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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 08:06
"Même pas peur !" Paris, le samedi 16 février 2013 – Georges Bernanos n’était pas physiologiste. Aussi pouvait-il écrire avec assurance : « On a peur, on s'imagine avoir peur. La peur est une fantasmagorie du démon ». En réalité, la peur n’est rien moins qu’un fantasme. La peur est un sentiment conditionné par notre cerveau, dont l’absence peut en outre nous mettre en grand danger. Ainsi, est la vie de celle qui est surnommée dans la littérature scientifique internationale « SM ». Son existence pourrait pourtant à première vue être considérée comme presque enviable. Cette femme américaine de 46 ans, dont le blog scientifique Passeur de sciences hébergé par le Monde nous raconte l’histoire cette semaine, souffre de la maladie d’Urbach-Wiethe. La forme de cette affection orpheline dont SM est atteinte est rarissime : elle présente des calcifications au niveau des amygdales cérébrales, or, ces dernières, décrit Pierre Barthélémy « repèrent parmi toutes les informations sensorielles qui nous parviennent, tout ce qui pourrait nous mettre en danger ». Privée du fonctionnement de ses amygdales, SM va dans le monde sans se soucier de la toxicité des serpents et des araignées, regarde des films d’horreur en gardant le sourire et se promène la nuit dans les parcs sombres de son quartier mal famé, même après avoir déjà subi une attaque plutôt violente. Les chercheurs qui se sont penchés sur SM, cités par Passeur de sciences, constatent : « Elle a de grandes difficultés à détecter les menaces imminentes dans son environnement et à apprendre à éviter les situations dangereuses, caractéristiques de son comportement qui, selon toute probabilité, ont contribué au fait qu’elle a souvent mis sa vie en péril ». La peur inévitable de l’asphyxie Mais n’y a-t-il vraiment aucune situation qui pourrait provoquer chez SM appréhension et rejet de la situation dangereuse ? Des chercheurs de l’université de l’Iowa ont fini par trouver la faille. Exposée à un mélange gazeux contenant 35 % de CO2, SM n’a pas du tout apprécié l’expérience. Haletante, présentant une accélération de son rythme cardiaque, elle a été prise d’une véritable « crise de panique » et a fini par vouloir « arracher le masque par le biais duquel elle respirait ». Bref, SM a eu peur. Les chercheurs ont ensuite observé des réactions similaires chez deux sœurs présentant également des calcifications des amygdales cérébrales liées à une maladie d’Urbach-Wiethe. Ces résultats, publiés au début du mois de février dans la revue Nature Neuroscience, offrent une nouvelle compréhension du mécanisme de la peur. Pour les scientifiques, leur expérience auprès de SM semble démontrer que nous traitons différemment les signaux « inquiétants ». D’une part les dangers venant de l’extérieur semblent filtrés par les amygdales. Mais, par ailleurs, quand le « stimulus est interne, comme en cas d’asphyxie », la peur emprunterait alors un autre chemin. « Un chemin qui reste à décrire » conclue Pierre Barthélémy. Aurélie Haroche http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/

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Published by Chronimed
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