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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 21:13
Environ un million de personnes meurent par suicide chaque année dans le monde et c’est une cause de décès potentiellement évitable, souligne le Pr Le-Niculescu, psychiatre à l’université de l’Indiana (USA). Des outils objectifs et fiables sont absolument nécessaires pour évaluer et suivre l'évolution du risque suicidaire, un projet auquel il s’attaque avec son équipe après avoir déjà apporté la preuve du principe de l'utilité de biomarqueurs sanguins d'expression génique pour prédire l'humeur et les symptômes de psychose. Pour identifier des biomarqueurs pertinents des tendances suicidaires, les chercheurs utilisent la génomique fonctionnelle convergente (CFG), une approche combinée puissante pour extraire le signal du bruit de fond dans les études d’expression génique. La CFG a déjà contribué à trouver et hiérarchiser des gènes candidats, des voies et des mécanismes dans certains problèmes neuropsychiatriques tels que troubles bipolaires, alcoolisme, anxiété et schizophrénie, montrant sa reproductibilité et sa capacité prédictive dans des cohortes indépendantes. Dans une première étape, les chercheurs réalisent un profil d’expression génique génome entier chez 75 hommes souffrant de troubles bipolaires. Des échantillons sanguins sont prélevés lors de visites répétées à des intervalles de 3 à 6 mois (174 visites au total), et les idées suicidaires (IS) des patients sont évaluées par questionnaire. Neuf sujets sont passés d’un score 0 (absence de IS) à un score élevé (10 ou plus) pendant le suivi. L’analyse des gènes « différentiellement » exprimés dans ce groupe permet d’identifier 41 biomarqueurs candidats plus susceptibles d'être impliqués dans le risque de pensées suicidaires, le plus significatif étant SAT1. CD24 apparaît au contraire comme étant le marqueur le plus diminué dans les états suicidaires. La vérification des résultats par rapport à des échantillons de sang prélevés dans un délai de 24 h post-mortem dans un groupe apparié de 9 hommes qui se sont suicidés permet d'affiner la liste à 13 candidats biomarqueurs du risque de suicide. De façon intéressante, l’expression du gène SAT1 est plus élevée chez tous les sujets qui se sont suicidés, et cette augmentation est supérieure d’au moins 3 écarts-types à la moyenne des hommes à score élevé. Des gènes modulés par l’horloge circadienne Selon les biomarqueurs mis en évidence, la voie de signalisation de l’acide docosahexaénoïque semble impliquée. On sait que l’expression de plusieurs de ces marqueurs (SAT1, S100A8, IL1B) est modifiée chez la souris sous l’action d’un traitement par des oméga 3. Ils sont liés à DBP, un gène de l’horloge circadienne dont l’expression est décrue en cas de haut risque suicidaire. Un autre biomarqueur, PTEN , est aussi lié à DBP et la participation d’autres gènes modulés par l’horloge circadienne est aussi constatée. Par ailleurs il semble que les tendances suicidaires soient associées à une humeur dysphorique, ainsi qu'à une augmentation de la psychose, de l'anxiété et du stress. Or l’expression sanguine de SAT1 tend à être plus élevée en cas d'humeur dépressive, ainsi que de psychose, d’anxiété et de stress importants. Vers un test sanguin du risque de suicide Le rôle de 6 marqueurs parmi les 13 candidats reste significatif après une correction statistique stricte (SAT1, UB6, MARCKS, PTEN, MT-ND6, MAP3K3), SAT 1 étant le plus important. Recherchant leur capacité à prédire les hospitalisations liées au suicide ou les tentatives de suicide lors d’une étape de validation prospective, les chercheurs analysent les données d'expression génique de 42 hommes souffrant de trouble bipolaire et 46 autres de schizophrénie. Ils observent que 4 marqueurs sur les 6, SAT1, PTEN, MARCKS et MAP3K3 sont corrélés aux hospitalisations passées ou futures notamment dans le groupe bipolaire. Une approche multidimensionnelle où l’expression de SAT1 seule est combinée à des mesures cliniques de l'humeur et de l'état mental, permet de prédire les hospitalisations futures avec une précision de plus de 80 % (65 % sans prise en compte des éléments cliniques), et des données similaires sont obtenues pour le groupe des six meilleurs marqueurs. Côté clinique, ces résultats marquent une étape importante vers le développement de tests de laboratoire objectifs et d’outils pour suivre les risques de suicide et la réponse au traitement. Ils sont à valider dans des études plus importantes et chez d’autres populations à risque suicidaire. Dominique Monnier 22/08/2013 Le-Niculescu H et coll. Discovery and validation of blood biomarkers for suicidality. Mol. Psychiatry 2013. Publication avancée en ligne le 20 août. doi:10.1038/mp.2013.95

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Published by Chronimed - dans Concept
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