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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 18:39

Le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (Ecdc) a confirmé jeudi 2 juin l'identification de la bactérie à l'origine de l'épidémie de contaminations, qui a fait 18 morts dont 17 en Allemagne. 

Il s'agit d'une souche très rare d'une bactérie entéro-hémorragique Escherichia coli O104-H4. 

Jusqu'alors, "un seul cas" concernant "une femme en Corée en 2005" avait été rapporté dans une publication scientifique, selon l’agence européenne. La cause de la contamination est toujours à l’étude.

A l’heure où nous publions cet article, beaucoup d'inconnues persistent doncsur l'origine de l'épidémie de syndrome hémolytique et urémique. 

Il s’agit d’une épidémie atypique souligne Lisa King, épidémiologiste à l'Institut de veille sanitaire.

Panorama du Médecin. Quel est le bilan de l'épidémie d'infection à Escherichia coli entéro-hémorragique qui sévit depuis début mai en Allemagne ?

Lisa King : A ce jour plusieurs centaines de personnes ont été contaminées, dont 329 (au 30 mai) ont un syndrome hémolytique et urémique (SHU), la forme la plus sévère de l'infection. 

Nos informations sont fondées sur les données officielles des autorités sanitaires allemandes, qui font état actuellement de trois personnes décédées de cette épidémie. 

Dans la presse on parle de 15 décès, mais certains de ces cas sont en cours d'investigation. Donc il est possible que le bilan officiel évolue rapidement. 

La souche responsable a été isolée chez les patients. Il s'agit d'un E .coli entérohémorragique de sérogroupe O104. 

Ces bactéries sont présentes dans le tube digestif des ruminants (bovins, moutons, chèvres, chevaux) et elles sont excrétées dans l’environnement par des matières fécales de ces animaux. Les produits végétaux peuvent être contaminés lors d’un contact avec ces matières fécales.  

Les E.coli entérohémorragiques possédent un gène qui code pour une shigatoxine, responsable des symptômes sévères de l'infection. 

Toute personne peut être infectée, mais, habituellement, le syndrome hémolytique et urémique touche essentiellement les jeunes enfants et les personnes âgées. L'épidémie observée en Allemagne est atypique car la majorité des formes sévères touchent des femmes adultes.

Comment expliquer cette particularité épidémiologique ?

Cela pourrait être lié au fait que les aliments à l'origine des contaminations sont probablement des produits d'origine végétale : tomates, concombres ou salades vertes. 

L'une des hypothèses est que les femmes essaient de manger sainement et mangent plus de légumes frais. Mais tant que l'on n'aura pas isolé la bactérie dans un aliment et démontré qu'il s'agit du même microorganisme que celui isolé chez les malades nous n'auront pas de certitude sur l'aliment responsable.

Pourquoi a-t-on parlé de concombres espagnols et a-t-on retiré un lot en Bretagne ?

Cette information ne vient pas des autorités sanitaires nationales allemandes, mais des autorités locales, à Hambourg, qui ont signalé que la bactérie avait été détectée sur des concombres venant d'Espagne. 

Ceci n’a pas été confirmé. A ce jour la bactérie isolée chez les patients n'a pas été retrouvé dans les concombres espagnols. C'est uniquement par précaution qu'un lot a été retiré en Bretagne, car cette piste n'a été ni confirmée, ni infirmée. Les investigations se poursuivent.

De telles épidémies deviennent-elles plus fréquentes ?

On a observé des infections isolées à E.coli entéro-hémorragique dans beaucoup de pays depuis sa découvert en 1982. En France, l'année 2005 a été marquée par deux épidémies. La première, en lien avec la consommation de steak haché de bœuf, était due à E.coli O157, et a été responsable de 69 cas, dont 17 SHU. La deuxième, liée à la consommation de fromage au lait cru a entraîné 17 SHU.  Deux bactéries étaient en cause : E.coli O26 et O80. Mais il n'y a eu aucun mort au cours de ces deux épisodes. L'épidémie allemande se distingue par l'ampleur et la gravité des cas. Il s'agit d’une des plus grandes épidémies d’EHEC jamais observée. Cette ampleur est liée soit à la virulence de la souche, soit à l'importance de la contamination de l'aliment, soit à une combinaison de ces deux facteurs. Comme l'on n'a pas encore trouvé l'aliment responsable, on ne peut pas déterminer le mécanisme en cause.

Panorama du Médecin.

Source : d’après un entretien avec Lisa King, épidémiologiste à l'Institut de veille sanitaire

Un espoir thérapeutique

 

Dans une lettre au New England of Medicine, une équipe internationale relate la régression spectaculaire des symptômes observées chez trois enfants atteints d'un syndrome hémolytique et urémique liée à une infection par un E.coli producteur de shigatoxine, après l'administration d'éculizumab, un anticorps monoclonal inhibant la formation des complexes terminaux du complément. 

« Une régression spontanée des troubles est peu probable », estiment les auteurs, car la maladie s'aggravait rapidement, malgré plasmaphérèse et dialyse. 

Ces résultats confortent l'hypothèse physiopathologique d'une activation directe du complément par la toxine shiga.

 

Lapeyraque AL et coll. N.Engl.J.Med. 25 mai 2011.

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Published by Chronimed - dans Nutrition
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