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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 12:08

L’éminent climatologue considère Copenhague comme “la voie du désastre”.

James E. Hansen n’a jamais eu sa langue dans sa poche. 

En 1988, le chercheur du Goddard Institute for Space Studies (GISS), une agence de la Nasa, provoque un cataclysme dans les milieux scientifiques en déclarant que l’activité humaine est l’une des composantes du réchauffement climatique. 

Plus de 20 ans plus tard, le "grand-père du climat" boude la conférence de Copenhague: "Si c’est encore un truc du genre de Kyoto, alors cela va prendre des années avant que l’on ne comprenne ce que ça veut dire".

Au lieu de se mêler aux officiels dans la capitale danoise, il publie son premier livre, à 68 ans. 

"Parce que le climat est une histoire complexe, et qu’elle peut être manipulée". 

Il dénonce le "greenwash", la grande lessive verte, le fait que "les pouvoirs politiques choisissent les bons mots mais qu’ils ne sont pas suivis des bonnes actions". 

La réduction des émissions polluantes est à ses yeux une demi-mesure: 

"C’est une question analogue à l’esclavagisme sous Lincoln ou au nazisme face à Churchill. 

On ne peut pas dire, réduisons l’esclavage de 50 % ou de 40 %. 

Sur ce genre de problème, il n’y a pas de compromis possible. 

Quant au système de "cap and trade", il ressemble aux indulgences de l’Eglise catholique au Moyen-Age. 

Les prêtres récupéraient beaucoup d’argent et les pécheurs étaient pardonnés. 

Les deux parties étaient satisfaites de l’arrangement malgré son absurdité. 

C’est exactement ce qu’il se passe maintenant".

Pour lui, le seul remède valable à la crise climatique est de mettre en place la taxe carbone et de se préparer dès aujourd’hui à l’abandon des énergies fossiles, dont le charbon.

 

Ses positions tranchées irritent toujours, jusque dans son propre camp. 

La semaine dernière, le prix Nobel d’économie Paul Krugman, normalement fan du climatologue, critiquait "sa croisade mal avisée contre le "cap and trade", qui reste la seule forme d’action contre les émissions de gaz à effet de serre que nous sommes encore capables de prendre avant que la catastrophe soit inévitable".

Rempli de convictions, le climatologue en chef de la Nasa n’en est pas à sa première prise de bec. Dans les années 90, l’expert conclut que le protocole de Kyoto n’est pas suffisant pour éviter les dommages de l’effet de serre. 

Il prend donc son bâton de pèlerin dans une Amérique de George W. Bush hermétique. 

S’en suit une vive polémique, quand James E. Hansen accuse l’administration républicaine de museler les scientifiques qui démontrent le rôle de l’homme sur le réchauffement climatique. 

Dans la foulée, l’éminent chercheur devient militant. 

Cette année, il a été arrêté avec un groupe qui protestait contre l’exploitation du charbon sur les sommets des Appalaches.

 

Il n’épargne pas l’administration Obama au passage. "Je suis déçu du fait qu’il ne prenne pas une position plus ferme. Il laisse les politiciens à Washington décider à sa place, or, les lobbys industriels y sont tellement influents que ça ne peut pas marcher".

 

Ce pionnier de la lutte contre le réchauffement climatique sait que le combat n’est pas terminé. 

Traité pour un cancer de la prostate, il a mis la touche finale à son premier livre, dont la publication aux Etats-Unis coïncide avec la conférence de Copenhague. 

Dans "Storms of my Grandchildren: The Truth about the Coming Climate Catastrophe and Our Last Chance to Save Humanity"(*), il enfonce le clou encore une fois, comme il l’avait fait il y a 20 ans, mais plus fort encore. 

Le temps presse pour lui, et pour les générations futures: "Je ne veux pas qu’un jour mes petits-enfants disent que grand-père comprenait ce qui se passait mais ne l’a pas dit clairement".

 

Stéphanie Fontenoy, à New York

 

(*) "Les tempêtes de mes petits-enfants: la vérité sur la prochaine catastrophe climatique et notre dernière chance pour sauver l’humanité"

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Published by Chronimed - dans Concept
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