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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 06:45
A plusieurs reprises ces dernières années, le retard de la France en matière de prise en charge des patients autistes a été dénoncé. Tant par les instances internationales (Conseil de l’Europe) que par de multiples associations nationales. Les différences marquantes avec de nombreux autres pays occidentaux concernent d’abord l’insuffisance criante de structures d’accueil adaptées, le défaut de scolarisation mais aussi la prédominance pendant longtemps de l’approche psychanalytique. Le troisième plan autisme, très attendu, se devait de répondre à l’ensemble de ces écueils. Présenté le 2 mai par le ministre délégué aux Personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, il n’est pas certain, en dépit de ses 205 millions d’euros de budget (contre 187 millions pour le précédent), qu’il se soit montré à la hauteur des espérances des uns et des autres. Un plan qui ne fait pas école De toute part on s’entend en effet pour affirmer que les mesures présentées ne permettront nullement de résoudre les problèmes liés au manque de places et aux difficultés d’insertion dans le milieu scolaire. Ainsi sur le site du « Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire », qui regroupe des associations de psychiatres et de psychanalystes on peut lire cette critique : « Si on retrouve dans ce plan quelques points attendus (comme le dépistage précoce), les moyens supplémentaires alloués sont dérisoires, voir nuls dans la psychiatrie publique et l’Éducation nationale, et ne règleront aucun des graves problèmes de pénurie ». De même le président de l’association « Vaincre l’autisme » M’hammed Sajidi sur son blog « Think and do » hébergé par l’Express fustige : « Le 3e plan Autisme prétend faire un pas vers la scolarisation des enfants autistes. Or, la réalité est bien différente… En dehors de la mise en place d’unités d’enseignement spécialisées en milieu ordinaire (on créerait donc des classes spécifiques pour les enfants autistes dans les écoles !), menant encore et toujours à l’exclusion, aucune action concrète n’est prévue pour la scolarisation des enfants autistes en milieu ordinaire. Une fois de plus, le Ministère de l’Education Nationale botte en touche. Rappelons qu’aujourd’hui seulement 20 % des enfants autistes sont scolarisés, et la plupart du temps de façon très partielle ». Rejet des méthodes psychanalytiques : paroles, paroles et paroles ! Il est pourtant un point sur lequel le troisième « plan autisme » a tranché sans phare, c’est le rejet des méthodes psychanalytiques. Marie-Arlette Carlotti a en effet mis le feu aux poudres en présentant les grands axes de son programme lorsqu’elle a déclaré : « En France, depuis quarante ans, l’approche psychanalytique est partout. Aujourd’hui, elle concentre tous les moyens. Il est temps de laisser la place à d’autres méthodes pour une raison simple : ce sont celles qui marchent, et qui sont recommandées par la Haute Autorité de santé » avant d’ajouter : « Que les choses soient claires, n’auront les moyens pour agir que les établissements qui travailleront dans le sens où nous leur demanderons de travailler ». Voilà qui devrait rassurer pleinement les tenants d’une prise en charge de l’autisme basée sur des méthodes comportementalistes et éducatives. Que nenni. Le toujours virulent M’hammed Sajidi ne croit pas au changement : « Certes, ce 3e plan Autisme met en avant le diagnostic précoce et les interventions éducatives connues et reconnues dans le monde entier, mais en renforçant l’existant. Les Centres Ressources Autisme (CRA) deviennent référents alors qu’en presque dix ans, ils n’ont jamais réussi à catalyser les données médicales et scientifiques reconnues au niveau international. De la même façon, le gouvernement nous impose encore les anciennes institutions, telles les CAMSP (Centre d’action médico-sociale précoce), alors que les parents fuient ces centres. Ces institutions sont, je le rappelle, à l’origine des faux et mauvais diagnostics menant aux prises en charge de type psychanalytique et à la dégradation de l’état de santé de la personne autiste, dénoncées dans tous les rapports officiels. (…) Je m’inquiète tout autant du fait qu’aucune politique n’est prévue pour le développement des prises en charge innovantes ». « Nous votons Front de Gauche depuis toujours » Les pédopsychiatres et psychanalystes estiment quant à eux qu’une profonde révolution est en cours et depuis plusieurs semaines ils manifestent leur colère et leur refus d’une telle évolution. Si l’on ne reviendra pas ici sur les arguments avancés par ces praticiens qui s’insurgent contre un gouvernement qui semble vouloir dicter à des professionnels de santé leurs choix thérapeutiques, on observera que ce débat se teinte de considérations politiques assez prégnantes. Ainsi, sur son blog « La plume et le bistouri », le journaliste de Libération, Eric Favereau cite le témoignage d’une femme qui « circule sur le site du Collectif des 39 » et qui fourmille de références surprenantes à la politique. « Bonjour, mon nom est Pascale, je vis à Bastia, mon beau-père est militant, et nous votons Front de gauche depuis toujours. Nous sommes parents d’un enfant de 10 ans, diagnostiqué autiste Asperger, broyé pendant cinq ans dans les CAMS et hôpitaux de jour d’orientation psychanalytique. Nous avons été obligés de nous battre seuls pour le sortir de cet enfer (…). Alors pitié, arrêtez de défendre ces gourous psychanalytiques, qui au vu de leurs réactions devant le troisième plan ne veulent pas lâcher le morceau, alors qu’ils se foutent des enfants et de leurs familles maltraités dans leurs centres. Ne vous inquiétez pas ils tiennent encore tout, et ils bénéficient largement du financement public. (…) J’en ai marre d’entendre que le soutien des méthodes comportementales est réservé à la droite. Aidez-nous et écoutez-nous… ». Hélas, le changement c’est maintenant ! Dans son analyse de ce témoignage qui indique-t-il fait « polémique », Eric Favereau qui considère pour sa part que ce n’est pas « sans raison » que le Collectif est « parti en guerre contre le dernier plan », s’interroge sur la façon de « répondre » à ce qui semble être dicté par « le désarroi ou l’égarement d’une mère ». Il ne fait cependant pas allusion aux lourdes références politiques qui jalonnent ce témoignage et que l’on retrouve de façon plus légère dans une tribune du professeur Bernard Golse (chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker) publiée par le Monde. Ce dernier débute en effet son texte en affirmant « Nous espérions beaucoup du changement de gouvernement pour pouvoir revenir à une position raisonnable à propos de cette pathologie extrêmement douloureuse ». Enjeux idéologiques Voici un aveu qui éclaire sous un nouveau jour cette « guerre » de l’autisme dont parle Eric Favereau. Tout se passe comme si le monde de la psychanalyse, orienté à gauche, vivait comme une trahison un plan, soutenu par un gouvernement socialiste, très en faveur des méthodes éducatives considérées comme répondant à une idéologie de droite. Le résumé est sans doute schématique et ne saurait nullement témoigner de la complexité des questions qui se jouent ici mais il reflète bien à quel point le débat est loin d’être uniquement scientifique et médical mais également fortement idéologique. Post sur le blog de M’hammed Sajidi Post sur le blog d’Eric Favereau Aurélie Haroche 29/06/2013

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Published by Chronimed
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