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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 18:15

Un député jette un pavé dans la mare

Le député UMP Daniel Fasquelle a déposé vendredi une proposition de
loi visant à l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans
l’accompagnement des personnes autistes au profit des méthodes
éducatives et comportementales. Les associations s’en réjouissent, les
médecins dénoncent la démarche, ne comprenant pas ce que vient faire
une loi pour déterminer des règles thérapeutiques.

« LA FRANCE ne peut plus continuer à cautionner et financer les
pratiques de type psychanalytique dans le traitement de l’autisme »,
considère Daniel Fasquelle, président du groupe d’études parlementaire
sur l’autisme. En cette année de grande cause nationale 2012 pour la
maladie, le député UMP du Pas-de-Calais jette un pavé dans la mare,
avec une proposition de loi visant purement et simplement l’arrêt des
pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes
autistes. « Les pratiques psychanalytiques captent la majeure partie
des moyens financiers alloués à cette pathologie, freinant ainsi la
mise en place de traitements adaptés tels que les méthodes éducatives
et comportementales, hypothéquant la vie des autistes à l’âge adulte
», peut-on lire dans l’exposé des motifs de la proposition de loi. «
L’approche psychanalytique de l’autisme a été abandonnée depuis au
mois 20 ans dans la plupart des pays occidentaux au profit de méthodes
éducatives et comportementales ... Aucune étude scientifique publiée
ne permet d’attester du bien-fondé ni surtout de l’efficacité de la
démarche psychanalytique, contrairement à certaines techniques de
rééducation spécifiques (outils de communication, méthodes éducatives,
méthodes comportementales) », argumente le député. « Le bilan des
premières rencontres parlementaires sur l’autisme (du 12 janvier
dernier) a achevé de me convaincre, tant l’unanimité sur le sujet
semblait régner parmi les diverses parties prenantes : chercheurs et
professionnels, représentants politiques, associations de familles »,
déclare-t-il.

Une évaluation est en cours.

Le dépôt de cette proposition de loi est naturellement salué par le
Collectif autisme*, instigateur de ces rencontres parlementaire et de
la candidature au label « grande cause nationale ». « Les associations
de familles soutiennent le député dans sa démarche et vont envoyer un
mail aux parlementaires pour les inviter à se positionner à leur tour
sur la question », indique le collectif dans un communiqué. Du côté
des psychiatres, la proposition de loi dérange d’abord sur la forme. «
Bien que je ne sois pas pro psychanalyse, cette initiative d’interdire
ainsi les pratiques psychanalytiques n’est pas raisonnable », déclare
le Dr Richard Delorme, pédopsychiatre à l’Hôpital Robert Debré
(Paris). « Ce qui me pose problème, c’est l’aspect purement législatif
avec une absence de preuves scientifiques. Ce qui est important, c’est
de promouvoir un modèle médical de bonnes pratiques avec des
évaluations par des protocoles bien menés », ajoute-t-il.

« On ne comprend pas très bien ce que vient faire une loi pour
déterminer finalement les règles thérapeutiques. C’est extrêmement
étonnant comme procédure, d’autant qu’actuellement il y a des
recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) qui sont en cours
de rédaction », souligne le Dr Jean-Michel Thurin, co-coordinateur du
réseau de recherche fondé sur les pratiques psychothérapeutiques
(RRFPP). Mis en place sous l’égide de la Fédération française de
psychiatrie (FFP) et de l’INSERM, ce réseau achèvera d’ici à quelques
mois une évaluation de l’approche psychothérapeutique des enfants avec
autisme. Le Pr Pierre Delion, pédopsychiatre au CHRU de Lille, juge
pour sa part « regrettable » de voir des « positions aussi tranchées
prises par des députés » n’ayant « pas la légitimité pour prendre des
positions sur un plan technique ». Le Pr Delion dénonce un certain
procès fait ici à la psychanalyse. « C’est comme si l’on retirait la
chirurgie sous prétexte qu’il y a de mauvais chirurgiens »,
considère-t-il. « La psychanalyse à condition qu’elle soit appliquée
intelligemment aide à penser pour partie la question de l’autisme. Il
y a eu des psychanalystes crétins qui ont dû se parer dans leur
mégalomanie et entraîner chez les parents des attitudes de rejet
compréhensible », commente le pédopsychiatre. Dans son rapport
d’Évaluation de l’impact du plan autisme 2008-2010, Valérie Létard met
en avant les retards majeurs pris en France dans la mise en place
d’une approche éducative. Néanmoins, pour la sénatrice, l’opposition
ancienne des psychiatres et familles entre approches de nature
essentiellement psychanalytique et approches éducatives et
thérapeutiques commencent à s’atténuer. « La très grande majorité des
psychiatres qui s’occupent d’enfants autistes, a abandonné la théorie
psychogénétique, mais reste attachée à une position soignante, prenant
en compte les aspects affectifs et cognitifs ainsi que l’importance de
l’histoire individuelle de l’enfant dans son contexte familial et
culturel », constate-t-elle, jugeant que la posture n’est « pas en
contradiction absolue avec l’absolue nécessité d’une approche
éducative ».

› DAVID BILHAUT

*Autisme France, Sésame Autisme, Autistes sans Frontières, Pro Aid
Autisme, Asperger Aide France, Fondation Autisme.

Le Quotidien du Médecin  du 24/01/2012

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Published by Chronimed - dans Concept
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commentaires

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toutes les autres pathologies psy: TDAH, troubles oppositionnels avec provocation, troubles des conduites, enfants victimes de maltraitance et/ou de sévices sexuels, dépression, etc...
Je suis neuropédiatre depuis plus de 20 ans et pendant toute cette période ai vu défiler des enfants atteints de ces pathologies (entre 1 et 4 par semaine, qui sont autant de places perdues pour ce
qui est de mon domaine de compétence). Le constat est O combien! édifiant.

Josiane 04/02/2012 16:15

Bonjour,
mère de 2 enfants dont le plus jeune 5 ans 1/2 est autiste, je me réjouie des avancées scientifiques.
Aussi, ai-je lu avec attention et intêret l'article du Professeur Luc Montagnier : AUTISME La piste microbiennne.
Je cite "Les autorités sanitaires de beaucoup de pays se préoccupent - à juste titre - de l’accroissement important du nombre d’enfants atteints d’un syndrome neuropsychiatrique particulier,
l’autisme. Ainsi, on estime à plus de 150.000 le nombre d’enfants actuellement atteints par ce syndrome en France, une véritable épidémie ! Le gouvernement français en a pris conscience en faisant
cette année de l’autisme une grande cause nationale, à la satisfaction de nombreuses associations de parents."
Effectivement le nombre de personnes avec autisme est important et les recherches avancent. En attendant que la recherche propose des thérapies éventuelles, les prises en charge adaptées
s'imposent. Je constate que cet article autisme / psychanalyse n'a suscité aucun commentaire (tout au moins publié sur votre blog).
Je souhaite, ici, vous interpeller. Faire appel à votre soutien, à votre aide pour le bien être des autistes et de leur famille.
Le 26 janvier, le Tribunal de Grande Instance de Lille a tranché en faveur de trois psychanalystes lacaniens qui avaient porté plainte contre Sophie Robert, réalisatrice du documentaire « Le Mur ou
la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme ». Les plaignants considèrent que le documentaire porte atteinte à leur image et à leur réputation, que certaines de leurs interventions ont été «
dénaturées ». Sophie Robert a fait appel…
Pourtant, ce documentaire ne fait que reproduire ce que des psychanalystes écrivent
et déclarent depuis des dizaines d’années à propos de l’autisme. Ce film révèle le parcours dramatique de l'immense majorité des parents qui se reconnaissent dans ce qu'ils ont vécu et continuent à
vivre. Il révèle des aspects peu connus du grand public et met en évidence l’indigence, en France, de la prise en charge des personnes avec autisme, sous l’égide des méthodes d’inspiration
psychanalytique. La France a pris un retard considérable.
Il y a des années que la communauté scientifique internationale a conclu que l’approche psychanalytique était inefficace. Il est plus que décevant que ce consensus ne soit toujours pas reconnu dans
la pratique médicale et politique en France.
J'espère que le film de Sophie Robert encouragera des discussions dans notre pays, avec
la communauté internationale et incitera les politiciens à l'action. Que l’on donne enfin aux enfants, aux adolescents et aux adultes avec autisme l’accès à des thérapies dont ils ont besoin. Un
projet de loi a été déposé, en ce sens, par M. Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais, consultable via son blog :
http://www.danielfasquelle.blogspot.com/2012/01/le-texte-de-ma-proposition-de-loi.html#links. Il reçoit de nombreux soutiens (témoignages de parents, soutiens de familles, associations,
professionnels, personnalités, politiques…)
Les parents sont révoltés par le jugement fait au film. Cette interdiction est, ni plus ni moins, une atteinte à la liberté d'expression et une volonté évidente d'empêcher le débat démocratique.
Les familles veulent le libre choix du type de prise en charge pour leur enfant, le droit à l’information et, de fait, souhaitent la diffusion du film pour informer le grand public.
Un large mouvement, en faveur de Sophie Robert, a vu le jour. Ce collectif a de nombreux soutiens : familles, adultes autistes, associations, personnalités françaises et étrangères du monde
médical, universitaires, intellectuels… L’auteure du documentaire est également soutenue par la Société Civile des Auteurs Multimédia.
Ce collectif de soutien est actif sur deux sites Internet : http://www.soutenonslemur.org
et http://www.supportthewall.org/.
Une pétition internationale a été lancée http://tinyurl.com/8y3mpg9.
Je souhaite vous entretenir pour le soutien que vous pouvez apporter à Sophie Robert face à cette censure, pour l’appui que vous pouvez apporter à M. Daniel Fasquelle pour soutenir son projet de
loi.
Il est aussi question de points importants du non-respect des conventions internationales vis-à-vis des personnes autistes en France, pays déjà condamné en 2004 par la Cour Européenne des Droits de
l'Homme pour non respect des obligations éducatives et rappelé à l'ordre en 1996 et 2007 par le Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE).
Je vous remercie de m'avoir lue, dans l’espoir que vous serez sensible à l’attente de milliers de familles, de parents qui, aujourd’hui, en France, souffrent de l’immobilisme et de la non-prise en
compte de leur combat quotidien pour offrir une vie digne et autonome à leurs enfants.
Cordialement.