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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 09:38
Washington, le vendredi 22 juin 2012 – L’annonce avait provoqué un coup de tonnerre tant dans le monde de la recherche qu’au sein des comités éditoriaux des plus grandes revues scientifiques. En septembre 2011, Ron Fouchier directeur de recherche à Rotterdam (Erasmus MC) révèle être parvenu à modifier génétiquement un virus H5N1, lui conférant la capacité de se transmettre facilement d’homme à homme. Tant cette information que la volonté de Ron Fouchier de voir ses travaux publiés dans Nature ou Science ont rapidement déclenché une importante controverse. Celle-ci a notamment été nourrie par la recommandation du National Science Advisory Board for Biosecurity (NSABB) des Etats-Unis de ne pas publier in extenso les résultats de l’équipe de Ron Fouchier, en raison du risque potentiel de voir les conclusions de cet essai scientifique utilisées à des fins de terrorisme. Un moratoire concluant Si ce veto a été âprement critiqué par les chercheurs, ces derniers ont cependant unanimement convenu de la nécessité d’un travail pédagogique en profondeur tant auprès de la communauté scientifique que du grand public afin de démontrer la légitimité et le caractère sécurisé de leurs travaux. Aussi, un moratoire (toujours en cours), a-t-il été décidé par l’ensemble des équipes scientifiques travaillant aujourd’hui sur le virus H5N1. Cette suspension a permis aux experts d’entamer une réflexion plus sereine sur la question de la publication qui a abouti à une prise de position plutôt inattendue de la part de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui s’est prononcée en faveur d’une présentation in extenso des travaux de Ron Fouchier et de ceux semblables d’une équipe américaine conduite par Yoshihiro Kawaoka. Au lendemain de cette annonce, le NSABB a lui-même amendé sa position et s’est finalement rangé derrière l’avis de ceux recommandant, pour favoriser l’avancée de la science, la publication des essais controversés. Accès libre Ainsi, un peu plus d’un mois après la parution dans la revue Nature des conclusions de Yoshihiro Kawaoka sont aujourd’hui présentées dans Science les expériences de l’équipe de Ron Fouchier. A l’instar de Yoshihiro Kawaoka, le chercheur néerlandais a tenu à préciser dans un communiqué que l’étude proposée par Science ne comportait aucun « retrait » par rapport aux données originales. Loin d’avoir imposé aux scientifiques de dissimuler certains aspects de leur recherche, Science a de fait, au contraire, choisi de rendre accessible au plus grand nombre l’étude si controversée. Ainsi, le texte est-il en accès libre sur son site tandis que Ron Fouchier s’est astreint dans la rédaction de son texte à un effort de clarté et d’explication. Ainsi, insiste-t-il notamment longuement sur l’objectif de ses recherches et sur les bénéfices qui pourraient en être tirés en terme de santé publique. Des aspects habituellement peu abordés dans les pages de Science. Le pire est-il à venir ? Par ailleurs, l’étude originale est accompagnée de travaux statistiques visant à modéliser le risque de voir se déclarer une pandémie provoquée par un virus H5N1 modifié de la même manière que celui qui fut créé au laboratoire. Ron Fouchier et Yoshihiro Kawaoka qui cosignent l’article semblent conclure que pareilles prévisions sont difficiles à établir. Au titre des éléments rassurants : on observera que contrairement à ce qui a été parfois avancé, la virulence de ce supervirus H5N1 « fabriqué » en laboratoire n’est pas accrue par rapport au H5N1 classique. Mais au titre des faits moins rassurants, les deux chercheurs rappellent que certaines des mutations qu’ils ont utilisées ont déjà été identifiées dans des virus H5N1 et que les autres pouvaient facilement se développer chez un hôte unique. « Nos données suggèrent qu’il ne faut pas prendre à la légère les plans d’éradication du H5N1. Nous devons stopper les épidémies dans les élevages de volailles avec un plus grand sens de l’urgence », insistent-ils. Enfin, cette publication qui fera date est accompagnée de plusieurs éditoriaux, signés entre autre du rédacteur en chef de Science et du directeur de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses, Anthony Fauci qui reviennent sur les controverses ayant précédé la parution des travaux de Ron Fouchier. Aurélie Haroche

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Published by Chronimed - dans Concept
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