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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 09:38
L'acide folique et plus particulièrement ses composés bioactifs communément appelés « folates » ont un effet ambigu sur le risque de cancer. Sur le plan biochimique, il peut réduire le risque de mutations de l'ADN et donc d'apparition de cellules néoplasiques, mais aussi favoriser la prolifération des cellules déjà cancéreuses. En 2007, la parution d'un essai randomisé (folates vs placebo) montrait un risque relatif plus élevé d'adénomes colorectaux et de cancers prostatiques chez des sujets supplémentés en folates par rapport au groupe placebo. Au même moment, on enregistrait une augmentation transitoire de l'incidence des cancers colorectaux aux USA et au Canada, quelques années seulement après la généralisation,dans ces pays, de l'enrichissement des farines en folates. Ainsi en quelques années, l'hypothèse du bénéfice de la supplémentation en folates pour prévenir les cancers et les maladies cardiovasculaires a été supplantée par celle d'une augmentation du risque de cancer attribuable à cette supplémentation. Une méta-analyse des essais comparant un apport en folates à un placebo pour prévenir les maladies cardiovasculaires (10 études, n = 46 969 sujets) ou les cancers (3 études, n=2 652 sujets ayant un adénome colorectal) apporte des réponses concernant l'effet des folates sur l'incidence des cancers à court et moyen terme. La durée moyenne des essais était de 5,2 ans (1,8 à 7,4 ans). La dose d'acide folique administrée quotidiennement s'échelonnait entre 0,5 et 5 mg sauf dans un essai ou elle atteignait 40 mg. Les taux plasmatiques de folates étaient, en moyenne, quatre fois plus élevés chez les sujets supplémentés par rapport aux témoins. Les résultats de cette méta-analyse ne retrouvent pas l'augmentation de l'incidence globale des cancers attribuables aux folates (Risque relatif : 1,06, Intervalle de confiance à 95 % : 0,99-1,13, p = 0,10). De même, bien que cela doive être interprété avec précaution compte tenu de la moindre puissance statistique, il n'y a pas non plus d'augmentation des risques de cancers colorectaux, de la prostate, du poumon ou du sein. Ces données sont donc d'autant plus rassurantes, que les doses d'acide folique testées sont bien supérieures à celles qui sont apportées par l'alimentation dans les pays ou la supplémentation céréalière est généralisée. On en reste donc à la neutralité des folates vis-à-vis du risque de cancer et des maladies cardiovasculaires et il est peu probable que l'augmentation des cancers constatée en 2007 en Amérique ait un lien avec l'enrichissement des farines. Il faut toutefois noter que les études incluses dans cette méta-analyse ont évalué des effets à court et moyen termes. Il n'y a actuellement aucune donnée sur l'impact de la supplémentation en folates au-delà de sept années. Vollset SE et coll. for the B-VitaminTreatmentTrialists' Collaboration : Effects of folic acid supplementation on overall and site-specific cancer incidence during the randomised trials: meta-analyses of data on 50 000 individuals. Lancet, 2013 ; publication avancée en ligne le 25 janvier. doi:10.1016/S0140-6736(12)62001-7 Cite or Link Using DOI 28/01/13 Dr Boris Hansel

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Published by Chronimed
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