Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 07:36
Les psychiatres sont aujourd’hui à même de fonder une nouvelle clinique psychiatrique en tenant compte de cette grave mise en cause C’est L’APPEL DE BRUMATH (1 : la souffrance des familles) dans l’attente de ce proche mois de mai qui va rétablir une démocratie bafouée par la loi du 5-7-2011 instituant l’enfermement et l’obligation des soins pour les personnes présentant des troubles psychiques, ainsi traités comme des êtres inférieurs. (appel signé par divers acteurs de la psychiatrie réunis à Brumath le 29 mars 2012) Le fait est là, violent. Les familles de ces patients souffrent. Cette souffrance est lourde, indicible. L’annonce de ce trouble grave, psychose, autisme, entraine dans la famille concernée, un séisme prenant l’allure d’une « guerre civile », des accusations, inattendues déferlent entre les membres d’une même famille, la mettent en miettes. Soyons attentifs aux familles, à la confrontation à cette maladie de l’un des leurs, nous percevons que très vite la réaction la plus vive survient, mais celle-ci silencieuse, non exprimée directement : elle est faite d’« un sentiment de culpabilité inconscient» envers leur enfant. Certes chacun d’entre nous vit un tel sentiment lors de la perte d’un être cher, lors de la destruction d’un idéal auquel nous tenons. Mais cette auto accusation ici est plus sévère, car la mère, le père se sentent profondément atteints, mis en cause, ils constatent qu’ils n’ont pas su jouer le rôle que chaque parent assume comme étant son objectif essentiel. Ils n’ont pas su protéger de la maladie leur enfant devenu adulte. Certes nous avons aussi cette réaction à chaque fois qu’une maladie, une blessure, atteint notre enfant. Mais ici le trouble dont il s’agit est celui qui bouleverse le plus parce qu’il est le plus stigmatisé par la société. Récemment encore lors de ce drame de Toulouse nous avons été terrifiés de voir que la plupart des candidats au poste suprême ont dénoncé en premier lieu, avant tout autre, l’acte d’un fou, d’un dément ! D’autre part la survenue d’un trouble psychique grave évoque pour les parents un trouble de l’intelligence, de l’affect, deux qualités majeures, espérées chez leur enfant et qui devaient en faire l’être qui prolongerait leur vie dans une réussite sociale et humaine. Brutalement ils assistent à la faillite de cet idéal qui leur tenait le plus à cœur, « leur raison de vivre ». Seulement cette souffrance est plus grande encore ici, car ils sont confrontés à un deuil, mais ce deuil leur est impossible. Ils ont à faire le deuil d’un idéal portant sur leur enfant et en même temps ils ne peuvent faire le deuil de leur enfant. Il n’est pas mort. En plus ils perçoivent vite qu’il leur est demandé d’être assez forts pour imaginer tout ce qui pourra sauver cet enfant, il faut qu’ils fassent mieux que ce qu’ils ont déjà fait pour lui. C’est hors de leur portée. Ils vont donc accumuler les reproches qu’ils se font, leur sentiment de culpabilité en sera d’autant plus profond, plus violent. Ce sentiment s’accompagne aussitôt d’angoisse, l’ensemble se traduit par de l’agressivité soit vers eux-mêmes, soit vers les autres. On s’explique mieux la complexité du chemin qu’ils ont à parcourir avant de rencontrer des soignants de psychiatrie, culpabilité et peur de la folie les en écartent. Cette attente peut durer des années voir plus de dix ans, redoublant souffrance et culpabilité ! Tout ne se termine pas avec le début des soins ; au contraire un piège dont personne n’est responsable est tendu à la famille comme à l’équipe soignante, dès le début des soins, celui de la rivalité ; en effet dès qu’une famille confie son enfant si peu compréhensible à des soignants, elle va le sentir changer. Comment la famille ne pourrait être jalouse de voir d’autres personnes qu’elles obtenir de leur enfant un autre comportement, plus ouvert, plus présent ? Comment les soignants pourraient-ils s’empêcher d’être jaloux à leur tour de parents qui disent connaître mieux leur enfant qu’eux ? S’installe là un sentiment de rivalité inconscient chez les soignants redoublant aussi un sentiment de culpabilité inconscient chez eux devant les lenteurs des effets de leurs traitements institutionnels, les échecs plus ou moins passagers de leurs efforts. Mais face à cette rivalité une inégalité s’installe ; alors que les familles ne sont pas conscientes de ces différents sentiments, en souffrent et restent seules et sans recours, les soignants ayant perçu qu’ils ne savent prendre la bonne distance avec les patients déploient entre eux de nombreux outils pour trouver la bonne attitude : réunions diverses, supervisions, psychothérapie institutionnelle, qui les aident, mais laissent la famille seule face à leur souffrance, persuadés qu’ils n’ont pas à s’occuper d’elle puisqu’elle n’est pas malade. Cette souffrance des soignants qui s’installe mérite d’être reçue, si elle n’est pas reconnue, écoutée, elle va s’opposer au traitement des patients. Cela renforce le contraste avec les familles dont la souffrance n’est pas écoutée et amène à nous interroger sur l’hostilité des soignants. Cette hostilité n’est pas nouvelle, elle existe depuis le début de la psychiatrie et de ses asiles en 1838. La séparation du malade de sa famille a été érigée en dogme tant par crainte de contagion que parce que la famille était reconnue comme responsable, ce dogme n’a pas encore été totalement récusé. La psychiatrie moderne d’après guerre n’a pas donné de place à la famille : la psychiatrie institutionnelle ne s’est pas intéressée à la famille, certains psychanalystes l’ont même violemment caricaturée, la thérapie familiale par son titre même a fait croire qu’il fallait traiter la famille ce qui signifiait que la famille était malade et responsable des troubles de leurs enfants. Même la révolution amenée par la psychiatrie de secteur à partir de 1960, tout en invitant à intégrer l’environnement social du patient, a, dans sa majorité, négligé la famille. Au total à cette révolution, qui a fait faire un pas considérable à la psychiatrie en 60 ans, la famille n’a pas été invitée ! La solidarité sociale tant attendue dans le projet de secteur par Lucien Bonnafé et vécue dans la Résistance n’incluait pas la famille. Simultanément dès 1962 des familles ont puisé dans cette souffrance le courage pour dépasser leur honte face à une société hostile à la folie et se rassembler dans un mouvement national l’UNAFAM, demandant une psychiatrie différente de celle de l’asile. Puis, jusqu’à aujourd’hui, elles témoignent régulièrement que la majorité des soignants (en fait surtout les psychiatres, car les infirmiers se sont toujours montrés disponibles et attentifs) refusent de les voir sous le prétexte de manque de temps, et de ne pas vouloir rompre leur loyauté envers le malade ; parler aux familles étant à leurs yeux donner raison à celles-ci dans le conflit les opposant à leur malade (en fait un tel conflit existe toujours et n’est pas la cause du trouble, il est le compagnon de la maturation). Et même, si le climat général a quelque peu changé ces dernières années sous l’influence de la loi 2005 sur le handicap (loi apportant la compensation sociale dont les patients ont besoin à côté des soins, et invitant la continuité entre soins et action sociale) sous la pression des familles UNAFAM et des usagers FNAPSY, malgré cela dans la majorité des équipes le refus de recevoir les familles, ou le moins possible, a persisté. Alors soyons incisifs et demandons si, jusqu’à preuve du contraire, l’attitude indifférente des équipes de soin envers la souffrance des familles ne correspond pas à « un sentiment inconscient d’accusation » envers les familles ? (Pourquoi ne pas s’exprimer ainsi !). Il serait temps que les soignants s’interrogent. Les psychiatres se défendent de porter toute accusation envers les familles ? Peut-être est-ce vrai pour beaucoup, mais dans la mesure où ils ne font rien pour aider les familles à dépasser leur sentiment de culpabilité inconscient, ne pouvons-nous conclure qu’ils soutiennent cette accusation par leur silence ? En fait soyons attentifs ce propos ne reflète pas ‘toute’ la réalité ! Si ce constat peut être fait pour une grande partie de la psychiatrie dite générale (pour les adultes) c’est faux pour un quart de la psychiatrie, celle qui s’adresse aux enfants et aux adolescents. Dès le début cette psychiatrie qui en 1972 n’existait pas s’est bâtie sur le tissu naturel de la ville, du quartier, du village, et a abouti en dix ans à la création hors hôpital de 320 équipes (une pour deux ou trois des 837 secteurs adultes) ; sur toute la France une pratique s’est développée à partir du constat qu’il était impossible de soigner un enfant sans apporter à ses parents les éléments leur permettant de comprendre et d’accepter qu’un changement psychique était en cours chez leur enfant et qu’il était essentiel que leur propre attitude change envers eux ; entendant que ce changement s’opérait sous l’effet de traitements multiples associés (psychothérapie, institutionnel, chimie, éducation, pédagogie), où la psychothérapie jouait le rôle clé (inspirée surtout par la psychanalyse), donnant accès à une ‘mutation psychique’ chez leur enfant. Cette évolution due au traitement, associé au suivi des parents, a été possible grâce à la créativité et l’énergie de quelques psychiatres fondateurs Lebovici, Diatkine, Soulé, Lang, …et le rôle de coordonnateur de l’enseignement joué par Misès et d’autres, … diffusant cette nécessité de construire les soins sur ces liaisons avec les familles ainsi rétablies dans leur rôle fondamental de ‘parents’, et en lien avec les autres institutions civiles, école, pédiatrie, PMI, justice. A l’inverse les équipes de psychiatrie adulte étant engagées dans tout autre défi redoutable, celui de rendre humain les espaces asilaires, ont été, la plupart du temps, dévorées par l’énergie dépensée dans la lutte contre la persistance de l’hospitalisation sous contrainte ; non seulement elles ont été indifférentes aux familles, mais elles les ont jugées inopportunes dans les espaces hospitaliers, ce qui était facilité par le dogme évoqué de la séparation, non remis en cause. Certes beaucoup, mais de façon variable, en fonction de la qualité de leurs directeurs à même ou non de soutenir la dimension humaniste de la psychiatrie de secteur, ont développé parallèlement des soins variés dans la Cité, mais en restant enfermés dans leur rôle de psychiatres institutionnels et sans s’engager frontalement dans un échange constant avec la famille, c’est à dire sans s’interroger sur la qualité de liaison qu’il s’agit d’établir concrètement avec le reste de la société, et d’abord avec la famille. C’est la qualité de cette liaison avec la famille qui ouvre le dialogue avec la société. La psychiatrie peut alors se développer totalement en dehors des grands espaces hospitaliers, même les lits, et située ainsi, être à portée de voix des familles, autour du patient, tout en sachant qu’aucun patient ne peut aller vers la guérison si quelqu’un cherche à substituer son désir au sien que ce soit sa famille, son soignant ou un tiers. L’APPEL DE BRUMATH serait ce réveil appelant à fonder une nouvelle clinique psychiatrique donnant une vraie place aux familles, mais une place discrète, gardant la priorité au patient. « La psychiatrie, jamais sans la famille, mais avec discrétion. » La psychiatrie peut-elle avancer aujourd’hui si au préalable, elle ne convoque les raisons qui ont construit la stigmatisation de la folie, de la psychiatrie ? … (la famille, ce groupe d’origine, puis d’adoption, qui entoure la personne, et où chacun a son statut, mère, père, conjoint, sœur, oncle, grand-mère…) L’APPEL DE BRUMATH serait ce réveil appelant à fonder une nouvelle clinique psychiatrique donnant une vraie place aux familles, mais une place discrète, gardant la priorité au patient. « La psychiatrie, jamais sans la famille, mais avec discrétion. » La psychiatrie peut-elle avancer aujourd’hui si au préalable, elle ne convoque les raisons qui ont construit la stigmatisation de la folie, de la psychiatrie ? Demain Appel de Brumath (2 : réponse des soignants du secteur) Edmond Perrier, Sarah Sananès, Philippe Amarilli, Yves Carraz, Guy Baillon, psychiatres, Alain Castera cadre sup de santé Signer auprès de « edmond.perrier@ch-epsan.fr »

Partager cet article

Repost 0
Published by Chronimed - dans Concept
commenter cet article

commentaires