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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:39

Où l'on s'emballe pour un régime sans bisphénol

 

 

L'alimentation apparaît comme une source potentielle majeure d'exposition au bisphénol A (BPA) et au di(2 éthylhexyl)phtalate (DEHP) bien que sa contribution réelle ait été peu évaluée.

 

Le poids des arguments associant au BPA et aux phtalates des effets perturbateurs endocriniens ont poussé des auteurs américains et canadiens à évaluer le rôle possible des emballages et contenants alimentaires à cet égard, BPA et phtalates étant largement utilisés dans les plastiques et les résines entrant dans leur composition.

 

RA Rudel et coll. ont ainsi entrepris, en janvier 2010, d'évaluer les variations des concentrations urinaires de BPA et de métabolites* du DEHP avant, pendant et après consommation d'aliments frais, non emballés, non conservés.

 

L'étude a porté sur 20 participants de cinq familles, comptant chacune deux adultes et deux enfants âgés de 3 à 12 ans, vivant dans la baie de San Francisco, ne s'imposant pas de restrictions alimentaires significatives et ayant indiqué, à l'occasion d'une enquête préalable, consommer des aliments en conserve ou sous plastique, boire de l'eau provenant de bouteilles en polycarbonate au bureau, prendre des repas hors du domicile, ou réchauffer en contenant plastique des aliments au four à micro-ondes.

 

Un traiteur, informé, pour cette étude, des sources d'ingestion de BPA et de phtalates, a proposé une gamme de menus, parmi lesquels l'équipe de chercheurs a retenu ceux destinés à la phase d'intervention dépourvue d'emballages alimentaires et de conserves. Des contenants ad hoc, pour l'alimentation et les boissons, ont été prévus.

 

Les participants ont d'abord, à J1 et J2, mangé comme d'habitude puis, trois jours durant, ont consommé des aliments frais, ni emballés ni sous plastique, ni en conserve, fournis par le traiteur éclairé (phase d'intervention), et sont ensuite revenus, de J6 à J8, à leur mode d'alimentation antérieur.

 

Les concentrations urinaires de BPA et de métabolites du DEHP, prises comme indicateur d'exposition, ont été mesurées sur des échantillons d'urines recueillis le soir, après le dîner, à raison de 2 échantillons à chaque phase d'étude, avant, pendant et après intervention.

 

Dans la population étudiée, où la médiane d'âge des adultes était de 40,5 ans et celle des enfants de 7 ans, les moyennes géométriques des concentrations urinaires de BPA et de métabolites* du DEHP se sont avérées significativement plus basses au cours de l'intervention qu'avant.

 

La moyenne géométrique des concentrations de BPA, par exemple, de 3,7 ng/ml avant intervention, a chuté à 1,2 ng/ml au cours de la phase d'intervention.

 

Celle des concentrations de MEHHP est passée de 57 ng/ml avant intervention, à 25 ng/ml pendant. Les moyennes géométriques des concentrations de BPA, de MEHP*, de MEOHP* et de MEHHP* étant réduites respectivement de 66 %, 53 %, 55 % et 56 %. Les moyennes géométriques des concentrations maximales de BPA ont baissé de 76 %, celles des métabolites du DEHP de 96 %.

 

Après retour aux habitudes alimentaires antérieures, à la troisième phase de l'expérience, les concentrations de BPA se sont significativement accrues, revenant approximativement aux niveaux précédant l'intervention, tandis que les moyennes géométriques des métabolites de DEHP ont augmenté de 16 à 22 %.

 

De cette étude, de petite taille, mais où les participants étaient leurs propres témoins (évitant nombre de variations confondantes), il ressort qu'une alimentation limitée en emballages alimentaires et conserves, 3 jours durant, réduit substantiellement l'exposition au BPA et celle au DEHP.

 

L'étude n'a cependant pas éliminé toutes les sources d'exposition alimentaire au BPA et aux phtalates, notamment celles liées aux modalités de production ou de préparation, avant emballage des aliments, avant mise sur le marché, et celles liée à la présence de ces agents dans l'environnement d'origine des aliments (migration de DEHP dans le lait via le PVC des tuyaux, par exemple).

 

Des écarts non rapportés au protocole restent en outre possibles, et l'effet de réduction, dès avant intervention, de la consommation d'aliments exposant au BPA et au DEHP, liée à l'information fournie à l'occasion de l'étude, ne peut être exclu.

 

 

Dr Claudine Goldgewicht

 

 

 

·       MEHP : mono(2-éthylhexyl)phtalate ; MEHHP : mono-(2-éthyl-5-hydroxyhexyl)phtalate ; MEOHP : mono-(2-éthyl-5-oxohexyl)phtalate.

 

Rudel RA et coll. : Food packaging and bisphenol A and bis(2-ethylhexyl)phthalate exposure : Finding from a dietary intervention. Environ Health Perspect, Publication avancée en ligne, 30 mars 2011 ; doi/ 10.1289/ehp.1003170.

 

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Published by chronimed - dans Nutrition
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