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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 08:06
« Traitez les êtres comme s’ils étaient ce qu’ils devraient être et vous les aiderez à devenir ce qu’ils peuvent être. » (Goethe) Lors des Jeux Olympiques de Pékin, en 2008, le nageur américain Michael Phelps devient le recordman du nombre de médailles d’or : 8, durant une seule session de JO ! Il explique comment sa mère l’aurait dirigé, très jeune, vers la natation dans un but initialement « sédatif » : affublé en effet d’un diagnostic précoce de « trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité », Michael Phelps commence à pratiquer la natation dès l’âge de sept ans, pour suivre ses sœurs et surtout pour « essayer de canaliser son excès d’énergie ; il éclot rapidement dans ce sport et à 10 ans, il y détient un record national dans sa catégorie ». Or ce syndrome ‘‘ADHD’’ (attention deficit hyperactivity disorder, trouble de l’attention avec hyperactivité, appellation rendue en français par ‘‘TDAH’’, trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité) correspond-il, malgré une telle vertu « olympique », à une réalité ou à un mythe de la nosographie ? Car si les diagnostics psychiatriques sont souvent contestés, même entre pairs (rappelons ainsi les divergences fréquentes entre experts mandatés dans des affaires médico-légales), rares sont les sujets suscitant des positions aussi tranchantes. Pour ses adversaires, le TDAH serait carrément une « invention de laboratoires pharmaceutiques » ayant « fabriqué une nouvelle maladie » ad hoc pour étendre le marché d’un médicament réservé auparavant à la seule médecine vétérinaire, un calmant pour les chiens agités ! Pour ses partisans, il s’agirait au contraire d’une véritable affection, en grande partie responsable du naufrage scolaire observé chez certains élèves « décrocheurs. » Et à l’heure où l’excellence dès la maternelle semble un gage présumé de réussite future, dans un monde de plus en plus compétitif (tel l’« univers impitoyable » du feuilleton télévisé Dallas), on comprend que certains parents s’empressent de « médicaliser » l’échec scolaire de leur enfant (annonciateur de déboires financiers), au mépris du « droit à la différence ». Comme le médicament utilisé pour calmer est (contre toute attente) un produit psycho-stimulant, ce contre-emploi apparent contribue aussi à nourrir la controverse éthique et médicale sur la réalité nosographique de l’hyperactivité et sur l’intérêt de donner des médicaments psychotropes dès l’enfance : pourquoi prescrire un stimulant dans cette indication a priori paradoxale ? Une visée sédative ? Les partisans de ce traitement le justifient par son action ciblée sur le déficit de l’attention (le trouble primaire), cette restauration prioritaire de l’attention (psycho-stimulation) apaisant par ricochet le trouble secondaire (l’hyperactivité). Mais notre société a-t-elle le droit d’imposer (si besoin par une prescription médicamenteuse) une « norme » supposée de l’attention ? Jacques Prévert et Joseph Kosma pourraient-ils encore offrir aujourd’hui aux Frères Jacques et à Yves Montand leur poétique Page d’écriture, cette ode apologétique et onirique à l’inattention ? « L’oiseau-lyre joue et l’enfant chante et le professeur crie : ‘‘Quand vous aurez fini de faire le pitre !’’ Mais tous les autres enfants écoutent la musique et les murs de la classe s’écoulent tranquillement. Et les vitres redeviennent sable, l’encre redevient eau, les pupitres redeviennent arbres, la craie redevient falaise, le porte-plume redevient oiseau… » Dr Alain Cohen (psychiatre, Paris) Publié le 06/04/2012

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Published by Chronimed - dans Concept
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commentaires

Julie.D 31/05/2012 15:31

Bonjour,
Suite à la lecture de cet article je souhaiterai contacter le Dr Cohen, est il possible de connaitre son lieu d'exercice?
En vous remerciant,
Julie D, étudiante en pharmacie