. D’une part parce que le passage de tête à tête est particulièrement facile dans les communautés d’enfants rendant les ré-infestations très fréquentes, d’autre part en raison des difficultés logistiques des traitements locaux qui ne sont pas toujours bien appliqués par les familles et enfin du fait du développement de résistances aux insecticides locaux et notamment aux dérivés pyréthroïdes qui étaient les plus utilisés en première ligne depuis les années 80. De l’onchocercose à la pédiculose A côté du malathion en application locale, recommandé en deuxième ligne et vis-à-vis duquel d’autres résistances se sont développées, nous avons donc besoin de nouvelles armes contre Pediculus humanus capitis. En 2010 une équipe française avait présenté dans le New England Journal of Medicine, les bons résultats obtenus avec un traitement systémique par deux doses de 400 microgrammes par kilo d’ivermectine après échec des insecticides de première ligne (95,2 % d’éradication à J15 contre 85 % avec le malathion). Pour éviter l’utilisation de la voie systémique pour une affection aussi bénigne et ce d’autant que la posologie testée dans ce travail était deux fois plus élevée que pour la gale et qu’il s’agit souvent d’enfant très jeunes, il était intéressant de mettre au point une forme locale d’ivermectine et de la tester in vivo chez l’homme. C’est ce qu’ont fait David Pariser et coll. dans le cadre de deux essais randomisés en double aveugle conduits aux Etats-Unis (1). 95 % d’éradication au 2ème jour Sept cent soixante-cinq patients de plus de 6 mois infestés par des poux de tête ont été randomisés entre l’utilisation d’une lotion à 0,5 % d’ivermectine appliquée durant 10 minutes sur cheveux secs puis rincée à l’eau et le même traitement avec une lotion placebo contenant le même excipient. Les résultats ont été jugés sur le pourcentage de patients index indemnes de poux au deuxième, huitième et quinzième jour (cette guérison était affirmée après une inspection visuelle pouvant, selon le protocole, durer 15 minutes !). Sur ce critère, la lotion à l’ivermectine s’est révélée très efficace avec 94,9 % d’éradication au 2ème jour (contre 31,3 % dans le groupe contrôle), 85,2 % au 8ème jour (contre 20,8 % dans le groupe placebo) et 73,8 % au 15ème jour (contre 17,6 % chez les témoins) (p<0,001 pour toutes les comparaisons produit actif-excipient). La tolérance a été jugée bonne avec un peu plus de 1 % de prurit, d’excoriation et d’érythème avec l’excipient et moins de 1 % avec l’ivermectine topique. Aucun effet secondaire sérieux n’a été rapporté. Sur les bases de cette étude, la lotion d’ivermectine a d’ailleurs été autorisée dans le traitement des poux de tête par la Food and Drug Administration américaine en février 2012. Pour les éditorialistes du New England Journal of Medicine (2), l’ivermectine pourrait devenir un traitement de troisième ligne en cas d’échec des dérivés pyréthroïdes et des traitements de deuxième ligne (comme notamment le malathion). Il pourrait alors être utilisé en lotion (surtout pour les sujets toujours infestés) ou per os (en particulier pour les traitements de groupe). On peut toutefois regretter que cet essai n’ait pas été conduit contre un ou plusieurs autres traitements de référence et non simplement contre placebo ce qui ne permet pas de comparer l’efficacité de cette lotion avec celle des autres produits disponibles. Dr Nicolas Chabert 05/11/2012 1)Pariser DM et coll. : Topical 0.5 % ivermectin lotion for treatment of head lice. N Engl J Med 2012; 367: 1687-1693. 2)Chosidow O et coll.: Topical ivermectin, a step toward making head lice dead lice ? N Engl J Med 2012; 367: 1750-52.

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Published by Chronimed - dans Infections froides
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