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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 17:15

Paris, le mercredi 21 mars 2012 - L'intérêt du recours au baclofène face à des patients souffrant de forte dépendance à l’alcool fait l’objet d’intenses débats depuis plusieurs années. 

Alors qu'un nombre de plus en plus élevé de spécialistes utilisent ce médicament hors AMM dans cette indication, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) s’était en effet fendue en juin 2011 d’une « mise en garde ». 

Cette dernière concernait notamment l’utilisation de doses allant bien au-delà de celles prévues par l’AMM. 

Cependant, les autorités sanitaires ne pouvaient ignorer les pressions accrues des praticiens mais également des patients pour que soit menée une véritable étude sur l’efficacité de ce traitement, afin que cette option thérapeutique puisse être éventuellement reconnue officiellement et ainsi mieux encadrée.

Un récit bouleversant et encourageant

Ces attentes accrues, notamment des patients, ont été nourries par la publication en 2008 du témoignage saisissant d’un médecin, Olivier Ameisen, qui révéla comment, pour lutter contre son alcoolisme il avait eu recours au baclofène. 

Il précisait notamment s’être administré des doses de baclofène pouvant aller jusqu’à 270 mg/jour (mais réduites en période « normale » à 120 mg/jour, quand l’AMM prévoit des doses de 30 à 75 mg en ambulatoire et de 100 à 120 en prescription hospitalière). 

Le récit d’Olivier Ameisen, s’affirmant « guéri » d’un alcoolisme dévastateur souleva sur internet une importante vague d’espoir chez les patients et leurs proches, tandis que la révélation de l’utilisation du baclofène par des médecins français, mais aussi suisses fut également bientôt commentée. 

Ces différents éléments ont fini par convaincre les autorités d’accorder leur feu vert à la réalisation d’une première étude clinique rigoureuse. Un Programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) a donc été lancé à l’automne dernier, conduit par Philippe Jaury, médecin libéral et professeur de médecine générale à Paris Descartes.

Des taux de réussite très supérieurs aux traitements classiques

Les premiers résultats de ces travaux (conduits en ambulatoire) viennent d’être publiés par la revue Alcohol and Alcoholism. 

Cent quatre vingt un patients, pris en charge pour une forte dépendance à l’alcool, ont reçu des doses de baclofène pouvant aller jusqu’à 400 mg/jour, même si la dose moyenne à un an a été de 130 à 140 mg. 

Après un an de traitement, une évaluation a été possible pour 132 patients : 59 % d’entre eux sont devenus abstinents et 21 % sont considérés comme des consommateurs modérés. 

Si l’on inclut les patients perdus de vue comme des sujets en échec, le taux de succès s’établit à 58 %. 

Un résultat encore supérieur aux traitements aujourd’hui dûment autorisés, la naltrexone et l’acamprosate ne permettant de réduire significativement la dépendance alcoolique que chez 20 à 25 % des sujets. 

Ces résultats préliminaires favorables doivent constituer le coup d’envoi d’un essai clinique randomisé contre placebo qui doit s’achever en 2013 et qui inclura 320 patients suivis par 60 médecins investigateurs. 

Ces travaux auront pour objectif de préciser le niveau d’efficacité du traitement mais également d’en mesurer les effets secondaires. 

A leur sujet, Philippe Jaury remarque : « C’est vrai que plus on va prescrire [du baclofène] plus on risque d’avoir des effets secondaires (…). 

Cependant on a quand même un certain recul avec la sclérose en plaques pour laquelle le baclofène peut être utilisé à des doses importantes ».

 

 

Aurélie Haroche Publié le 21/03/2012

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Published by Chronimed - dans Nutrition
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