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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 19:52

La fuite ce lundi dans Libération d'une version non définitive du rapport de la Haute autorité de santé (HAS) sur les recommandations de bonne pratique dans la prise en charge de l'autisme fait l'effet d'une bombe dans la « guerre » entre parents et psychanalystes.

A en croire Libé, la HAS s'apprête à écrire, au chapitre « Interventions globales non recommandées ou non consensuelles » de ses recommandations, qui doivent être rendues publiques le 6 mars :

« L'absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques, ni sur la psychothérapie institutionnelle. »

Une révolution potentielle (« la fin de l'inconscient », dit un responsable d'un centre de ressources sur l'autisme, cité par Libération), alors que la prise en charge des autistes est largement dans les mains des psychiatres-psychanalystes en France.

Sauf que le paragraphe sera certainement modifié, a indiqué à l'APM le directeur de la HAS, Dominique Maigne, afin d'être « mieux contextualisé », précisant que « ce qui est non consensuel ne veut pas dire non recommandé ». Un effet du courrier immédiatement envoyé par la Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent (SFPEADA) contre ce virage ?

Un enjeu électoral et commercial

Le gouvernement, qui a déclaré l'autisme grande cause nationale 2012, semble finalement vouloir développer les méthodes comportementales (telles que ABA ou Teacch, très répandues notamment outre-Atlantique et en Belgique), que réclament les parents, et qui sont dispensées par des éducateurs et des psychologues comportementalistes.


Maël, autiste, et son institutrice, le 17 novembre 2011 au Clair Logis, école comportementale de Mons, en Belgique (Audrey Cerdan/Rue89)

« Les psychiatres, tenant de l'approche psychanalytique, craignent une remise en cause de leur pré-carré, car ce sont eux qui ont la mainmise sur le diagnostic des enfants et les structures de prise en charge », remarquent les parents-militants.

« C'est le retour de la haine et de l'idéologie », dénonce Bernard Golse, chef de service en pédopsychiatrie à l'hôpital Necker enfants malades (Paris), joint ce lundi par Rue89. Celui qui avait co-signé une tribune répondant à la mise en cause des psychanalystes dans le film « Le Mur » (dont la réalisatrice Sophie Robert a été condamnée par la justice), ajoute :

« L'autisme est devenu un enjeu électoral et commercial. Je crains que la Haute autorité de santé ne sorte de son rôle et cède au lobbying des associations de parents. »

Vers un caviardage du rapport de la HAS ?

L'enjeu de ces recommandations ? Dire si ce handicap est, pour simplifier, une « psychose infantile » liée à une mauvaise relation à la mère et qui se soigne par la psychanalyse, ou un trouble envahissant du développement (TED), d'origine neurologique et qui peut reculer par des techniques éducatives.

Nombre de parents, comme Laurent Alt (qui avait lancé le débat en témoignantsur Rue89), se demandent si la fuite dans la presse n'est pas organisée afin de faire pression sur les membres du groupe de travail de la HAS, au stade de la relecture finale. Il raconte :

« Nous parents prions tous pour qu'elle ne soit pas caviardée au dernier moment par les psychanalystes. Si ce n'est pas le cas, moi, je sors le champagne car finalement, mon fils aura peut-être un avenir dans ce pays. »

Déjà en 2004, un rapport de l'Inserm sur l'efficacité des psychothérapies, avait été retirée du site du gouvernement après intervention de ce que la psychiatre et directrice de recherche à l'Inserm Monica Zilbovicius avait appelé « la vieille école française de pédopsychiatrie, gardienne d'une classification française de l'autisme qui ne correspond pas aux classifications internationales ».

Pour une prise en charge « multidimensionnelle »

Loin de mettre un point final à cette bagarre, la Haute autorité de santé risque de monter les psychiatres contre l'Etat, et d'attiser la haine des parents contre la psychanalyse. Bernard Golse, de l'hôpital Necker, prévient déjà :

« Si la psychothérapie institutionnelle n'est pas recommandée, ça ne veut pas dire qu'elle est interdite. L'Etat ne peut nous dicter nos modes de pensée. »

Mais, l'air de rien, les psychiatres sont peut-être en train d'évoluer. Le discours de Bernard Golse le laisse penser : 

« Nous affirmons la nécessité d'une prise en charge multidimensionnelle qui mêle l'approche psychothérapeutique (psychanalytique ou pas), l'éducatif (technique ABA et autres) et le rééducatif (rééducation psychomotrice et orthophonique).

Mettre un enfant en psychothérapie ce n'est pas chercher des coupables mais chercher à comprendre son monde interne, comment il vit, c'est une science narrative. »

Les parents qui se disent victimes de la psychanalyse estiment que ces psys ont « dilué leur discours car ils se rendent compte que le vent est en train de tourner ». Ils espèrent voir adopter la proposition de loi du député UMP Daniel Fasquelle visant carrément à interdire l'accompagnement psychanalytique des autistes.

 

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

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Published by Chronimed - dans Concept
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