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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 06:45
La culture d’organismes génétiquement modifiés (OGM) est très restreinte en Europe : deux légumes de ce type sont en effet autorisés, le maïs MON810 et la pomme de terre Amflora. Par ailleurs, plusieurs pays (dont la France) appliquent une « clause de sauvegarde » visant à empêcher la production de ces deux OGM sur leur territoire, dont la France. Au nom du principe de précaution, l’Europe et en son sein plus particulièrement la France, tendent en effet le plus possible à écarter les OGM de nos assiettes. Une opinion publique très hostile Il faut dire que beaucoup, au sein de la classe politique, mais également parmi les scientifiques, ont conforté les inquiétudes de l’opinion publique, déjà encline à refuser « naturellement » ce type de « progrès », l’incitant plus que jamais à rejeter les OGM. Le professeur de biologie moléculaire et chercheur à l’Institut de biologie fondamentale et appliquée de l’université de Caen, Gilles-Eric Séralini compte parmi ceux-là. Depuis de nombreuses années, à travers notamment la création du Comité de recherche et d’informations indépendantes sur le génie génétique (Crii-gen) il multiplie en effet les travaux allant dans le sens d'une toxicité des OGM. Des doses comparables à ce que mangent les Américains Après une étude très commentée ayant consisté à reprendre les résultats obtenus par la firme Monsanto concernant son maïs transgénique MON 863 afin de mettre en évidence de nombreux éléments inquiétants non pris en compte par le semencier, Gilles-Eric Séralini et son équipe sont à l’origine d’un nouveau coup d’éclat avec la publication de l’étude In vivo. Ces travaux ont porté sur 200 rats divisés en sous-groupe de dix individus étudiés pendant 24 mois (la durée moyenne de vie de l’animal). Les premiers groupes de rongeurs ont été soumis à un régime alimentaire contenant 11 %, 22 % ou 33 % de maïs transgénique NK603 commercialisé par la firme Monsanto, dont la particularité est d’être résistant au Rondup. Le maïs transgénique utilisé avait été traité ou non par le célèbre herbicide. Par ailleurs, trois autres groupes de rongeurs ont été abreuvés par une eau contaminée par l’herbicide. Enfin, l’évolution de ces rats a été comparée à des groupes témoins. Concernant le nombre d’animaux choisis et les doses retenues, l’équipe de Gilles-Eric Séralini explique dans le Nouvel Observateur qui a rendu l’étude publique hier : « Les dosages de maïs OGM sont comparables à ce que mangent en une vie les populations du continent américain. (…) Nous exposons trois groupes de rats à trois dosages de Roundup différents. La dose la moins forte correspond celle qu’on peut retrouver dans l’eau du robinet en Bretagne pendant la période d’épandage. La dose moyenne correspond à la dose résiduelle dans les aliments considérée comme acceptable pour l’homme aux Etats-Unis. La dose la plus forte enfin, correspond à ce qu’un agriculteur peut absorber quand il fait un épandage sans précaution. Nous sommes dans des situations qui correspondent vraiment à la réalité environnementale et aux risques émergents ». Par ailleurs sur le site du Crii-gen, son équipe note : "Nous avons étudiés 200 rats, 10 rats / groupe" ce qui est conforme aux recommandations de l'OCDE. Hécatombe Il est difficile de résumer en quelques lignes les résultats obtenus par l’équipe du professeur Séralini publiés dans la revue Food and Chemical Toxicology (et notamment d’apprécier la toxicité comparée de chaque régime et de distinguer effets du Roundup et des OGM). Nous ne retiendrons donc que les principales déclarations du scientifique. Dans le communiqué de presse paru sur le site du Crii-gen, on apprend ainsi que : « Les résultats révèlent des mortalités plus rapides et plus fortes au cours de la consommation de chacun des deux produits, avec des effets hormonaux non linéaires et reliés au sexe. Les femelles développent des tumeurs mammaires importantes et en grand nombre et des perturbations hypophysaires et rénales, et les mâles présentent des atteintes hépato-rénales chroniques sévères ». Dans l’interview qu’il a accordée au Nouvel Observateur, le professeur Séralini précise par ailleurs : « Le premier rat mâle nourri aux OGM meurt un an avant le premier témoin. La première femelle huit mois avant. Au 17ème mois, on observe cinq fois plus de mâles nourris avec 11 % de maïs OGM, morts ». Il ajoute encore : « A la dose la plus faible de Rondup (…) on observe 2,5 fois plus de tumeurs mamaires ». Plus globalement, le Nouvel Observateur résume : « Au début du vingt-quatrième mois, c’est-à-dire à la fin de leur vie, de 50 % à 80 % des femelles nourries aux OGM sont touchées, contre seulement 30 % chez les non-OGM. Et surtout, les tumeurs surviennent nettement plus vite chez les rats OGM : vingt mois plus tôt chez les mâles, trois mois plus tôt chez les femelles ». Enfin, dernier chiffre ayant retenu notre attention, dans le dossier de presse du Crii-gen, l’équipe signale une importante perturbation des paramètres rénaux. « Nous avons 48 % de paramètres rénaux parmi tous les paramètres mesurés, or 76 % des perturbés sont des marqueurs d’activité rénale ! ». Bref, une « hécatombe » (selon le terme employé par de nombreux médias) d’autant plus inquiétante que certaines de ces conclusions pourraient être « transposables » à l’homme. Biais ? L’ensemble de ces résultats ne manque donc pas d’apparaître très inquiétant. Cependant de nombreux éléments d’appréciation font défaut, comme le remarque cité dans le Figaro le toxicologue Gérard Pascal. « Il manque des données chiffrées sur les tumeurs et les analyses biochimiques, mais aussi sur le régime alimentaire et l’historique de la souche de rats utilisée ». Par ailleurs, le dossier publié sur le site du Crii-gen laisse lui-même apparaître que certains résultats ne sont pas aussi alarmants. Ainsi, concernant la mortalité liée au Roundup, la réponse suivante est formulée : « Les mâles traités ont été plus malades que les contrôles en tout cas, même si dans un cas sur six traitements (trois chez les mâles et trois chez les femelles), il n’y a pas de surmortalité pour aucune dose avant l’espérance de vie moyenne ». Enfin, des interrogations pourront porter sur l’indépendance de l’équipe. Bien sûr à la différence de très nombreuses études menées sur les OGM, le spectre d’un financement par les semenciers est de toute évidence écarté. Mais comment ne pas s’interroger sur l’influence du parti pris affiché clairement et de tout temps par le professeur Séralini ? Ping Pong En tout état de cause, il est certain que cette étude a d’une part le mérite d’exister et d’autre part celui d'être vécue comme un électrochoc par la classe politique. Il a ainsi été répété à l’envi qu’il s’agissait de l’étude la plus longue et la plus complète jamais réalisée sur le sujet. Elle est de fait certainement plus large que les évaluations de toxicité auxquelles doivent se soumettre les semenciers pour espérer faire sauter le verrou européen. Le gouvernement en a d’ailleurs rapidement pris conscience qui a immédiatement demandé une nouvelle analyse des résultats publiés et affirmé qu’ils pourraient, s’ils étaient confirmés, motiver un durcissement des conditions d’autorisation des OGM au sein de l’Europe. Cette réaction très rapide est sans doute en grande partie liée à l’ampleur de l’opération médiatique savamment orchestrée par le Crii-gen et le Nouvel Observateur. C’est notamment à l’hebdomadaire que l’on doit la comparaison mille fois répétée ces dernières heures de la taille des tumeurs avec des balles de ping-pong. Jusqu’au prochain rebondissement. A Laroche 20/09/2012

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Published by Chronimed - dans Concept
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