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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 11:02
Certains médicaments sont inactivés par les micro-organismes contenus dans le tube digestif. Des chercheurs viennent d’élucider un mécanisme qui permet à une souche bactérienne de bloquer les effets d’un traitement pour le cœur. Ils ont réussi à enrayer ce processus inhibiteur chez la souris, en modifiant leur régime alimentaire.

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Les microbes se développent par milliards dans le système digestif. Plusieurs d’entre eux peuvent influencer l’activité de certains médicaments. C’est le cas d’Eggerthella lenta qui peut inhiber l’action de la digoxine. © adonofrio, Flickr, cc by 2.0

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Les médicaments pris par voie orale, tout comme la nourriture, glissent jusqu’aux intestins et rencontrent les milliards de microbes intestinaux nichés bien au chaud. Cette flore digestiveconsomme certains éléments nutritifs que l’organisme ne peut pas digérer, et produit au passage desnutriments essentiels à la santé, certaines vitamines par exemple.
Mais comment le microbiote intestinal réagit-il à ces médicaments ? De nombreuses études ont montré que les microbes digestifs pouvaient influencer l’action de certains d’entre eux. Les mécanismes se cachant derrière ces processus n’ont pourtant jamais été élucidés. Des scientifiques de l’université Harvard viennent d’apporter quelques éléments de réponse. Dans leur étude, publiée dans la revue Science, ils identifient un mécanisme bactérien permettant de bloquer l’action d’un traitement contre les maladies cardiaques.

Le médicament Digoxine, utilisé pour soigner certaines maladies cardiaques, verrait son action modifiée par la flore intestinale. © Gordon Museum, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0
Le médicament en question, souvent prescrit en cas d’insuffisance cardiaque, s’appelle le Digoxine. Comme son nom l’indique, il contient la molécule digoxine qui permet d’améliorer le fonctionnement du cœur. « On sait depuis de nombreuses années que cette molécule peut être inactivée par la flore intestinale », explique Peter Turnbaugh, le directeur de l’étude. En 1980, des chercheurs américains avaient même mis en évidence l’espèce bactérienne responsable de ce phénomène. Il s’agit d’Eggerthella lenta, une bactérie anaérobie installée dans le tube digestif humain.
Deux gènes pour inactiver un médicament pour le cœur

Or, malgré plusieurs années de recherche, les scientifiques n’avaient jamais pu décrypter le mécanisme d’inactivation de la digoxine. Armés des technologies modernes de biologie moléculaire, Peter Turnbaugh et son équipe se sont à nouveau attelés à cette tâche. Ils ont cultivé une souche d’E. lenta dans un milieu contenant ou non de la digoxine, et ont analysé les niveaux d’expression des gènes dans ces deux conditions.
Leurs résultats montrent une augmentation importante de l’expression de deux gènes en présence du médicament. « Ce qui est intéressant à propos de ces deux gènes c’est qu’ils codent tous les deux pour des cytochromes, des coenzymes qui pourraient très bien inactiver la digoxine. »
Cependant, toutes les souches d’E. lenta ne possèdent pas ces deux gènes à l’origine : la présence de la bactérie chez un individu ne signifie donc pas obligatoirement que le médicament sera inactivé. En revanche, les auteurs ont montré que le niveau d’expression des deux gènes dans des selles était un indicateur de la présence de bactéries inhibitrices de la digoxine. « Nous pouvons ainsi savoir à l’avance si la digoxine sera efficace ou non », annonce le chercheur.
Des protéines pour contrer l’influence de la flore intestinale

Les scientifiques ont approfondi leurs recherches, afin de trouver la faille de la bactérie E. lenta. Des études précédentes avaient montré qu’il était possible de limiter l’action inhibitrice de la bactérieen la cultivant en présence de protéines et en particulier de l’acide aminé arginine. Munis de ces données, ils ont entrepris des expériences chez des souris dotées d’une souche inhibitrice du médicament. Ils les ont traitées avec la digoxine et les ont nourries avec une alimentation riche ou pauvre en protéines. Leurs résultats montrent que l’ingestion de protéines augmente la quantité de médicaments retrouvés dans le sang.
Ces résultats ont permis de décrypter un des processus par lequel les bactéries influencent lesthérapies cardiaques. En suivant un régime particulier, les patients pourraient alors dompter la flore intestinale et améliorer l’efficacité des traitements médicamenteux. De nombreux travaux restent cependant à faire pour élucider tous les mystères du microbiote intestinal.

Le 31/07/2013 à 09:31 - Par Agnès Roux, Futura-Sciences

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Published by Chronimed - dans Infections froides
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commentaires

Milekitch 01/08/2013 12:10

Après cette lecture, je me demande si des fois ce médoc ne serait pas assez toxique pour mériter être éliminer ... ou pas ?