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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 15:44

L’insuffisance en vitamine D concerne 80 % de la population française

 

 

La très forte prévalence de l’insuffisance en vitamine D (définie comme une concentration de 25-hydroxyvitamine D (25(OH)D) sérique inférieure à 30ng/ml) au sein de la population française est soupçonnée de longue date par la majorité des professionnels de santé. Cependant, les études récentes et représentatives de l’ensemble de la population en la matière font défaut. Les données auxquelles on se réfère le plus souvent proviennent ainsi de l’étude Suvimax, réalisée en 1994-1995 et qui concernait des adultes de 35-60 ans vivant pour la plupart en milieu urbain, ce qui ne pouvait manquer de constituer un biais. Dès lors, les résultats provenant de l’Etude nationale nutrition santé (ENNS, 2006-2007) publiés aujourd’hui par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) revêtent-ils un grand intérêt pour mieux apprécier la part de Français concernée par une insuffisance, voire un déficit en vitamine D.

La concentration en vitamine D de 1 587 adultes étudiée

L’Etude nationale nutrition santé (ENNS) dont l’objectif premier était l’observation des habitudes alimentaires des Français a inclus des adultes de 18 à 74 ans, vivant sur l’ensemble du territoire. Outre le recueil des données sociodémographiques et celles concernant le mode de vie et l’alimentation, un prélèvement sanguin a été réalisé, permettant entre autres le dosage de la 25(OH)D. Au total, les résultats de 1 587 adultes ont pu être analysés, « les femmes enceintes, les participants ne disposant pas d’une estimation du niveau d’activité physique, sous déclarant leurs consommations alimentaires et suivant un traitement médicamenteux à base de vitamine D (…) ont été exclus » précisent Michel Vernay et son équipe de l’Unité de surveillance et d’épidémiologie nutritionnelle (USEN) de l’Institut de veille sanitaire (InVS) dans le BEH.

Le soleil, le meilleur système D

Il apparaît que l’insuffisance en 25(OH)D concerne 80,1 % des adultes, tandis qu’un déficit sévère à modéré (concentration en 25(OH)D inférieure à 20 ng/ml) concerne 42,5 % des sujets et 4,8 % sont touchés par un déficit sévère (inférieur à 10ng/ml). De nombreux facteurs prédisposant à une faible concentration en vitamine D ont été identifiés par les auteurs. « Quel que soit le seuil retenu, les déficiences étaient plus fréquentes chez les participants nés en dehors d’Europe, chez les fumeurs actuels, durant la période de février à mai et dans les zones de résidence présentent le moins bon ensoleillement annuel », précisent ainsi les auteurs. Concernant le lien apparemment mis en évidence avec la consommation de tabac, les auteurs remarquent que si « d’autres études concluent aussi dans le sens d’un risque plus élevé de déficit en 25(OH)D chez les fumeurs (…) l’association du tabac avec le métabolisme de la vitamine D demeure encore largement inexpliquée ». L’influence très nette des saisons est pour sa part étayée par d’autres chiffres : « Au cours de l’année, la prévalence du déficit modéré à sévère variait de 24,4 % entre juin et septembre à 56,2 % entre février à mai, tandis que la prévalence du déficit sévère variait de 1,3 % à 8,2 % sur les mêmes périodes » remarquent les auteurs.

La consommation d’alcool : un facteur de risque ou pas

Parmi les données favorisant de manière accrue un déficit modéré à sévère, les auteurs ont retenu, outre les éléments déjà cités, le fait de n’être pas parti en vacances au cours des 12 derniers mois, de ne pas consommer d’alcool, d’avoir un niveau d’activité physique bas et d’être sédentaire. Chez les personnes présentant un déficit sévère, l’association avec le niveau d’activité physique et la sédentarité n’était pas retrouvée. D’autres éléments semblent a contrario majorer le risque d’un déficit sévère outre ceux liés de manière générale à une déficience : le fait de vivre seul et la consommation d’alcool.

Faut-il conseiller aux gens de se mettre au soleil ?

Ces résultats peuvent difficilement être comparés avec les données antérieures émanant notamment de l’étude Suvimax en raison notamment de la spécificité des sujets inclus dans ces derniers travaux. Aussi, alors que Suvimax estimait à 14 % la proportion de Français présentant un déficit sévère en vitamine D, ne peut-on tirer comme conclusion des résultats de l’ENNS une amélioration du statut en vitamine D de la population. Néanmoins, depuis l’étude Suvimax, l’autorisation de supplémenter en vitamine D, laits et produits laitiers frais de consommation courante pourrait avoir eu un impact. Enfin, au titre des mesures qu’invitent à prendre ces résultats confirmant la forte prévalence du déficit en vitamine D, les auteurs suggèrent de s’inspirer des exemples australiens et britanniques. Les deux pays ont en effet « récemment adapté leurs messages de santé publique relatifs aux dangers du soleil en rappelant à la fois les risques (…) d’une exposition excessive (…) et les bienfaits d’une exposition raisonnable (pour la production endogène de vitamine D) ». Un message cependant particulièrement délicat à transmettre pour éviter tout effet néfaste.



Aurélie Haroche Publié le 24/04/2012

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Published by Chronimed - dans Nutrition
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