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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 08:28
Il y a quelques mois avait été signalée sur ce site l’étonnante étude de K Garborg et coll., parue dans le Scandinavian Journal of infectious Diseases, qui préconisait une étrange façon de traiter les colites à Clostridium difficile : il s’agissait, ni plus ni moins, que d’implanter une nouvelle flore fécale au malade, toute fraîchement prélevée à un proche compatible. Beaux résultats, puisque la première instillation débouchait sur un succès dans les ¾ des cas, mais qui en a laissé sans doute plus d’un sceptique : est-il si facile de franchir la barrière psychologique du traitement pour en faire une méthode de routine ? La question reste posée, mais il semble bien que la technique intéresse de plus en plus de thérapeutes, puisqu’une équipe basée de l’autre côte de l’Atlantique propose aujourd’hui la première méta analyse sur le sujet… Mise au point, donc, des connaissances mondiales sur la bactériothérapie fécale (BF), grâce à l’analyse des publications en toutes langues repérées sur plusieurs banques de données à partir de critères d’inclusion très larges. E. Gough et coll, de l’Université Mc Gill, Montréal, Canada, ont ainsi pu récupérer 317 patients inclus dans 27 séries et rapports. Première constatation : la bactériothérapie fécale (BF) fonctionne, et même plutôt bien, avec un taux de succès de 92 % là ou les traitements conventionnels ont échoué (colites récidivantes/ rechutes). Dans le détail, on remarquera que des instillations par gastroscopie ou tubage naso jéjunal semblaient un peu moins performantes, qu’une administration unique serait suffisante dans plus de 90 % des cas ou qu’un donneur choisi parmi les proches serait plus efficace. Il existerait une possible relation dose efficacité dépendant du volume perfusé et de sa concentration en selles (à affiner), et si les guérisons étaient un peu plus fréquentes avec des préparations à l’eau qu’en solution saline, les taux de rechutes également (études insuffisantes, à préciser aussi). Enfin, et c’est là sans doute l’un des points clé de l’affaire, les décès attribués (3, d’une seule série) et survenues d’effets secondaires (non directement imputables) étaient rarissimes. On ne sait pas avec certitude comment la BF fonctionne, même si on peut penser que c’est par une réparation de la flore avec récupération de ses fonctions. La BF, quoi qu’il en soit, ne dispenserait pas des traitements classiques par antibiotiques : les données disponibles suggèrent de façon assez concordante que les résultats sont meilleurs quand le malade a pu bénéficier d’une antibiothérapie préalable, sans doute éradicatrice du Clostridium. Il reste certainement beaucoup à faire, et les procédures devront être précisées et améliorées avant que la technique ne puisse être plus largement proposée. Cette publication soulève malgré tout beaucoup d’espoirs, car tous les médecins (et encore plus leurs patients) savent bien aujourd’hui que les traitements classiques de la CPM par métronidazole ou vancomycine sont tout sauf satisfaisants… Dr Jack Breuil Gough E et coll. : Systemic review of intestinal microbiota transplantation (fecal bacteriotherapy) for recurrent Clostridium difficile infection. Clin Infect Dis., 2011; 53: 994-1001

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Published by Chronimed - dans Infections froides
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