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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 19:10

La transplantation rénale est devenue le traitement de choix de l'insuffisance rénale chronique terminale. Elle suppose néanmoins la prise à vie de traitements immunosuppresseurs, qui ont encore l'inconvénient de présenter des effets indésirables malgré les progrès réalisés. Dans ce contexte, la tolérance immunitaire fait l'objet de nombreuses recherches.

Dans un modèle murin, un chimérisme hématopoïétique a été associé à la prévention du rejet chronique, et a induit une survie à long terme après transplantation sans administrer de médicaments, une approche dont la faisabilité a été démontrée chez l'homme.

A la veille de la Journée mondiale du Rein du 8 mars, Joseph Leventhal et son équipe publient les résultats de travaux visant à obtenir la tolérance par injection de cellules souches du donneur dans le contexte d'une absence de compatibilité HLA entre donneurs vivants et receveurs. Dans cette étude de phase 2, les chercheurs américains testent l'hypothèse qu'une greffe de cellules souches hématopïétiques (HSC) modifiées pour induire une tolérance (FC pour facilitating cell) favoriserait la création d'un chimérisme durable et la tolérance chez le receveur.

Les FCs sont des CD8+ mais qui n'expriment pas le récepteur des cellules T et composées principalement d'une sous-population spécifique de cellules dendritiques. Elles ont montré chez la souris une capacité à empêcher la maladie du greffon contre l'hôte.

Cette première étude clinique porte sur huit patients de 29 à 56 ans qui ont subi un conditionnement myélo-ablatif préopératoire par chimiothérapie et radiothérapie. Ils font l'objet d'une transplantation d'un rein d'un donneur vivant de système HLA non compatible, puis le lendemain d'une transfusion de cellules FCs obtenues préalablement à partir des mêmes donneurs. En bref, ceux-ci avaient reçu au moins 2 semaines avant un facteur de croissance hématopoïétique, le Granulocyte-Colony Stimulating Factor (G-CSF), et les cellules ont été collectées par aphérèse après 4 jours puis traitées de façon à conserver les HCSs, les FCs et les cellules progénitrices.

Des immunosuppresseurs sont utilisés après la greffe. A un mois un chimérisme de 6 à 100 % de plusieurs lignées est observé chez tous les sujets et aucun d'entre eux n'a été victime de réaction du greffon contre l'hôte ni de syndrome de prise de greffe. L'ensemble des données montre qu'une tolérance aux antigènes du donneur a été induite. Le chimérisme reste persistant chez 5 patients, et ils ont pu actuellement (avec un recul de 8 à 20 mois) arrêter les immunosuppresseurs. Deux autres sont maintenus sous une monothérapie à faible dose. Un patient a dû être retransplanté après une infection virale atypique.

Le recours à des cellules souches hématopoïétiques modifiées pourrait permettre aux transplantés rénaux de s'affranchir ou du moins de diminuer, les médicaments immunosuppresseurs d'après les résultats de cette étude clinique préliminaire. Pour les auteurs ce pourrait être à terme une approche applicable à d'autres greffes d'organes et également à des transplantations de cellules souches hématopoïétiques en absence de donneur compatible.

Leventhal Jet coll. : Chimerism and Tolerance Without GVHD or Engraftment Syndrome in HLA-Mismatched Combined Kidney and Hematopoietic Stem Cell Transplantation. Sci Transl Med., 2012; 4: 124ra28. doi: 10.1126/scitranslmed.3003509

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Published by Chronimed - dans Concept
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