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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 07:26
Etre médecin c’est souvent être confronté à des dilemmes dignes de Pierre Corneille. Faut-il demeurer absolument fidèle aux méthodes pour l’heure le plus solidement évaluées, surtout lorsqu’on connaît les conséquences potentiellement néfastes des autres voies ou accepter de transiger pour répondre à l’imperfection inhérente de toute vie humaine ? Telle est la question presque tragique qui semble se poser lorsqu’on s’interroge sur la prophylaxie pré exposition (Prep) du VIH. Doit-on en l’état actuel de la science rejeter un traitement qui risque de favoriser les pratiques à risque ou au contraire préférer de recommander une telle stratégie préventive à ceux dont on sait que très probablement ils failliront de toute manière aux règles classiques de protection par le préservatif ? Perplexité Le débat aujourd’hui n’est nullement tranché chez les professionnels de santé comme le démontrent les résultats du sondage réalisé sur notre site du 16 mai au 7 juin qui révèlent une égalité parfaite (47 %) entre la proportion de professionnels favorables à l’autorisation d’un traitement médicamenteux préventif de l’infection à VIH et celle de praticiens opposés aujourd’hui à une telle idée. La perplexité avec laquelle les médecins, pharmaciens et infirmiers français analyse ce sujet s’observe également dans l’importante part de répondeurs ayant indiqué ne pas pouvoir se prononcer (7 %). Ainsi, il apparaît que les études d’évaluation de la Prep publiées à ce jour n’ont pas permis d’emporter majoritairement la conviction des professionnels sur la pertinence (ou à l’inutilité) d’une telle stratégie. Soit parce qu’elles n’interrogent pas suffisamment la question des effets secondaires (individuels ou collectifs [résistance]), soit parce qu’elles ne permettent pas de rendre compte des conséquences de l’autorisation de traitements préventifs sur les pratiques adoptées dans l’ensemble de la population, ou soit parce qu’elles ne mettent pas en évidence de protection absolue à l’instar du préservatif. Des avis pas si tranchés Si les essais réalisés jusqu’alors n’ont pas contribué à influencer significativement l’opinion d’une majorité de professionnels (dans un sens ou dans l’autre), les recommandations des sociétés savantes et des autorités sanitaires pourraient ne pas leur offrir non plus de base solide pour asseoir leur jugement. En effet, si l’on a assisté ces dernières semaines à plusieurs prises de position en faveur de l’autorisation de la Prep, les précautions et les polémiques qui ont entouré la publication de ces avis altèrent un peu leur force de conviction. Ainsi, l’avis début mai d’un comité d’expert proche de la Food and Drug Administration (FDA) appelant à l’autorisation à titre préventif du Truvada (Ténofovir + FTC) a été précédé aux Etats-Unis d’un vaste débat au sein même des personnalités scientifiques auditionnées par ce groupe d’experts. Par ailleurs, aujourd’hui la FDA pourrait repousser sa décision définitive au mois de septembre, alors qu’elle était initialement prévue pour le 15 juin, signe que le sujet continue d’alimenter les interrogations. Traitement préventif avant l’heure : à quoi s’exposeraient les médecins ? En France, le groupe chargé des recommandations pour la prise en charge des personnes séropositives et le Conseil national du Sida (CNS) ont tous deux également récemment émis des recommandations positives sur la Prep. Cependant, de son côté, la Direction générale de la Santé (DGS) a tenu à rappeler fermement que la Prep n’est aujourd’hui pas un outil de prévention recommandé et qu’une prescription d’ARV doit se faire dans le cadre strict de l’autorisation de mise sur le marché (AMM). Un message assez clair pour dissuader les médecins français de s’orienter vers une stratégie pas encore officialisée en France. Ipergay, fini avant de commencer ? Néanmoins, les récentes prises de position de la FDA et du CNS pourraient avoir au moins un effet immédiat en France : sur la réalisation de l’étude IPERGAY lancée en France en janvier et destinée à évaluer contre placebo chez des homosexuels français non en couple l’efficacité d’une stratégie de prévention basée sur l’administration ponctuelle de Truvada. La semaine dernière le président de l’Agence nationale de recherche contre le Sida (ANRS), Jean-François Delfraissy a en effet lancé une consultation auprès des trois comités impliqués dans l’essai afin qu’ils répondent à une question sans appel : « L’étude pilote ANRS-IPERGAY (…) doit-elle se poursuivre ? ». En cause notamment la pertinence de la stratégie de l’essai incluant un bras placebo au vu de la prise de position des experts de la FDA. Mais en filigrane se pose également la question de la faisabilité de l’étude alors que seuls 65 participants ont pu être recrutés à ce jour (contre 200 prévus pour la phase initiale), en raison notamment des interrogations nourries par certaines associations d’homosexuels ou de lutte contre le Sida face à cet essai. Aurélie Haroche 11/06/2012

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Published by Chronimed - dans Infections froides
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