Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 09:57
Les antibiotiques ont été la révolution du vingtième siècle pour le traitement des maladies infectieuses bactériennes. Ils sont indispensables et personne ne songerait à discuter leurs indications pour le traitement d’infections au pronostic spontanément péjoratif ou des formes graves d’infections habituellement bénignes.
Mais il est clair que leur facilité d’utilisation et l’habitude de traiter des maladies supposées infectieuses, peut-être bactériennes, « par peur de... », « au cas où... », « pour prévenir... », « par sécurité... », « pour accélérer la guérison... » ou encore « pour le confort du patient... », ont conduit à une banalisation de l’usage des antibiotiques dans des circonstances cliniques qui, le plus souvent, ne les justifient pas.

Si, entre 1981 et 1991, la consommation d’antibiotiques en France augmentait de 48 % [4,5], on a pu observer depuis la campagne de sensibilisation répétant durant l’année 2001 « les antibiotiques, c’est pas automatique », une diminution de l’ordre de 16,1 % entre 2002 et 2007 [6] et de 26,5 % après ajustement pour les variations dues aux pathologies grippales [7].

La comparaison des consommations d’antibiotiques entre divers pays continue de montrer des différences tant qualitatives que quantitatives. En 2001, la France était la première consommatrice d’antibiotiques par patient en Europe ; en 2003, elle était classée deuxième après la Grèce [8] ; en 2007, elle demeure deuxième, après Chypre [6]. En 2006, on relève en particulier un nombre de prescriptions plus faible en Allemagne, en Lettonie et surtout aux Pays-Bas où le nombre de prescriptions est près de trois fois inférieur à celui de la France. Nous avons à nous interroger sur ces différences, en notant que les risques des traitements antibiotiques sont bien établis.

À court terme, ces risques sont essentiellement la survenue possible d’effets indésirables digestifs, tels que diarrhées (10 % à 60 %, selon les populations étudiées et les molécules) [9-18], réactions allergiques (3,6 ‰ à 4,0 %) [19,20] parfois graves, telles que chocs anaphylactiques (1,5 à 4 pour 104) [10], voire décès (0,9 à 15 pour 106) [21].

À moyen terme, l’un des impacts écologiques d’une prescription massive d’antibiotiques est la sélection de souches bactériennes résistantes [22-26], la résistance étant globalement plus importante dans les pays les plus gros consommateurs d’antibiotiques [27]. Même si le volume des prescriptions n’est pas seul en cause, on s’accorde à reconnaître une corrélation entre le nombre de prescriptions des antibiotiques en général, et l’évolution des résistances bactériennes [25,26]. Ceci est clair pour l’évolution des résistances bactériennes à l’hôpital. Cette relation est établie dans les infections communautaires.

Plusieurs études montrent qu’une consommation régulée par l’éducation des praticiens et des patients entraîne une diminution du taux de ces résistances [28-31]. En France, suite notamment à la campagne nationale de sensibilisation, la proportion de souches de pneumocoques de sensibilité diminuée à la pénicilline a décru de 47 % à 34,5 % entre 2001 et 2005, la proportion de souches intermédiaires ou résistantes à l’érythromycine a diminué de 46 % à 39 % entre 2001 et 2005, après un pic en 2002 [32,33] et la proportion de souches hautement résistantes à la pénicilline chez des enfants atteints d’otite moyenne a significativement diminuée de 15,4 % à 6,7 % entre 2001 et 2004 [34].

À l’échelon individuel, outre l’augmentation du pourcentage de souches résistantes de la flore endogène, les antibiotiques peuvent également produire sur le plan écologique une diminution de l'effet barrière. Les antibiotiques, en altérant la composition de la flore normale, peuvent favoriser l’implantation de bactéries pathogènes et la survenue d’une infection [35-38].

Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé, Juillet 2011 7

Partager cet article

Repost 0
Published by Chronimed - dans Infections froides
commenter cet article

commentaires