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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 07:58
Paris, le lundi 29 octobre 2012 – C’est une statistique qui est censée faire peur, mais qui a été tant répétée et tant dénoncée qu’elle semble pratiquement vidée de sa substance : les Français compteraient parmi les plus grands consommateurs de psychotropes d’Europe. La vérité est cependant plus nuancée comme nous le révèle une « expertise collective » menée par l’INSERM à la demande de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) dont les résultats ont été dévoilés la semaine dernière. On y découvre de nombreuses nuances selon les classes de médicaments concernées et surtout que le véritable « scandale », l’exception la plus inquiétante ne réside pas dans ces chiffres si souvent commentés mais plutôt dans certaines données tues… tout simplement parce qu’elles n’existent pas. Psychotropes en France : ça dépend lesquels ! La France n’est pas la championne d’Europe de consommation de psychotropes toutes catégories confondues. Bien sûr, en matière d’hypnotiques, elle se partage la vedette avec la Belgique, selon les données de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) pour l’année 2010. Cependant, si l’on s’intéresse aux anxyolitiques, elle est devancée par la Belgique, mais aussi le Portugal et l’Espagne. On retiendra par ailleurs, que d’autres types de psychotropes sont peu répandus en France par rapport au reste de l’Europe : les psychostimulants ne sont guère prisés (le niveau de consommation français est « 40 fois inférieur à celui du pays le plus consommateur, l’Islande ») et les médicaments de substitution aux opiacés sont bien moins souvent utilisés. Aucune donnée disponible en France sur la prévalence de la dépendance aux psychotropes Si ces différents chiffres permettent de nuancer l’image d’une France submergée par les prescriptions de psychotropes, il n’en reste pas moins que l’usage de ces médicaments est très répandu dans notre pays… et leur mésusage peut-être également aussi. L’INSERM nous rappelle ainsi que 18 % des Français ont indiqué avoir « consommé au moins un médicament psychotrope au cours de l’année » selon les résultats du Baromètre santé 2010. D’accord, mais est-ce grave docteur ? Difficile de le savoir. En effet, s’il existe quelques statistiques concernant le mésusage et le détournement des psychotropes chez les usagers de drogue, en France, il n’y a « aucune donnée (…) sur la prévalence de la dépendance en population générale ». Aussi, pour tenter d’évaluer ce phénomène, il faut se contenter d’une « approche indirecte ». D’abord, observer ce qui prévaut à l’étranger : aux Etats-Unis et au Canada, on considère ainsi que 1 à 2 % de la population générale est dépendante aux psychotropes. Puis, s’intéresser aux études menées chez certaines catégories de patients. Ainsi, en France, chez des sujets présentant des « troubles psychiatriques, suivis en médecine générale » une étude a « montré qu’une personne sur deux serait dépendante aux benzodiazépines ». Dans un cas sur deux, des ordonnances non conformes aux recommandations Enfin, on le sait (la Haute autorité de santé notamment s’est penchée à plusieurs reprises sur ce sujet), on assiste en ce qui concerne notamment la prescription des hypnotiques à un « dévoiement » très fréquent des recommandations de bonnes pratiques. Le professeur de pharmacologie Bernard Bégaud (Université de Bordeaux) interrogé par le Nouvel Observateur les résume ainsi : « Toutes les études réalisées à ce jour montrent qu’une fois sur deux les prescriptions ne respectent pas les recommandations des autorités sanitaires. Les tranquillisants et les somnifères, par exemple, qui devraient être consommés seulement pendant deux à quatre semaines, le sont pendant plusieurs années dans la moitié des cas. A l’inverse, certains antidépresseurs (…) qui doivent être pris au moins six mois d’affilée pour être efficaces, sont arrêtés avant dans 80 % des cas ». Autant d’éléments qui favorisent les situations de dépendance et de mésusage et qui représentent des situations bien plus inquiétantes que les niveaux globaux de consommation. Des ordonnances sécurisées pour tous les psychotropes ? Face à ces différentes constatations, les préconisations de l’INSERM sont dans la lignée de celles déjà émises ces dernières années, par exemple par la HAS. Une meilleure sensibilisation de la population générale est souhaitée ainsi que celle des professionnels de santé qui devraient selon les experts davantage travailler « en réseau ». En matière « réglementaire », l’INSERM invite à élargir l’utilisation des ordonnances sécurisées « à l’ensemble des médicaments psychotropes des listes I et II », à « mettre en place un système de téléprescription entre médecin et pharmacien », à créer des « contrats de prescription entre médecin, patient et pharmacien » et à mettre à la disposition des professionnels un historique détaillé des prescriptions antérieures « afin qu’ils puissent repérer et informer les patients à risque ». Enfin, bien sûr, l’INSERM exhorte les pouvoirs publics à développer la recherche sur ces sujets en France afin que l’on puisse enfin disposer de chiffres précis sur la « prévalence de la dépendance aux médicaments psychotropes, en particulier en population générale ». Aurélie Haroche 29/10/2012

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Published by Chronimed - dans Concept
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