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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 07:18
Environ 20 % des fièvres chez les patients de retour d'Afrique sont dues au paludisme et l'on dénombre chaque année en France plus de 5 000 cas de paludisme d'importation et une vingtaine de décès. Nous sommes l'un des pays européens les plus touchés, mais c'est du Royaume-Uni que nous vient une étude précisant les facteurs de risque de mortalité. Entre 1987 et 2006, 39 302 cas de paludisme ont été déclarés au Royaume-Uni dont 25 054 dus au P. falciparum, responsable de 184 décès sur les 191 déclarés. Deux principaux groupes de voyageurs sont individualisés : les personnes, le plus souvent d'origine africaine, et dans cette étude il s'agit surtout d'Afrique de l'ouest, dont le motif du voyage est de rendre visite à de la famille ou des amis et les touristes, allant plutôt en Afrique du sud et en Gambie, destination très prisée semble-t-il par les Anglais. Les premiers constituent la majorité des cas de paludisme importé, mais ce sont les seconds qui ont le risque de décès le plus élevé (3 % vs 0,32 %). Les décès sont particulièrement fréquents parmi les voyageurs revenant de Gambie. Dans ce cas les auteurs mettent en cause le système des voyages « clés en main », au cours desquels les touristes ne sont pas toujours bien conscients des dangers et peu avertis des signes d'alerte à leur retour. Contrairement à ce que l'on constate dans les pays endémiques et notamment en Afrique, les décès dus au paludisme importé concernent plutôt les patients les plus âgés (odds ratio : 10,68 ; intervalle de confiance à 95 % : 6,4 à 17,8 pour les plus de 65 ans comparé aux 18-35 ans). La raison n'en est pas très claire, mais selon les auteurs cette différence ne serait pas seulement liée à l'existence de co-morbidités. L'utilisation d'une chimioprophylaxie est associée à un risque inférieur de décès chez les patients qui ne sont pas d'origine africaine (0,6 % vs 3,4 %). Enfin le délai de prise en charge paraît un élément essentiel. Le temps écoulé entre l'apparition des symptômes et le diagnostic est similaire ici à celui rapporté dans d'autres travaux, compris entre 4 et 8,5 jours. Les décès s'observent davantage chez les patients ayant tardé à consulter, et il est frappant de constater qu'ils surviennent peu de temps après l'hospitalisation, malgré une mise en route rapide des traitements. Les auteurs précisent même que 26 % des patients décèdent chez eux ou dans l'ambulance. En définissant plus précisément les personnes à risque de décès, cette étude permet de cibler les interventions vers les personnes les plus âgées, les voyageurs nés en dehors de zones d'endémie et ceux voyageant à la recherche du « soleil d'hiver », en particulier en Gambie pour nos amis anglais. Les professionnels consultés doivent insister sur la prévention et la chimioprophylaxie et sur la nécessité d'une consultation rapide en cas de symptômes après le retour. Les patients nés dans les zones d'endémie ne doivent toutefois pas être oubliés dans les conseils de prévention car ils fournissent le plus gros contingent en termes de morbidité. Rappelons que le paludisme tue encore environ 800 000 personnes chaque année dans le monde. Checkley AM. et coll. : Risk factors for mortality from imported falciparum malaria in the United Kingdom over 20 years: an observational study BMJ 2012;344:e2116 doi: 10.1136/bmj.e2116 05/04/12 (JIM) Dr Roseline Péluchon

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Published by Chronimed
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