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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 07:53
L’aspirine, futur traitement adjuvant du cancer colorectal ? Publié le 03/01/2013 L'effet protecteur de l'aspirine dans la survenue des cancers colorectaux (CCR) est attesté par plusieurs études contrôlées, observationnelles et randomisées. Il est également possible que l'aspirine agisse, une fois le cancer déclaré, comme traitement adjuvant. Cet effet thérapeutique sur la survie d'un CCR, en utilisation prolongée après le diagnostic, serait le fait d'une inhibition de la croissance tumorale et d'une induction de l'apoptose des cellules cancéreuses par l'aspirine qui bloquerait la voie effectrice du gène codant le phosphatidylinositol 3-kinase (PI3K), acteur important de la cancérogenèse, et inhiberait aussi la prostaglandine-endopéroxydase synthétase 2 (PTGGS2), plus connue sous le nom de cycloexogénase 2. Or, des mutations du gêne PIK3CA sont présentes dans environ 15 à 20 % des CCR. Dans un article récent du N Engl J Med, X. Liao et coll. ont publié les résultats d'une étude précisant les relations entre prise d'aspirine à long terme, caractère muté ou sauvage de la mutation PIK3CA et survie du CCR. Leur travail a été mené à partir de 2 cohortes importantes, la Nurses' Health Study qui enrôla 121 000 infirmières en 1976, et la Health Professionnals Follow up Study qui inclua 51 000 professionnels de santé masculins en 1986. Issus de ces 2 cohortes, 964 patients furent sélectionnés, pour lesquels on disposait d'une information pertinente à la fois sur l'état de la mutation PIK3CA de leur tumeur colique, et sur leur consommation d'aspirine, tant avant qu'après le diagnostic, et enfin, sur leur suivi carcinologique jusqu'au décès ou à la fin de l'étude en janvier 2011. Tous les participants avaient donné leur consentement par écrit. Les raisons de la prise régulière d'aspirine à dose standard ou à faible dose étaient diverses : céphalées, arthrites et autres douleurs musculo squelettiques, maladies cardiovasculaires. La moyenne du suivi était de 153 mois (104-195). L'étude génétique a été menée par polymerase chain reaction, après extraction de l'ADN, par séquençage de PIK3CA (exons 9 et 20). Furent également étudiées les mutations KRASS et BRAF, l'instabilité microsatellite et furent pratiquées des analyses pour diverses méthylations, détection de PTGS2 et du phospho AKT. Le calcul statistique fut effectué dans un second temps, sans sous groupes d'études prédéfinis. La même proportion (17 %) de tumeurs PIK3CA mutées fut retrouvée chez les participants qui, préalablement, avaient consommé de l'aspirine à long terme (70/413) et chez ceux qui n'en avaient pris qu'une fois le diagnostic de CCR posé (91/551). Point essentiel, chez les patients dont la tumeur était mutée, la prise régulière d'aspirine après le diagnostic fut associée à une survie spécifique notablement plus longue (RR [risque relatif] = 0,18 ; p < 0,0001) et à une survie globale également plus prolongée (RR = 0,54 ; p = 0,01). A l'opposé, les patients dont la tumeur était restée sauvage n'eurent aucune modification de leur mortalité spécifique (RR = 0,95 ; p = 0,76). De part les effectifs relativement réduits, il ne put être mis en évidence aucun effet dose du salicylé. Parmi les 90 participants dont la tumeur présentait la mutation mais qui ne consommèrent pas d'aspirine après le diagnostic de CCR, on nota 25/90 décès (26 %) à 5 ans. Il n'y eut que 3 décès sur 62 (2 %) dans le groupe muté ayant pris de l'aspirine pendant une longue période. Dans le groupe " tumeur sauvage", la mortalité à 5 ans fut identique, de l'ordre de 17 %, avec ou sans prise d'aspirine une fois le CCR déclaré. Une analyse de sensibilité ne prenant en compte que les stades précoces à l'exclusion des stades IV donna des résultats identiques. On ne décela non plus aucun effet imputable à la prise de salicylés avant le diagnostic. Des publications antérieures avaient révélé une réduction de la mortalité spécifique par l'aspirine en cas de positivité de PTGS2. Il est de fait probable que l'action bénéfique de l'aspirine soit renforcée dans les tumeurs à la fois PIK3CA mutées et PTGS2 positives, mais cette hypothèse ne put être démontrée de par la faiblesse des échantillons de malades. Ni la présence d'une instabilité micro satellite, ni celle de l'expression du phospho ATK ne modifièrent les résultats obtenus. De même, il fut impossible de mettre en évidence une différence d'activité de l'aspirine en fonction de la topographie de la tumeur sur le colon alors même que la mutation PIK3CA augmente en fréquence depuis le rectum jusqu' au colon ascendant. Enfin, la prise concomitante d'anti-inflammatoires non stéroïdiens ne parut non plus avoir d'effet significatif. En conclusion, de manière très significative, la prise régulière d'aspirine après le diagnostic de cancer colorectal est associée à une prolongation notable de la survie en cas de mutation PIK3CA ; cet effet pouvant être encore plus prononcé dans les tumeurs PIK3CA mutées et PTGS2 positives. Ainsi, dans l'avenir, l'analyse de la mutation PIK3CA pourra peut être devenir un biomarqueur de l'efficacité de l'aspirine comme traitement adjuvant des CCR. Ces résultats préliminaires doivent toutefois à l'évidence être complétés par des études indépendantes de grande ampleur. Il est remarquable que la prise d'aspirine avant le diagnostic ne modifie en rien ces données, ce qui infirme l' hypothèse que l'aspirine puisse agir sur un certain sous type de cancers indolents à évolution lente. Il est aussi notable que la même proportion de tumeurs mutées, de l'ordre de 17 %, ait été retrouvée dans les 2 groupes. Il apparaît donc que c' est la seule prise régulière d'aspirine une fois le diagnostic posé qui ralentirait la progression de la maladie néoplasique en cas de tumeurs PIK3CA mutées. En adjuvant, l'efficacité thérapeutique de l'aspirine parait d'autant plus importante que les tumeurs expriment à la lois la mutation et la positivité PTGS2, témoignant ainsi d'une diaphonie entre les deux voies d'expression. Plusieurs points forts de ce travail doivent être mentionnés. Il a concerné des participants ayant pris régulièrement de l'aspirine, tant avant qu'après le diagnostic de cancer. Tous étaient des professionnels de santé, donc avec une adhérence au traitement et une transmission de l'ensemble des données les concernant fiables. A l'inverse, aucune information n'a été possible sur l'utilisation concomitante d'une éventuelle chimiothérapie ni sur le nombre de récidives loco régionales avec ou sans prise d'aspirine. Ainsi apparaît-il que la prise régulière d'aspirine après un diagnostic de CCR est associée de manière très significative à la prolongation de la survie en cas de tumeurs présentant la mutation PIK3CA, qu'il y ait eu ou non prise d'aspirine avant le diagnostic de cancer. L’étude de cette mutation pourrait donc servir utilement de biomarqueur afin de préciser l'intérêt éventuel de l'aspirine en traitement adjuvant des CCR. Dr Pierre Margent Liao X et coll. : Aspirin use, tumor PIK3CA mutation and colorectal-cancer survival. N ENGL J MED 2012 ; 367 : 1596-606.

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Published by Chronimed - dans Concept
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Géhel 28/01/2013 10:15

bonjour,
cet article est intéressant pour tout un tas de raisons, et en particulier celle-ci : un grand nombre de cardiaques ou "pré-cardiaques" prennent quotidiennement Kardégic, et donc peuvent être
considérés dans cette population.
Ce que ne dit pas l'étude : la DOSE utilisée dans l'expérimentation.Donc la question que l'on se pose à la lecture de l'étude, c'est de savoir si la quantité quotidienne est en rapport avec la
quantité expérimentée (je "consomme" quotidiennement du kardégic, vous l'aurez compris...!)
Merci