Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 12:59
L’année 2012 restera celle durant laquelle l’hégémonie (prétendue ou réelle) de la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme en France aura vacillé, pour le plus grand contentement de nombreuses associations et familles de patients. Cependant, la méthode souvent décrite comme quasiment miraculeuse par ces dernières, en opposition à "l’inefficace psychanalyse", dite A.B.A a-t-elle réellement plus de vertus ? Et surtout que cache ces trois lettres ? Spécialiste des troubles envahissant du développement à Montréal, loin des polémiques franco-françaises, le professeur Laurent Mottron revient sur les effets réels (et très modérés) de l’intervention précoce ABA et de ce qu’elle recouvre. Un petit rappel qui souligne si besoin en était l’importance face à l’autisme d’éviter de croire en une thérapie miraculeuse au détriment d’une approche plus diversifiée prenant en compte tout le parcours du patient autiste et non pas seulement sa prime enfance. La polarisation du débat français récent sur l’autisme pourrait suggérer aux parents d’un enfant récemment diagnostiqué que leurs seules options concernant l’éducation de leur enfant sont, ou bien de se laisser guider par la psychanalyse, ou d’investir massivement dans l’ABA. La psychanalyse n’a en réalité à proposer qu’elle-même; ses concepts et sa pratique n’ont en rien fait progresser la compréhension ou l’adaptation de l’autisme. A l’opposé, l’intervention précoce ABA (méthode Lovaas et ses dérivés) appliquée à l’âge préscolaire se présente comme "scientifically proven". Les lacunes de l'ABA Pourtant, a) les résultats obtenus sur le QI et l’adaptation aux activités de la vie quotidienne (AVQ) sont ou nuls, ou non démontrés correctement ; b) la relation entre la précocité et/ou l’intensité de l’intervention ABA et les résultats obtenus n’est actuellement pas prouvée ; c) cette technique fixe des cibles d’intervention non justifiées : un accroissement de l’adaptation aux activités de la vie quotidienne; d) elle n’a aucun effet établi à long terme; e) les évolutions contrastées des enfants autistes, par exemple vis-à-vis du langage oral, ne peuvent être mise en relation avec l’application ou non de ces techniques ; f) son coût, financier pour le système de santé ou la famille, et humain pour l’enfant et sa famille, est prohibitif ; g) elle n’utilise pas les canaux d’information dans lesquels les autistes montrent des capacités au moins normales. Ces lacunes n’empêchent pas les pays occidentaux d’y engloutir l’essentiel de leurs fonds consacrés à l’autisme, au détriment de l’éducation à l’âge scolaire, de la mise en place de supports professionnels et résidentiels pour les adultes, et de la gestion des crises à tout âge. Le flou sur le programme de Denver L’ABA est confondu dans les débats français avec un ensemble de pratiques connues sous le nom de programme de Denver, seul à rapporter dans une publication relativement sérieuse une progression des acquis adaptatifs à court terme, mais substantiels. Doit-on le recommander pour autant, et constitue-t-il une alternative à l’ABA ? Cette publication contient de nombreuses bévues méthodologiques : entre autres, le groupe traité reçoit deux fois plus de temps d’intervention que le groupe témoin. Cette erreur nous apprend au moins que "plus" de quelque chose peut avoir un effet bénéfique. Mais plus de quoi ? Le programme de Denver comprend une vingtaine d’heures/semaine d’activités composites, protocolisées de façon rigide, dont une grande partie est constituée de jeux dirigés avec l’enfant, et une partie d’ABA, interdisant donc de déterminer à quel composant de ce programme en attribuer les effets. Si le législateur favorisait dans l’avenir de manière indistincte le programme Denver, la plus grande partie des fonds serait absorbée par des programmes non pertinents, ou qui peuvent tout à fait être effectuée par les parents. Quelques conseils aux législateurs En outre, de nombreuses autres techniques dont la majorité peut être également mise en œuvre par les parents, et donc à des coûts bien moindres, sont associées à des progrès (généralement faibles) du même type concernant le langage et la qualité de la relation avec autrui. Ces techniques de guidance parentale consistent à expliquer aux parents comment communiquer au quotidien avec l’enfant et comprennent un modelage par des professionnels du travail avec l’enfant. Les favoriser serait, actuellement, la voie de la sagesse éthique et économique. D’où quelques recommandations au législateur : a) ne confiez pas l’ensemble de l’aide aux autistes à un groupe de pression ou de professionnels particulier ; b) répartissez également l’argent sur toutes les tranches d’âge, et ne favorisez pas l’intervention précoce au détriment de l’aide à la scolarisation ; c) oubliez le débat ABA vs. psychanalyse au profit d’aspects législatifs généraux (obligation de scolarisation intégrée pour les enfants autistes, d’expliciter les objectifs des techniques éducatives et thérapeutiques, de rendre des comptes individuellement sur les gains obtenus, de création d’emplois réservés et supportés); d) financez la recherche sur l’autisme en équilibrant aspects fondamentaux et d’intervention ; e) consultez les autistes adultes sur les décisions que vous prendrez sur les enfants autistes ; f) ne by-passez jamais les comités de pairs dans la promotion d’une technique sous l’influence des groupes de pression. Professeur Laurent Mottron, Laboratoire de neurosciences cognitives des troubles envahissant du développement, Université de Montréal Publié le 14/07/2012

Partager cet article

Repost 0
Published by Chronimed - dans Infections froides
commenter cet article

commentaires